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ville ennemie, le même jour où il se promettait d'y entrer en vainqueur. Il a éprouvé sans doute ce que dit le Prophète : Les voies de l'homme ne sont point à lui; il ni lui appartient ni de marcher ni de diriger ses pas. En effet, comme ce chef a cru que ses voies étaient à lui, comme il n'a point su diriger sa marche, comme il n'a point trouvé la route du salut, le mépris, suivant l'Ecriture, a été répandu sur lui; le prince a été égaré dans des chemins impraticables, il a été réduit à rien comme une eau qui s'écoule. En cela, sans regarder même la malheureuse issue des événemens , on voit hriller encore la justice présente du ciel. Car, le général romain éprouva, lui, tout ce qu'il s'était promis de faire souffrir aux autres. Il croyait pouvoir, sans le secours de la divinité, sans l'aveu du Seigneur, triompher des ennemis; il devint lui-même leur captif. Il s'était piqué d'une haute sagesse et d'une prudence consommée, il subit la honte de sa témérité ; les fers qu'il avait préparés pour les autres, il les porta lui-même. Et je le demande, le jugement de Dieu pouvait-il être plus manifeste? celui qui comptait sur d'immenses dépouilles, devint la proie des ennemis; celui qui se promettait le triomphe, sert au triomphe des autres ; il est investi, pris et lié ; il porte les bras ignominieusement attachés derrière le dos; ses mains qu'il croyait invincibles, il les voit chargées de chaînes; il est exposé en spectacle aux enfans et aux femmes; il est en butte aux moqueries des barbares, il essuie les dérisions de la foule, et cet homme qui avait toute la fierté d'un héros, est destiné à subir la mort d'un lâche. Et plût au ciel que ce fut là le terme de ses maux, sans qu'il eût encore à les supporter long-temps! ulinam hoc ipsum breve remedium malorum esset, non diuturna toleratio! Ule autem, quantum ad pœnarum magnitudinem pertinet, longo tempore et diuturna in ergastulo barbarorum tabe consumptus, in hanc miseriam redactus est, ut quod plerumque homines etiampœnis ipsis gravius atque acerbius putant, in miserationem hostium deveniret. Et hoc cur? Cur absque dubio, nisi quia, ut jam dixi, illi Deo humiles, nos rebelles ; illi crediderunt in manu Dei esse victoriam, nos in manu nostra, imo in sacrilega atque impia, quod est pejus nocentiusque quam nostra. Denique ipse Rex hostium, quantum res prodidit ac probavit, usque ad diem pugnae stratus cilicio preces fudit, ante bellum in oratione jacuit, ad bellum de oratione surrexit. Priusquam pugnam manu capesseret, supplicatione pugnavit; et ideo fidens processit adpugnam, quia jam meruerat in oratione \ictoriam.

Non dissimiliter autem illud etiam apud Vvandalos, ad quos cum in Hispania sitos nostra pars pergeret, tantamque ad debellandos eospraesumptionis fiduciam ferret quantam etiam proxime ad Gothos, pari superbiae fastu, pari exitu conruerunt. Venitque super exitum nostrum illud Prophetae dictum : Obruet Dominus conjîdentiam tuam, et nihil habebisprosperum. Confidebamus enim in sapientia nostra et fortitudine contra Dei mandata dicentis: Non glorietur sapiens in Voulez-vous connaître la grandeur de ses souffrances? Consume de langueur pendant de longues années dans les cachots des barbares, il a été réduit à un tel excès de misère qu'il s'est attiré la pitié de ses propres ennemis, infortune qui semble aux hommes de cœur plus pesante etplus amère que les douleurs mêmes. Et cela, pourquoi? pourquoi! si ce n'est assurément, comme je l'ai déja dit, parce que les barbares s'humilient devant Dieu, et que nous lui sommes rebelles; parce qu'ils ont cru que la victoire est dans les mains de Dieu, et que nous l'avons cru placée dans les nôtres , c'est-à-dire dans des mains sacrilèges et impies, ce qui est bien plus coupable encore. Enfin, le bruit en a couru et le fait est prouvé; le Roi des ennemis lui-même, prosterné sur un cilice,a répandu des prières jusqu'au jour de la bataille; avant le combat, il s'est agenouillé sous les yeux du Seigneur, il s'est levé de son oratoire pour voler à la guerre. Près d'en venir aux mains, il a combattu par ses supplications, et voilà pourquoi, confiant, il s'est avancé contre l'ennemi, parce que ses prières lui avaient déjà mérité la victoire.

