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EXPOSITION.

On est étonné que l'abbaye de Pontigny, qui renferma dans tous les temps des hommes instruits dans les lettres et versés dans l'étude des livres saints, n'en ait eu aucun qui se soit occupé de conserverie souvenir des vertus éminentes de tant d'abbés et de religieux qui ont fleuri dans son sein. Contens d'être en spectacle à Dieu et aux hommes, ces pieux cénobites oublièrent qu'ils se devaient aussi à la postérité. En 1720, lorsque l'abbé Pierre de Calvairac appela dom Robinet, religieux de Châlis, pour mettre en ordre les titres de l'abbaye, il n'avait en vue que de répondre aux attaques de la chicane.

Tous les ordres religieux sont presque réduits au même vide et au même silence. Par un vice déplorable de ces siècles d'ignorance, les historiens ont sacrifié exclusivement à l'histoire des papes et de la royauté croissante en pouvoir, toutes les existences, toutes les individualités. Comme les véritables annales de la France ainsi que de l'Europe, étaient renfermées alors dans les événemens des provinces , et surtout dans ceux de certaines localités, il est à peu près démontré, à part les temps modernes, que nous n'aurons jamais une bonne et complète histoire de France.

Dom Robinet, Georges Viol et les auteurs de la Gaule chrétienne, ont recueilli chacun une suite des abbés de Pontigny, sans avoir pu s'accorder sur leur nombre. J'ai collationné ces trois auteurs, en donnant la préférence à dom Robinet, qui avait sans doute trouvé dans le monastère une chronique des abbés, suivie de quelques traits de leur vie. Ce moine laborieux réunit trois volumes in-8°. de bulles, de chartes ou titres de l'abbaye de Pontigny: c'est de ces matériaux précieux que j'ai tiré en partie toute cette histoire (1).

Le plan de cet ouvrage n'est pas de donner des considérations philosophiques sur les insti

(1) Les archives du departement de l'Yonne renferment encore une vaste collection de chartes relatives à l'abbaye de Pontigny, que j'ai retrouvées la plupart dans les Cartulaires de •dom Robinet.

tutions qui ont existé dans nos pays, ou qui y existent encore. Depuis cinquante ans, il s'est fait une telle révolution dans les esprits, que nous sommes devenus aussi étrangers au genre de vie des cénobites qui étaient établis dans nos contrées i que nous le sommes à celui des solitaires de la Thébaïde : de sorte qu'ils ne peuvent plus nous être connus que par l'histoire. Au lieu d'admirer le généreux sacrifice de ces hommes qui quittaient tout pour Dieu, qui furent de sublimes ornemens de la retraite, de saintes illustrations de la pénitence , on s'attache à relever quelques misères de l'humanité. De là viennent ces faux jugemens que les hommes de notre époque portent sur les anciens religieux. On ne considère pas qu'un grand nombre de fidèles, entraînés dans le tourbillon du monde, auraient été victimes du dérèglement de leurs passions, s'ils n'avaient trouvé un asile assuré dans les monastères. Les uns y entraient, poussés uniquement par le désir d'obtenir une couronne plus brillante dans les cieux, et y vivaient pour l'édification des hommes et la joie des anges : placés dans une région plus voisine du ciel que celle où nous rampons, ils secouaient ce qui est de l'homme pour se faire esprits. D'autres, après avoir fait naufrage dans le monde, et être devenus à charge à la société et à eux-mêmes, trouvaient dans la solitude d'un monastère un refuge où la miséricorde de Dieu les consolait. S'ils cessaient de rendre des services à la société, l'exemple de leur pénitence n'en était pas moins propre à arrêter les méchans dans leurs désordres. Restés dans le monde , leur vie se fût éteinte dans l'opprobre , au lieu que, dans le cloître, leur âme flétrie se ravivait en prenant de nouvelles forces. Mais quoi! de nos jours encore, des souverains ont dans leurs états de ces maisons renfermant des familles spirituelles, où la matière est sacrifiée à l'esprit, où l'on surmonte les passions par la pensée de l'éternité, où l'on dompte la chair par la méditation, la prière et la pénitence , et ils retranchent un pareil exemple de la société. C'est un véritable suicide dans l'ordre moral. Je veux parler de la suppression récente des couvens de Portugal, d'Espagne, de Pologne, et d'une partie de ceux de la schismatique Russie.

Ne sommes-nous pas pleins de vénération pour ces frères des écoles chrétiennes, pour ces admirables filles de saint Vincent-de-Paul, et pour tant d'autres dévoués, ou à l'instruction de la jeunesse, ou au soulagement de l'humanité souffrante?On ne peut donc s'empêcher d'applaudir au zèle charitable et éclairé des pieux fondateurs de ces utiles institutions. Le chrétien ne se rappellera pas, sans un regret amer, qu'elles ont cessé d'exister, ces retraites salutaires et laborieuses, d'où sont sortis tant de saints et savans prélats, qui ont édifié et éclairé l'Église; tant de missionnaires intrépides , qui ont franchi la vaste étendue des mers, pour porter aux nations lointaines le flambeau de la foi et de la civilisation; tant de savans et d'artistes auxquels les peuples policés sont redevables des plus beaux monumens de l'antiquité, et des principes de toutes les connaissances dont nos contemporains sont si fiers. Sans les manuscrits précieux des moines, que nous resterait-il des monumens de la religion, de l'histoire, des sciences, des arts et deslettres? On pourrait même défier les contempteurs des ordres religieux de citer une science , ou un genre de littérature qui n'ait pris naissance, ou qui n'ait fleuri dans quelque couvent. Les philosophes du dix-huitième siècle savaient que les cloîtres étaient, la plupart, comme des gymnases où les athlètes de la vérité se préparaient a combattre le mensonge

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