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épouse Ermengarde, Guy ion fils, Milo et Durs* ses frères, se réconcilièrent en même temps. Etienne de Venousse, écuyer, fils de Ilier de Ve—

ï. m, p. 27. nousse, s'était mis en possession du bois de Revisy, l'avait fait couper, après en avoir chassé les gardes forestiers de l'abbaye. Il reconnut aussi ses torts en 1235; il avoua qu'il n'avait aucun droit dans ces bois, demanda pardon des violences qu'il avait exercées envers les moines, et s'offrit de réparer tous les dommages qu'il avait causés.

Le chapitre de Saint-Martin de Tours, effrayé du rapide accroissement de l'abbaye de Pontigny, craignit que bientôt elle n'effaçât son petit monastère de Chablis. C'est pourquoi, par une délibération de 1198, le chapitre arrêta que l'abbaye de Pontigny ne posséderait pas plus de trente-six arpens de vigne à Chablis; qu'elle continuerait d'en payer dix muids de vin de rente; qu'elle n'y pourrait acheter aucune propriété; qu'elle conserverait seulement ses possessions actuelles. Cette défense de s'agrandir dans une autre contrée était un effet des petites rivalités féodales. Pour conserver la prééminence dans un pays, il fallait veiller à ce qu'aucun voisin puissant n'y fît des acquisitions importantes. En 1188, le chapitre de Saint-Etienne de Sens fit à l'abbaye de Pontigny la remise des dîmes sur ses biens d'A. P- etJvroues; mais on gt promettre auparavant à l'abbé et aux moines, qu'ils ne feraient aucune nouvelle acquisition sur cette commune, soit en terres ou en prés, soit en bois ou en vignes. Milès de Bouilly était convenu , avec cette même abbaye, qu'elle

T. m, P. 53. n'achèterait aucun bien au-delà de l'Armançon , sans sa permission.

Les abbés de Pontigny tiraient un grand produit T U,P' m! de leurs vins. On en peut juger par ia faculté que leuraccorda Henri II, comte de Champagne, en 1190, de conduire, chaque année, dans la ville de Troyes, jusqu'à deux cents muids de vin de leur crû » sans payer de droits d'entrée. Il était à Vézelay, partant pour la Terre-Sainte, lorsqu'il accorda cette faveur. On voit que nos pays avaient alors dans la Champagne un débouché important pour leurs vins. Auxerre faisait des envois au-delà de Paris : ou s'occupait peu de cette capitale, qui absorbe aujourd'hui tous nos produits. En 1312, les doua- v V)0. uiers de Louis-le-Hutin, roi de France, comte palatin de Champagne et de Brie, prétendirent que le vin de l'abbaye devait payer un droit, parce que le muid de 1312 était plus grand que celui de 1190 » époque où la franchise des droits avait été accordée. L'affaire fut portée devant le roi, qui déclara que puisqu'on ne pouvait préciser quelle était la capacité du muid (1) de 1190, on devait se conformer à celui qui avait cours présentement à Troyes et aux environs, et ne point exiger dé droits. En 1260, les abbés de Pontigny recevaient du comte d'Auxerre cent muids de vin, sur la dîme de Junay, pour la rente du bois de Bar, qu'ils lui avaient cédé.

(1) Le muid de cette époque devait être bien inférieur au nôtre ; car alors on ne connaissait ni le gainé, ni le tresseau, qui donnent du vin en abondance. Les vignes étaient ordinairement très-vieilles, et plantées en pinot; elles donnaient de bons vins, mais en petite quantité. Ou pourrait croire , sans s'éloigner de la vérité, que ce muid ancien ne contenait pas deux feuillettes comme le nôtre, mais une seule, un peu plus grande que celles dont nous nous servons.

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80 HistoireEn 1291, cette dîme fut échangée pour une renie

de cinquante livres tournois.

Tandis que Gérard était occupé du soin de son monastère, le pape Innocent III le nomma cardinal et évoque de Préneste. Il ne jouit pas long-temps de cette éminente dignité. Manrique rapporte qu'il mourut cette même année, le 14 juin 1202. On voit de quelle considération les abbés de Pontigny jouissaient dans l'Eglise. En mourant, Gérard demanda à être inhumé auprès des abbés ses prédécesseurs. Pontigny est désormais la terre sacrée où veulent reposer non-seulement les abbés, en quelque pays et en quelque dignité qu'ils meurent, mais encore tout ce qu'il y a de plus distingué parmi la noblesse du pays.

