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même somme? Car chacun, dit l'Apôtre, portera son fardeau, et chacun répondra pour soi. Ainsi le fardeau de l'un n'est point diminué par le fardeau de l'autre, et le nombre de complices ne saurait absoudre le coupable; la condamnation n'en n'est pas moins terrible pour être commune à beaucoup d'autres. Il est donc vrai, comme je l'ai dit, que la dette humaine, bien qu'universelle, ne laisse pourtant pas d'être spéciale; commune à tous, elle est encore particulière à chacun; elle atteint tous les hommes également, sans néanmoins que les individus soient déchargés de la totalité. Car, le Christ a souffert pour tous les hommes, comme pour chacun d'eux; il s'est livré pour tous les hommes, comme pour chacun d'eux; il s'est donné sans réserve pour tous, comme pour chacun ; par-là, tous les hommes, comme chacun d'eux, sont redevables au Sauveur de ce qu'il a fait dans sa passion, avec cette différence pourtant que l'individu semblerait devoir plus que tous parce qu'il a reçu à lui seul autant que la généralité. Car, lorsqu'un seul reçoit autant que tous, les engagemens deviennent plus étroits, quand bien même la mesure est égale. Ainsi , quoiqu'il ne reçoive pas davantage, il semble pourtant devoir plus, parce qu'un seul comparé à tous, contracte des obligations plus grandes. En voilà bien assez pour confondre certains justes qui ne se croient pas débiteurs de Dieu, eux qui cependant ne sauraient apprécier l'immensité de leur dette.

Sed dicit fortasse aliquis, non quidem debilores non esse sanctos, sed multo tamen majora hominum secularium esse debita quorum sunt plura peccata. Quod tale est ac si quispiam dicat : Ideo ego sum innocens, quia alius magis est nocens; ideo ego justus, quia alter injustus; ideo ego adprime bonus, quia alius singulariter malus. Jam primum enim indecorum hoc sanctae menti est, ut bona suacrescere malis arbitretur alienis, et meliorem se esse aestimet comparatione pejorum. Infelicissimum enim consolationis genus est, de miseriis hominum peccatorum capere solatia; cum Apostolus gaudere nos cum gaudentibus jubeat, et flere cum flentibus, et non quae sua sunt singulos cogitare, sed ea quae aliorum. Sed esto, istiusmodi comparatio justa atque honesta videatur; numquid etiam fida existimari potest ? Quis enim de illo tanto ac tam terribili futuro Dei judicio satis certus est?Aut quis dicere potest: Ego minus debeo, ille plus debet. Quis postremo de se praesumere, aut de alio desperare? Omnes enim , inquit Apostolus, stabimus ante tribunal Christi, et unusquisque onus suum portabit (1). Nihil ergo, inquit aliquis, inter sanctos et peccatores est? Multum plane et pene immensurabile. Sed quia Scriptura dicit: Beatus homo qui semper est pavidus (2), et nunquam

(I) Rom. XIV. 10. — dàl. VI. 5. ■:?.) Pmv. XXVIII. 14.

On objectera peut-être que les justes sont, à la vérité, débiteurs de Dieu, mais que la dette des hommes du

siècle est beaucoup plus grande, eux dont les péchés sont plus grands. Raisonner de la sorte, n'est-ce point dire : Je suis innocent, parce qu'un autre est plus coupable; je suis juste, parce qu'un autre ne l'est pas; je suis excellent, parce qu'un autre est très-mauvais. D'abord, il est honteux pour une ame sainte de s'imaginer que ses vertus croissent avec les vices d'autrui, et de se trouver meilleure par la comparaison de ceux qui sont pires. Car, c'est un triste genre de consolation, que de se rassurer sur les misères des hommes pécheurs, alors surtout que l'Apôtre nous ordonne de nous réjouir avec ceux qui se réjouissent, de pleurer avec ceux qui pleurent , de songer non pas à nos propres intérêts, mais à ceux d'autrui. Je veux bien que ces sortes de comparaions soient justes et honnêtes, peut-on les regarder comme étant exactes? Qui donc est assez sûr de ce grand et terrible jugement de Dieu? Et qui peut dire: Je dois moins, celui-là doit plus. En un mot, quel homme peut présumer de soi, ou désespérer d'un autre? Car, dit l'Apôtre, nous paraîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ, et chacun portera son fardeau. N'y a-t-il donc point de différence, dira-t-on, entre les saints et les pécheurs ? Il y en a, et beaucoup assurément. Mais, comme l'Ecriture dit : Heureux l'homme qui craint toujours .' et que l ame du sage n'est jamais sûre de son propre salut, quoiqu'il y ait un intervalle immense entre les saints et les pécheurs, je demande pourtant à ceux qui font profession de piété, s'il est un homme qui soit assez juste au témoignage de sa conscience, s'il est un est de salute propria mens secura sapientis, licet multum inter sanctos et peccatores sit, quaero tamen ab omnibus religionem professis quis sibi juxta suam conscientiam satis sanctus sit? quis de illa futuri examinis tremenda severitate non trepidus ? quis de perpetua incolumitate securus ? Quod si utique non est, sicuti neque esse debet; dicat mihi, obsecro, quilibet hominum, cur non totis substantif suae viribus ad id nititur ut vel mortis devotione redimat quicquid vitae oflensione contraxit ? Quanquam haec quae loquor scire omnes legentes volo, non me de omnibus sanctis, sed de his tantum loqui qui licet religionem professi sint, tamen divitias non relinquunt. De illis enim qui expediti omnibus sarcinis, Salvatoris viam sequuntur, et Dominum Jesum Christum non sanctitate tantum, sed etiam paupertate imitantur, nihil est quod dici possit, nisi illud tantum quod etiam Propheta dixit: Mihi autem nimis honorificati sunt amici tui, Deus (1). Hos enim ego omnes non aliter quam imitatores Christi honoro, non aliter quam Cbristi imagines colo, non aliter quam Christi membra suspicio, et ad hoc tantum illorum memini, ut eorum memoria dignus fiam.

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Sed injuriosa forsitan illa, quae supra diximus, religiosae professioni esse videantur. Quid enim,

(1) Psal. CX.XXVIII. 17.

homme qui ne redoute point la terrible sévérité du jugement futur, s'il est un homme qui puisse se promettre la persévérance? Si toutes ces choses sont impossibles, comme elles le sont en effet, qu'on me dise, de grâce , pourquoi l'on ne s'efforce pas de racheter, au moins à la mort, par un généreux sacrifice de ses biens, toutes , les dettes qu'on a pu contracter par les offenses de sa vie? Au reste, j'avertis mes lecteurs que ce discours ne s'adresse pas à tous les saints, mais seulement à ceux qui, tout en faisant profession de piété, ne renoncent pas néanmoins aux richesses. A l'égard de ceux qui, dégagés de tout fardeau, suivent la voie du Sauveur, et imitent le Seigneur Jésus-Christ non - seulement par leur sainteté , mais encore par leur pauvreté, je n'ai rien à dire, si ce n'est ce que dit le Prophète : Vos amis , 6 Dieu , sont l'objet de ma vénération , car je les honore comme les imitateurs du Christ, je les respecte comme les images du Christ, je les admire comme les membres du Christ, et je ne me souviens d'eux que pour mériter leur souvenir.

Ce que nous avons dit pourra sembler peut-être injurieux aux personnes qui professent la piété. Quoi! nous objectera quelqu'un, une veuve riche, qui conserve au sein de sa viduité une vaste opulence; quoi!

tOM. II. 13

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