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obligé de faire le voyage de Rome pour consulter le pape. A peine fut-il arrivé dans cette grande ville, qu'il fut atteint de la peste, et qu'il y mourut, en 1184, avant que d'avoir obtenu un jugement du pape. Son corps, rapporté à Pontigny , fut inhumé dans le sanctuaire, sous une tombe de porphyre, à gauche en allant à l'autel. Il serait plus honorable pour sa mémoire d'avoir repris humblement le gouvernement de son monastère, que d'avoir été en cour de Rome. Il eut laissé à ses successeurs un nouveau sujet d'édification. Il fut poussé à cette démarche par les sollicitations de son frère Gile. Cela ne diminua rien de l'estime que l'on avait eue pour lui. Sa mémoire demeura en vénération. Il est compté parmi les saints de l'ordre de Cîteaux.

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MENARD.

Ménard Ou Mainard était abbé de Fontaine-Jean , lorsqu'il fut élu abbé de Pontigny en 1184. Il occupe une place distinguée parmi les abbés qui se sont le plus signalés par leur zèle. Il se trouva à Cîteaux pour aider les pères à composer, pour les chevaliers de Calatrava, une règle et des constitutions que le grand-maître accepta, en se soumettant à l'abbé de Morimon et à ses successeurs. Le pape Clément III le prit pour arbître de quelques différens entre Maurice, évêque de Paris, et les chanoines de Saint-Exupère. Enfin, le pape conçut pour lui

une telle estime , qu'il le promut au cardinalat le 12 mars, environ l'an 1191. Les abbés que nous avons rencontrés jusqu'ici, tous très-remarquables par leur savoir, leurs vertus éminentes, auraient élevé l'abbaye à une splendeur sans pareille sous leur longue autorité, si le bien de l'Eglise ne les eût rappelés presque aussitôt à des fonctions plus importantes.

Vers ce même temps, Guillaume , comte de Joigny , donna à l'abbaye de Pontigny, pour le salut de son âme et le salut de celles de ses parens, la permission de pêcher dans ses rivières pendant dix jours et dix nuits, chaque année. Il ajouta une exemption de toute espèce de droits, soit qu'ils voyageassent, soit qu'ils achetassent ou qu'ils vendissent. Cette donation eut lieu à Pontigny, en 1180, en présence de Guichard , archevêque de Lyon, de Hugues, archidiacre de Sens, et de plusieurs seigneurs. Neuf ans après, Guillaume donna encore quatre livres de rente sur le péage de Joigny : vingt T n 40Si sous devaient être employés à l'entretien de la lampe du grand-autel, et soixante pour faire célébrer , chaque année, son anniversaire. Enfin, en 1199, il fit don à l'église de Cîteaux de dix livres de rente sur le péage de Joigny, pour subvenir aux besoins des abbés pendant le chapitre-général. Il prie l'archevêque de Sens, quel qu'il soit, de veiller à ce que son don soit acquitté exactement, et de ne pas craindre d'excommunier celui de ses successeurs qui oserait en contester la validité. Il possédait les censives de Coulange-la-Vineuse et d'Accolay, dont il disposa aussi en legs pieux.

Peu auparavant (1181), Milès I, seigneur de Noyers, avait donné la grange de Villers. Milès II, son fils, y ajouta des pâturages pour les brebis. Odeline son épouse, ses fils, Hugues, trésorier de l'église d'Auxerre, Guy et Clarembault, applaudi» rent à cet acte de bienfaisance. Trois ans après, ce T. ii,P. ,,2o. même Clarembault déclare, avec la loyauté des chevaliers de son temps, qu'il a résolu, pour la gloire de Dieu , de protéger de son bras, et de soutenir de sa fortune l'abbaye de Pontigny, à l'exemple de son père et de son aïeul. En même temps, il prend l'engagement de lui faire compter quatre-vingt livres, monnaie de Provins. Il ajouta dans la suite ses prés de la noue de Montet. Il avait épousé Ada, et avait deux filles, Odeline et Sibille. Il se croisa en 1189; en 1192 il était à Noyers.

