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des adversités ont des douceurs pour ceux qui mettent en Dieu leur confiance et leur appui.

Les prêtres détenus ne trouvoient pas toujours dans leurs gardes des cours sans pitié. Les gardes nationaux Parisiens avoient pour eux plus de ces égards qu'inspire au moins l'humanité. Mais les gardes nationaux du Midi, féroces par fanatisme, comme par cupidité, se montroient en général inexorables. Les grossieres injures, les menaces, les plus durs refus leur sembloient auiant de preuves de leur zele pour la patrie.

Plus d'une fois cependant, ceux là même', qui s'étoient d'abord présentés avec un iir terrible s'adoucirent en faveur de ces hommes qu'ils voyoient supporter tant d'injuş ices et d'outrages, avec une résignation, une patience admirables.

J'en ai même vu, dit un témoin oculaire, qui ne pouvoient s'empêcher de s'attendrir sur notre sort , et de se recrier hautement sur tant d'injustice. Je croyois devoir les engager à être plus prudens. Je leur disois que notre sort n'étoit rien moins qu'à plaindre , que notre unique peine étoit de nous voir calomniés indignement auprès du peuple; calomnie dont il falloit bien nous résoudre à faire à Dieu le sacrifice. Bien des gardes natio

aux, après avoir commencé par nous plain. dre , finissoient par gémir sur eux-mêmes, de se voir réduits à nous servir de gendarmes »

M. l'Archevêque d'Arles ne voulut jamais faire la moindre démarche pour obtenir sa sortie. « Je suis trop bien ici, disoit-il, et en Tome I. Ann. Rel.

M

» trop bonne compagnie . S'il profitoit de l'ascendant de son age et de sa diguité, c'étoit toujours pour veiller à ce que les autres prisonniers fussent pourvus, avant lui, des objets nécessaires.

La troisieme nuit de sa prison , il n'avoit pas encore de lit; il fut encore impossible de lui en faire accepier un, parce qu'il avoit coinpté les matelats, et qu'il en manquoit un pour un nouveau prisonnier. Ses discours fortifioient les prêtres; sa piété, sa patience les remplissoient d'admiration; précisément parce qu'ils l'avoient vu le plus éminent en dignité, des gardes atroces se plaisoient à accumuler sur lui les outrages et les mortifications : les malheureux n'atteignoient pas son ame. Sans mépris, sans orgueil, comme sans fiel, il se concentroit en Jésus-Christ : il se taisoit, il supportoit tout, et s'estimoit le plus heureux, parce qu'il avoit le plus à supporter.

l'n gendarme brutal fit spécialement de lui l'objet de ses jenx cruels. Assis à côté de ce digne Prélat, il lui disoit un jour tout ce qu'il pouvoit inventer de sarcasmes grossiers , de basses railleries. !! le félicitoit sur ce qu'il représenteroit noblement sur la guillotine ; ecsuite il se levoit , le saluoit profondément, le monseigneurisoit par dérision , lui donnoit, pour le mortifier, tous ces titres de noblesse, de distinction, que l'Assemblée avoit abolis. Le Prélat patient ne répondoit rien. Le gendarme s'asseyant près de lui , allume sa pipe, et lui en souffle la fumée sur le visage. M. l'Archevêque d’Arles se tait encore , jusqu'à ce que, près de se trouver mal de la fétidité de la fuinée, il se contente de changer de place. Le brutal le suit encore, et ne met fin à son jeu cruel, que lorsqu'il voit son obstination même vaincue par la patience de M. Dulau. Ce grand homme étoit tellenient maître des mouvemens de son ame, il étoit si prêt à la rendre à son Dieu , qu'au milieu de la cuit un des prisonniers , troublé par quelque bruit qu'il avoit cru entendre, l'ayant réveillé en sursa ut pour lui dire : Voilà les assassins il répondit franquillement : Eh lien, si le bon Dieu demande notre vie , le sacrifice doit être tout fuit; et sur ces paroles , il se Tendormit.