La même chose nous est arrivée avec les Vvandales; nos armées allaient les combattre en Espagne; elles se promettaient la victoire, aveuglées par cette présomptueuse confiance qu'elles avaient apportée naguère contre les Goths ; le même faste d'orgueil les entraîna dans les mêmes désastres, dans la même ruine. Et alors s'accomplit sur nos soldats cette parole du Prophète : Le Seigneur renversera votre confiance et vous n'aurez aucun succès. Nous nous reposions sur notre sagesse, sur notre force, contre ces préceptes mêmes du Seigneur: sapienta sua, nec fortis in fortitudine sua: sed in hoc glorielur qui gloriatur, scire et nosse me quia ego sum Dominus (1). Non immerito itaque victi sumus, ad meliora enim se illi subsidia contulere quam nostri. Nam cum armis nos atque auxiliis superbiremus, a parte hostium nobis liber divinae legis occurrit. Ad hanc enim praecipue opem timor et perturbatio tune Vvaudalica confugit, ut seriem nobis cœlestis eloquii opponeret, et adversum \enientes aemulos suos sacri voluminis scripta, quasi ipsa quodammodo divinitatis ora, reseraret. Hic nunc requiro, quis hoc unquam a nos tris partibus fecerit, aut quis non inrisus fuerat, si putasset esse faciendum ? inrisus utique, sicut a nostris omnia ferme religiosa ridentur. Et ideo quid prodesse nobis praerogativa illa religiosi nominis potest, quod nos catholicos esse dicimus, quod fideles esse jactamus, quod Gothos ac Vvandalos hasretici nominis exprobratione despicimus, cum ipsi haeretïca pravitate vivamus? Itaque, rectissime nobis dicitur illud quod Judasis lege fidentibus dixit sermo divinus: Quomodo dicitis, sapientes sumus, et lex Dominus nobiscum est? Nolite, inquit, confidere in verbis mendacii, dicentes: Templum Domini, templum Domini, templum Domini est. Quoniam si bene direxeritis vias vestras et studia

(I) 1er. IX. 23-24.

Que le sage ne se glorifie point dans sa sagesse, que le fort ne se glorifie point dans sa force; mais que celui qui se glorifie, se glorifie de me connaître et de savoir que je suis le Seigneur. Nous avons donc bien mérité d'être vaincus, car nos ennemis ont eu recours à de meilleurs auxiliaires que nous. Pendant que nous mettions notre orgueil dans nos armes et nos alliés, le livre de la loi divine marchait contre nous dans les rangs ennemis. La seule défense des Yvandales, au milieu de leurs craintes et de leurs troubles, a été de nous opposer les discours célestes et de faire retentir contre leurs assaillans les paroles des saints volumes, comme autant de voix de la divinité. Et maintenant, je le demande ici, où est l'homme parmi nous qui se fût jamais avisé d'un pareil stratagême? qui n'eût pas encouru la risée générale, seulement en proposant la chose? Oui, la risée générale, car, chez nous, tout ce qu'il y a de sacré n'estil pas un objet de dérision? Ainsi donc, à quoi bon nous glorifier de cette prérogative d'un nom religieux, à quoi bon nous dire catholiques, à quoi bon vanter notre foi, à quoi bon déshonorer les Goths et les Vvandales par le reproche d'hérésie, lorsque nous vivons nous-mêmes dans une dépravation hérétique? Aussi, les paroles que l'Ecriture adressait aux Juifs qui mettaient leur confiance dans la loi, on peut bien nous les adresser avec raison: Comment dites-vous, nous sommes sages, et la loi du Seigneur est parmi nous? Ne vous confiez pas en des paroles de mensonge, disant: Temple du Seigneur, temple du Seigneur, ce temple est au Seigneur. Car, si vous redressez vos voix et vos désirs, si vous ne faites point d'injustice à l'étranger,

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