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auquel on ne peut atteindre que par le septiscisme ? Quelle assurance donne-i-il aux consciences, qu'il commence par isoler? Quelle base immuable donne-t-il au devoir , en livrant le premier de tous les devoirs à l'arbitraire in terprétation des hommes ? Questions insolubles, et qui nous marquent assez, que le sophiste, qui cherche à exclure tous les rites et toutes les cérémonies extérieures, et à relever ainsi le culte intérieur sur les débris de tous les cultes, l'a déjà avili dans le fond de son ceur,

Que signifie enfin ce culte tout intérieur, où l'homme se trouve divisé, où il ne rend à Dieu que l'hommage de son esprit , lorsqu'il lui doit celui de tout son être ? Sommes-nous donc déjà parvenus à l'état de simples intelligences ? Pouvons-nous séparer en nous l'homme de l'homme, les facultés de l'esprit de celles des sens; et si elles forment ensemble tout notre étre; si toutes nos actions participent de ces deux mesures, pourquoi prétendre séparer dans l'acte le plus solemnel de la nature, dans l'adoration de son auteur, ce que la naturen'a point séparé. ..Mais voyez commeniles sophistes ont trompé dans tous les temps l'attente des gens de bien. Voyez comment ils ont toujours placé l'homme au-dessus ou au-dessous de sa propre nature. Maintenant ils veulent le conduire à un culte toui intérieur, et bientôt ils ne lui laisseront plus que l'indifférence et la négation de tous les cultes. Ecoutez-les parler pius à découvert, L'homme peut-il se flatter, disent-ils, que sa prière soit entendue du Ciel, et que l'Etre supréme daigue abaisser jusques à Ita

ses regards immortels? Dieu est si grand, et l'homme si petit, que la même Providence, qui embrasse les loix générales du monde, se soucie sans doute fort peu de la manière dont chaque individu passe cette courte vie. – Ainsi en se donnant dans leur orgueil pour les restaurateurs de la Divinité, ces sophistes finissent par en méconnoître les premiers attri

buts, et ils ne respectent pas davantage les ļ droits de la dignité humaine. La vraie Reli

gion est plus sage. En rendant à Dieu l'hon- '
neur qui lui appartient, elle ne fait point
l'homme si parfait ni si imparfait ; elle ne s'éa
lève point ni ne l'abaisse à volonté. Elle le in
met à sa place; et comme l'homme tient par
son esprit aux intelligences , et par ses sens
à la nature des corps, elle doit tenir par son
culte, aux sens et à l'esprit , et consacrer ainsi
tout l'homme à son auteur; en quoi elle se mon-
tre plus juste appréciutrice de nos devoirs , et
nous découvre une connoissance plus approfoni-
die de notre nature.

Et pourquoi la Providence suprême se contenteroit-elle d'embrasser les loix générales du moude, et ne se sorcieroit-elle pas de la manière dont chaque individu passe cette courte vie ? Est-ce que les loix générales de la nature posées, Dicu auroit retiré sa Providence de dessus son ouvrage, où qu'après avoir enfantó l'univers, il auroit craint d'entrer dans le détail de la création?

u Prenez garde qu'aux idées sublimes que ! vous vous faites du grand être, l'orgueil humain ne mêle des idées basses, qui se rappor; tent à l'homme, comme si les moyens qui soulagent notre foiblesse convenoient à la Puis- ..

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sance divine, et qu'elle eût besoin d'art, comme nous, pour les traiter plus facilement. Il semble, à entendre ces sophistes, que ce soit un embarras pour elle de veiller sur chaque individu. Ils craignent qu'une attention partagée et continue ne la fatigue; et ils trouvent bien plus beau , qu'elle fasse tout par des loix générales, sans doute, parce qu'elles lui coûtent moins de soins. O grands philosophes, que Dieu vous est obligé, de lui fournir ainsi des méthodes commodes , et de lui a bréger le travail(1)!»

