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leur intemperance à eux tous, presque un même lupanar que leur vie à eux tous. Et que parlé-je de lupanars? C'est dans ces lieux encore que se trouvent les moindres désordres. Car les prostituées qui sont là, ne connurent jamais le pacte conjugal, et dès-lors elles ne souillent pas ce qu'elles ignorent. Sans doute elles sont coupables d'impudicité, mais cependant elles ne sont point adultères. Ajoutez que les lupanars sont en petit nombre, qu'elles sont peu nombreuses les courtisanes qui y ont condamné leur malheureuse existence. Chez les Aquitains, au contraire, quelle cité n'est pas devenue comme un lieu de débauche, dans sa plus opulente et sa plus noble partie ? Où est le puissant, où est le riche qui n'a point vécu dans la fange des voluptés? Où est celui qui ne s'est point plongé dans le gouffre des plus sales débordemens? Où est celui qui a gardé la foi conjugale? Bien plus, dans ce pèle-mèle de libertinage, où est l'homme qui n'a point relégué son épouse au nombre de ses servantes, qui n'a point rabaissé la sainteté d'un lien vénérable, jusqu'à vouer au plus insigne mépris celle que la dignité du mariage plaçait la première dans sa maison? On va penser peut-être qu'il n'en est pas tout-à-fait ainsi, que les mères de famille jouissent encore de leurs droits, qu'elles ont conservé le privilége et le pouvoir d'épouses. Je l'avoue. Il en est beaucoup sans doute qui gardent intacts leurs droits de femmes légitimes, mais il n'en est presque point qui possèdent purs et entiers les droits du mariage. Après tout, nous n'examinons point jusqu'où vont les droits des femmes, nous voulons montrer seulement ce qu'il y a de corruption dans la vie des maris. A vrai dire toutefois, les mères de famille n'ont tum enim matrona abest a vilitate servarum , ubi paterfamilias ancillarum maritus est. Quis autem Aquitanorum divitum non hoc fuit? Quem non sibi ancillae impudicissimae aut adulterum aut maritum jure dixerunt? Equi enim emissarii, ut Propheta ait, in fœminas facti sunt. Unusquisque enim ad uxorem proximi sui hinniebat (1). Atque illi de quibus haec scripta legimus, et minore fortasse crimine et minore, ut reor, numero criminumac passivitate peccabant. Hi autem vere ut emissarii equi, non ad paucas tantum, sed pene ad omnes vernulas suas, id est, quasi ad greges proprios hinniebant; et in morem eorum pecudum qui mariti gregum appellantur, fervidae libidinis debaccbatione grassantes, in quamcumque eos primum fœminam ardens impudicitiae furor traxerat, inruebant.

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Hic jam quxro a sapientibus, cum haec ita essent, quales putent fuisse illic familias, ubi tales erant patresfamilias, quanta servorum illic corruptela, ubi dominorum tanta corruptio? Morbido enim capite, nil sanum est; neque ullum omnino

(1) Jer. V. 8.

point là tout leur pouvoir, car on ne conserve pointdans leur integrité les droits depouse, quand on n'a plus dans leur pureté, dans leur intégrité les droits du mariage. Une femme ne diffère pas beaucoup des plus viles esclaves , alors que le père de famille devient le mari de ses servantes. Or, parmi les riches Aquitains, quel est celui qui n'a point offert ces désordres ? Où est celui que des esclaves impudiques n'ont point eu droit d'appeler adultère ou mari? Ils sont devenus, dit le prophète , comme des chevaux qui courent et qui hennissent après les cavales : chacun deux a poursuivi les femmes de son prochain. Et les hommes dont il s'agit ici, péchaient peut-être moins grièvement; il n'y avait dans leurs crimes ni cette continuité, ni cette confusion. Mais les habitans de l'Aquitaine, vraiment semblables à des coursiers emportés, hennissaient en quelque sorte, je ne dis pas après quelques-unes de leurs esclaves, mais après toutes pour ainsi dire, les considérant comme des troupeaux à eux ; à la façon de ces animaux destinés à propager leur espèce, ne suivant que l'impulsion de leur passion brutale, ils se précipitaient sur la première femme vers laquelle les avait entraînés la brûlante fureur de l'impudicité.