Les Evêques de Saintes et de Beauvais n'étoient

pas

un objet moins édifiant, moins propre à fortifier les détenus. Le premier, dans sa captivité volontaire , avoit conservé toute sa gaieté naturelle. Toujours riant, toujours prévenant, il se plaisoit sur-tout, avec son frere, à accueillir les nouveaux prisonniers avec une bonté, avec des attentions, qui bientôt faisoient oublier à ceux-ci toutes leurs peines. « Je ne me souvins plus des miennes, disoit o un de ces Ecclésiastiques, lorsqu'enfermé » aux Carmes, je vis l'Evêque de Saintes sap» procher de moi avec un air de gaieté et » de sérénité, qui me faisoit douter s'il étoit » aussi du nombre des détenus ». Rien n'égaloit pour les nouveaux venus, les soins de deux jeunes curés, MM. Auzurel et bronteau. Un des objets qui frappoit encore dans cette prison, c'étoit le silence religieux, observé par les prisonniers ; c'étoit de voir plusieurs de ces prêtres, habituellement à genoux

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devant l'autel , et rendant à la Divinité l'hommage des Anges , tandis

que

des gardes iinpies, autant que

féroces , faisoient retelitir ce même temple des blasphiêmes des démons.

Au milieu de ces saints exercices de toutes les vertus , les heureux prisonniers eurent souvent des allarmes, qui sembloient annoncer leur derniere heure. Un jour sur-tout, ils entendirent au loin les cris d'une populace égarée, et les coups de fusils , qui se mêloient aux hurlemens de la fureur. Le bruit approche. Les prisonniers ne doutent plus que c'est eur qu'il menace. De toutes les parties de l'église, tous courent au sanctuaire, tous, à genoux, se mettent sous la protection de la Ste. Vierge; tous offrent à Dieu le sacrifice de leur vie. La porte s'ouvre. Ce sont les vénérables prétres, les curés octogénaires, les professeurs et les prédicateurs émérites, arrachés à l'asy le de la vieillesse; c'est toute la niaison de S. Fran

çois de Sales fondée pour le repos des Ecclésiastiques à qui les infirmités ou les années ne permettent plus de servir l'église de Jésus-Christ autrement que par leurs prieres. Ce sont, avec ces respectables vicillards, plusieurs jeunes éleves, diacres, soudiacres ou sinples tonsurés, enlevés dans la maison de retraite que les Sulpiciens possédoient à Issy. « Il seroit impossible , dit un témoin oculaire, » d'exprimer le saisissement que nous éprou> vâmes à cette vue. Pinsieurs de ces vieil» lards pouvoient à peine se soutenir. Ils avoient » essuyé ans leur route les plus cruels trai» temens. Il en est un sur-tout, que les infirmi» tés empêchoient, de suivre à pas égal, ses

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gardes inéxorables. Ceux-ci l'avoient tout » meurtri, en le poussant avec leur fusil pour » le faire marcher. Revenus de notre frateur, » nous nous empressâmes de procurer à ces » nouveaux hôtes les secours dont ils avoient » besoiu. Nous en fûmes abondamment dé

dommagés, par les exemples généreux de v ces pieux solitaires. La sérénité de leur ré

signation , ajoutoit singulierement aux motifs » de la nôtre; ils remercioient Dieu d'avoir

prolongé leurs années, pour leur fournir l'occa» sion de mourir en preuve de la foi ».

Avant la fin d'août, le nombre des détemus augmenta de plusieurs prêtres que l'on enleva dans la maison des Eudistes ou dans divers quartiers de Paris.

L'Assemblée venoit de rendre un décret de déportation au sujet des prêtres. Manuel vint Pannoncer aux prisonniers des Carmes. A l'aspect de cet homme, un des prêtres , nommé M. Salins , Chanoine de Couserans s'approcha de lui, et lui demanda s'il connoissoit quelque terme à leur captivité, et quel étoit leur crime? – «Vous êtes tous prévenus ► de propos contre-révolutionnaires', lui ré

pondit Manuel, il y a un jury établi pour » juger, mais on a commencé par

grands criminels; vous viendrez à votre tour. » On ne vous croit pas tous également cou

pables, et on relâchera les innocens ».

M. Salins insista pour savoir quel étoit donc le crime sur lequel les prêtres devoient être jugés. Montrant ensuite à Manuel les vieillards de S. François de Sales , il lui dit : si o Vous nous accusez de conspiration, voyez, cxa.

les plus

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