Mais quelles sont ces loix générales du monde ? Par qui existent-elles ? Si c'est Dieu qui en est l'auteur , n'en est-il pas aussi le conservateur ? Et s'il en est le conservateur, est-il rien de si secret dans l'univers, qui soit inconnu à sa toute-présence ? Quel est donc ce nouveau Dieu de la philosophie, à-la-fois si grand , que nos væus ne peuvent y atteindre, et si borné dans ses attributs, que sa grandeur infinie se trouve à chaque instant compromise; car s'il est indifférent à une seule de nos actions, à une seule de nos pensées , c'est ou par défaut de volonté ou par défaut de pouvoir, c'est-à-dire , que dans le systeme de ces philosophes, il faut choisir, entre un Dieu insouciant, tel que celui d'Epicure, ou un Dieu qui n'en a que le nom, puisque sa prévoyance est bornée. Prétention bizarre, autant qu'insensée, de croire mieux penser de la Divinité, en lui accordant l'insuffisance de l'homme, et mieux penser de l’lonime, en l'isolant de son auteur.

(1) J.-Jacques Rousseau.

2

Dieu est trop grand , selon eux, et l'homme trop petit, pour en être entendu dans sa prière. Mais est-ce donc se faire de Dieu une assez juste idée, que de se le représenter à la manière des Princes de la terre, et assis sur un trône, d'où il lui faut descendre ou baisser la tête pour voir ce qui se passe à ses pieds ; comme si Dieu n'étoit pas l'ame même du monde, et celui par qui tout l'univers se meut et existe. Eh quoi ! celui qui a créé l'æil, en auroit-il besoin pour voir? Celui qui a créé l'oreille, en auroit-il besoin pour entendre? Celui qui a créé la pensée de l'homme , auroit-il besoin de la tension de son esprit pour comprendre, et d'une gradation d'idées pour juger? Mais l'homme est un être si foible, si petit! Je l'avoue. Mais est-ce par le dianiêtre des corps que Dieu juge de ses ouvrages, lui à qui il ne coûte pas plus de produire l'étoile de Syrius, que le plus petit atome de sable qu'emporte le vent? N'est-ce pas l'ame intelligente que Dieu voit et considère en nous, cé sous ce rapport, ne sommes-nous pas la plus grande, et tout à-la-fois la plus incompréliensible merveille de l'univers ? Quel tien inconcevable nous unit en même-temps a la loi des corps et nous en sépare? Par quel étonnant prodige, dans une durée si courte, passons nous par des états si divers ? Le rebut est tout à-la-fois le centre de la création; si l'homme est l'assemblage de tous les maux, il est aussi la réunion de tous les biens. Quei abîme de grandeur, au milieu de quel abîme de misère; et quelle élévation céleste, à côté du plus étrangè abaissement ! Il ressemble aux aumaux par les sens; mais les aniinans s'arrêtent à la terre, et leurs

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Vous ne vont pas au-delà; les væux de l'homme
s'élèvent au-dessus des astres planétaires. De
ce point où cet atome d'un monde atome se
trouve renfermé, il s'élance par la pensée dans
toutes les parties de ce vaste ensemble de la
terre et des cieux; il en sonde la profondeur;
il en mesure les distances; il en parcourt l'im-
mensité ; il interroge les astres , et il leur trace
d'avance, l'astrolable et le crayon à la main,
la route qu'ils doivent suivre dans des espaces
sans bobes.
· Représentant de la Divinité sur la terre,
il y exerce les droits d'une seconde Provi-
dence. Les animaux sont soumis à son empire,
Le cheval est évidemment fait pour être aitelé
à sou char, ke beuf à sa charrue, le chien
pour veiller à sa garde , les oiseaux domes-
tiques pour servir à sa nourriture. La terre
lui ouvre sou sein pour le rendre fécond , les
mines leurs trésors, pour accroître ses moyens
et multiplier ses joussances. Les végétaux de
toutes les espèces croissent pour son usage.
Chaque saison lui apporte son tribut; il parle
en maître à la nature, et la naiure lui obéit.
Il dit à un climat de porter les arbres et les
fruits d'un autre climat, et ses jardias se trou.
vent ornés des arbrisseaux des deux Indes; et
les plaines du Nouveau monde voient mûrir
nos moissons. Les cèdres du Liban , les chênes
du Nord tombent à son ordre du haut des mon-
tagnes, et convertis en vaisseaux, ils sillonnent

les mers, ils deviennent les couriers des na- tions, et ils servent à établir parmi les peuples une correspondance mutuelle. Ainsi l'homme est parvenu à dompter les flots et à les reridre dociles à sa voix. Ainsi lous les jours, à

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