Après de semblables excès, je demande maintenant aux sages, ce qu'il leur semble de ces maisons où les pères de famille vivaient de la sorte. Quelle ne devait pas être la corruption des serviteurs, là où celle des maîtres était si grande ? Lorsque la tête est malade , le reste du corps ne saurait être sain; aucun membre ne s'acquitte de ses fonctions, lorsque la partie principale a perdu sa vigueur. Or, dans la maison, le maître est membrum officio suo fungitur, ubi quod est principale non constat. In domo autem sua dominus, quasi corporis sui caput est; et vita ejus, cunctis norma vivendi. Pessimumque hoc est in hoc negotio, quod libentius omnes deteriora sectantur; et facilius mala institutio depravat bonos, quam bona emendat malos. Porro autem cum etiam boni atque honesti patresfamilias famulos bonos facere non possint ; quantam illic putamus fuisse labem familiarum , ubi doniini erant impuritatis exemplum? quamvis non exemplum illic tantummodo malum fuerit, sed vis ac necessitas quaedam, quia parere impudicissimis dominis famulaecogebantur invitae, et libido dominantium necessitas subjectarum erat. Ex quo intelligi potest quantum cœnum impudicarum.sordium fuerit, ubi sub impurissimis dominis castas esse, etiamsi voluissent, fœminas non licebat.

Sed videlicet difficile hoc probari potest, et nulla omnino exstant praeteritarum turpitudinum flagitiorumque vestigia. Ecce etiam nunc multi ex eis, licet patria careant, et in comparatione praeteritarum opum pauperes vivant, pejores ferme sunt quam fuerunt. Pejores autem non uno modo, quia, etsi eadem faciunt qua? ante faciebaht, hoc ipso tamen deteriores sunt, quia a scelere non cessant. Siquidem facinora eorura, etsi genere ipso majora non sint, attamen plura sunt; comme le chef de ce corps domestique; sa conduite devient pour tous une règle de vie. Et ce qu'il y a de déplorable en cela, c'est que tout le monde suit plus volontiers les mauvais exemples, c'est que des leçons contagieuses dépravent plus facilement les bons que des enseignemens salutaires ne corrigent les méchans. Or , si même des maîtres bons et honnêtes ne peuvent rendre meilleurs leurs esclaves, quelle ne devait pas être la flétrissante dégradation des subordonnés , là où les maîtres devenaient un exemple d'impureté? Au reste, ce qu'il y avait làde mauvais, ce n'était pas seulement un exemple pernicieux, mais une sorte de violence et de nécessité : des esclaves se voyaient forcées, malgré elles, d'obéir à des maîtres impudiques, et la lubricité des supérieurs était une nécessité pour les subordonnées. D'où l'on peut comprendre aisément quelle fange il y avait de sales voluptés, là où sous des maîtres impurs les femmes n'étaient pas libres d'être chastes , quand bien même elles l'auraient voulu.

Il serait difficile, dira-t-on, d'apporter des preuves de cela, et il ne reste plus aucuns vestiges des turpitudes et des crimes passés. — Voilà que même aujourd'hui la plupart de ces hommes corrompus, bien qu'ils soient exilés de leur patrie, et qu'ils vivent pauvres en comparaison de leurs richesses d'autrefois, sont presque devenus pires qu'ils n'étaient avant. Je dis pires, parce que tout en faisant ce qu'ils faisaient déjà, ils sont toutefois plus coupables, en ce qu'ils ne renoncent point au crime. En effet, si leurs excès ne sont pas de leur nature plus criminels, néanmoins ils sont plus nombreux , et dès lors, si la nouveauté ne les aggrave point, la plura

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