_j — i * . *JEAN II.

Après la mort de Gérard , Jean fut élevé au gouvernement de l'abbaye par le suffrage unanime de ses confrères. Son humilité, ses lumières, sa tendre charité, le rendaient propre à continuer l'œuvre de ses illustres prédécesseurs pour la prospérité de l'abbaye de Pontigny. Au mois de juillet 1202, le pape Innocent III lui écrivit pour l'engager à mettre la paix dans son ordre. C'était l'abbé de Cîteaux, qui voulait avoir une primauté trop étendue sur les quatre premiers pères, qui se piquaient d'être ses égaux. La Carte de charité, sur laquelle les deux parties basaient leurs réclamations, disait que l'abbé

•de Cîteaux serait regardé comme le supérieur des Nomii'ic. Ci«..

• Ps C7s

abbés mêmes; qu'il ferait la visite de tous les monastères de l'ordre, et qu'il prendrait, de concert avec les abbés de chaque maison, des mesures pour réformer les abus. Il était dit aussi que chaque abbé p. 70. ferait tous les ans la visite des maisons de sa dépendance; que les quatre premiers abbés, qui sont ceux de La Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de Morimond , visiteraient aussi tous les ans , en personne, le monastère de Cîteaux ; qu'ils en auraient l'administration après la mort de l'abbé, et qu'ils assembleraient les abbés des filiations de Cîteaux pour lui donner un successeur. Si un abbé transgressait la règle, il devait être repris par celui de Cîteaux, qui le déposait s'il ne voulait pas se corriger; et si l'abbé de Cîteaux vivait d'une manière opposée à son état, il devait être averti de ses fautes, puis déposé par les quatre premiers pères, à moins qu'il ne rentrât en lui-même, et qu'il ne changeât de conduite.

Le pape, sans entrer dans leur discussion et sans porter de jugement, se contente de leur rappeler que si la bonne renommée de l'ordre s'est étendue d'une mer à l'autre, c'est qu'ils ont tenu une conduite droite, simple et irréprochable, et que les supérieurs, loin de dominer sur leurs subordonnés, en sont devenus les modèles. « On ne les a point vus, dit-il, se disputer le premier rang, ni parler de démissions sous prétexte de soutenir leurs priviléges. Ils ont compris ces paroles de l'Écriture, que les princes dominent sur les nations, mais qu'il n'en est pas de même des disciples du Seigneur. Le premier doit être le serviteur des autres; commander et obéir sont deux conditions égales. Les premiers abbés qui ont honoré votre ordre ne se regardaient pas les supérieurs, mais les frères de leurs religieux, mais leurs inférieurs, puisqu'ils étaient obligés * par leur place, à pourvoir à la nourriture de leur âme et de leur corps. Tout récemment, ajoute le pape, des bruits désavantageux sont parvenus jusqu'à nous; l'or a perdu sa belle couleur et s'est couvert de rouille; il y en a qui cherchent la prééminence , leurs intérêts, et non ceux de Jésus-Christ; ils paraissent s'éloigner du chemin de la justice, et de cette simplicité qui a jusqu'ici distingué votre ordre. Nous vous en conjurons avec ce zèle dont nous brûlons pour l'ordre de Cîteaux, que notre siècle n'ait pas à vous reprocher la plus légère insubordination , et qu'il ne voie pas ternir votre bonne renommée. C'est pourquoi nous vous avertissons * nous vous exhortons charitablement par nos lettres apostoliques, de marcher avec courage dans la carrière que vous avez embrassée si généreusement, afin de ne donner aucun sujet de scandale; car si quelqu'un troublait votre ordre, soit en usurpant une autorité arbitraire, soit en refusant l'obéissance, nous le livrerions à la puissance de Satan, pour le salut de l'ordre. » Ces paroles du pape furent accueillies avec respect; on garda le silence de part et d'autre, mais on ne demeura pas convaincu de la subordination réciproque qui devait exister entre les quatre premiers pères et l'abbé de Cîteaux. Nous ne comprenons plus tout l'intérêt et toute l'importance de ces discussions, qui ont agité l'ordre de

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