Milès III suscita bien des peines aux religieux, à l'occasion des biens qu'ils possédaient à Noyers. Cependant il ne tarda pas à reconnaître ses torts. Il dit dans une charte de 1231 : « Si j'ai enlevé quelque chose dans les bois de l'abbaye de Pontigny; si j'ai exigé d'elle des droits de coutume , je reconnais l'avoir fait injustement. Je remercie les frères de cette maison de m'avoir pardonné de bonne foi les torts et les vexations que je leur ai causés. C'est pourquoi je confirme aujourd'hui les donations de ii. 4ss. mes prédécesseurs dans toute leur étendue. » Milès IV remit à la même abbaye plusieurs droits de mouvance et de justice sur la terre de Venousse, qui lui appartenait en partie, ainsi qu'un droit de péage à Chablis. Les moines, par reconnaissance, s'obligèrent à lui donner un poulain chaque année;

mais il voulut que ce don cessât à sa mort. H vivait encore en 1264.

Angalon de Seignelay donna alors tous les droits de fief dont il jouissait sur la rivière d'Armançon.

André de Brienne, seigneur de Venisy, après T. m , p, i48, avoir été long-temps en guerre avec l'abbaye de Pontigny, opéra, en 1184, une réconciliation pleine et entière. « Désirant, dit-il, pour l'amour de Dieu, revenir de mes égaremens, je déclare me désister entièrement de toutes les prétentions que j'avais soulevées contre les frères de Pontigny, et en particulier contre dom Ménars, leur abbé; car je m'étais emparé, pour moi et pour mon fils Gaultier, de la justice du bois de Saint-Etienne, quoique je n'y eusse aucun droit. Je reconnais que les habitans de Séant ont un droit d'usage dans ce bois, et que ceux de Venisy n'en ont aucun. J'avais déjà eu des contestations avec l'abbé Pierre pour un étang que je voulais creuser; je renonce à ce projet, pour ne point nuire aux propriétés des frères. » Ensuite le seigneur de Venisy promet que lui et ses héritiers s'en rapporteront dorénavant à l'archevêque de Sens dans tous les différens qui pourront s'élever entre l'abbaye de Pontigny et eux-mêmes.

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Jbah ne fit que paraître; il mourut peu de mois après son élection, emportant les regrets de la communauté. La règle était toujours suivie avec

zèle: les jeûnes, les abstinences, la psalmodie, le silence presque absolu , le travail, remplissaient les journées des frères. Les restes du pain et du vin, distribués au réfectoire, étaient donnés aux pauvres pélerins. On nourrissait tous les pauvres des environs. En carême, la charité plus abondante s'appliquait encore à soulager les familles indigentes.

GÉRARD.

Le zèle religieux des fidèles prend une direction nouvelle, en s'alliant aux passions belliqueuses qui poussent les générations armées contre l'Asie. Cet amour de la guerre et de la religion, qui aspire, par sa double énergie, à la conquête de la Terre-Sainte, fait naître les ordres militaires plus appropriés aux besoins de l'Europe chrétienne et croisée. C'est à Cîteaux que lès chevaliers empruntent leur règle

T. i, |.. 19. austère. Le chapitre général, tenu en 1193, nomma Gérard avec l'abbé de Cîteaux et les trois autres premiers pères, pour composer ensemble une règle plus exacte que la première pour les chevaliers de

ii. si et suiv. Calatrava. Onze ordres de chevaliers suivaient la règle de Cîteaux : c'étaient l'ordre des Templiers, celui de Calatrava, d'Alcantara, d'Avis, de Montesa, de Christ, de Saint-Maurice et de Saint-Lazare, de Saint-Michel, de Montjoie, de Saint-Bernard et de Trugillo (1 ). Gérard écrivit au pape Innocent III

( I ) L'abbé de Morimond était supérieur immédiat de l'ordre de Calatrava, d'Alcantara, de Montesa, d'Avis et de Christ. Uu arrêt du Conseil d'état, du 19 septembre 1681, le maintint dans le droit de prendre cette qualité.

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