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EPUB

DES

ÉCONOMISTES

REVUE

DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE

ET DE LA STATISTIQUE

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PARIS
GUILLAUMIN ET O, ÉDITEURS

du Jocrcal des Économistes, de la Collection des principaux Economistes, du Dictionnaire universel
du Commerce et de la Navigation, du Dictionnaire de l'Économie politique, etc.

14, RUE RICHELIEU, 14
1869

t

ÉCONOMISTES

ÉCONOMISTES CONTEMPORAINS

CHARLES DUNOYER

i.

De La Méthode D'observation Des Doctrines Do Devoir Et De L'utilité.

Avec Dunoyer ne se manifeste pas une nouvelle ère dans la science économique. Nulle ère semblable ne se peut rencontrer au sein des sciences dont les bases définitives sont découvertes; mais il s'y révèle un changement notable. Ainsi que les économistes qui l'entourent ou qui le suivent, il ne s'en tient plus à rechercher les principes nécessaires des théories qu'il enseigne et à en expliquer les conséquences doctrinales. Lors même qu'il demeure dans les sphères économiques les plus rigoureuses, il cède encore à des préoccupations que n'éprouvaient point ses devanciers. Une autre atmosphère l'environne; des courants différents, moraux, religieux, politiques, sociaux, l'entraînent autant souvent que les paisibles et purs flots de la science. Il se sent plus assuré que ses maîtres des vérités qu'il expose, et s'efforce de porter plus loin qu'eux ses regards.

Sous le rapport même de la méthode, une distinction importante se remarque aisément entre les premiers économistes et leurs plus illustres disciples, et Dunoyer est peut-être celui qui précise le mieux le point de partage à cet égard. Comme tout savant véritable, au moins depuis Bacon, les économistes ont unanimement accepté l'observation, l'expérience, pour se guider sur la voie qu'ils parcourent. Mais ils se sont longtemps gardés de formuler en cela nulle doctrine; ils considéraient,

3' sÉaiE. T. Xiii. — 15 janvier 1869. 1

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étudiaient les faits, sans engager aucune discussion, soit pour justifier leurs usages, soit pour attaquer les coutumes opposées. Avec Dunoyer, esprit profondément logique et exact, la lutte s'engage au contraire; et de même qu'il proclame avec assurance la méthode expérimentale, il se rallie ouvertement aux doctrines philosophiques fondées sur l'utilité, que cette méthode favorisera toujours. Il était aussi bien inévitable, avec les progrès et les habitudes scientifiques, qu'au sein des sciences sociales, les questions de méthode et de principes dirigeants de nos actions devinssent prédominantes. Et il le sera bientôt pareillement que ces questions ne s'agitent plus qu'afin d'affirmer les conclusions qui les doivent terminer. Disserte-t-on effectivement en d'autres vues aujourd'hui de la méthode et des premiers éléments des sciences naturelles? Se préoccupe-t-on différemment de la méthode et des principes fondamentaux des siences mathématiques? Si de telles discussions ne s'élèvent jamais que lorsque les sciences sont déjà loin de leur origine, elles cessent aussi dès que les sciences sont parvenues à leur véritable et pleine maturité. C'est une nécessaire et passagère épreuve que toutes ont à subir, en leur étant à toutes très-profitable.

L'économie politique a surtout beaucoup à gagner à ce que de telles discussions attirent l'attention, dans ses sphères propres ou près de ses sphères. Seule encore, parmi les sciences morales, elle s'en remet à l'observation, et comment verrait-elle ses propositions acceptées, favorisées du moins par les autres sciences de même nature, si ces dernières persistaient à suivre une méthode opposée à la sienne? Une controverse sérieuse, sans cesse renouvelée, doit évidemment amener eitre elles l'accord sur ce point. On peut même facilement se convaincre déjà que les autres sciences morales sont moins éloignées, sans qu'elles s'en rendent peut-être compte, de l'ensemble des enseignements économiques, depuis que cette discussion s'est aussi nettement engagée.

Je le disais ailleurs (1), si les philosophes, les moralistes, les légistes, les politiques s'associaient, dans les domaines qui leur reviennent, aux doctrines des principaux économistes, la civilisation prendrait un nouvel essor. Or, ne seraient-ils pas entraînés les uns et les autres à partager ces doctrines, dès qu'ils s'en reràettraient au même guide, qu'ils accepteraient les mêmes modes de recherches et de vérification? Si l'on ne savait combien l'esprit humain se plaît aux hypothèses, aspire avec complaisance aux idéales régions de l'imagination, en délaissant les carrières de la réalité soumises à l'empire de nos sens et de notre

(l) Les lecteurs de ce journal me pardonneront cette répétition , et quelques autres, tant est importante la question de méthode.

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