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21 Cimenius.

VI.

A Limenius, Salvien, salut dans le Seigneur. — Je n'ignore pas que les cœurs bien nés n'oublient jamais une affection honnête, parce que, dans des goûts purs, les hommes vertueux chérissent en quelque sorte leur propre nature; cependant, comme nous devons autant qu'il est en nous , accroître par de bons offices l'amitié des nôtres, j'ai cru devoir vous rappeler cette union que je formai jadis avec vous, et que vous avez cimentée naguère. Quand vous lirez ma lettre, les sentimens affectueux que vous y trouverez réveilleront pour moi ceux de votre ame. Notre Dieu vous accordera, j'espère, si vous aimez des Chrétiens, de participer à l'affection du Christ. Adieu dans le Seigneur.

21 2tp*r tt à femis.

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A Aper et à Verus, Salvien. — S'il y a prévenance ou hardiesse de ma part à vous écrire sans que vous m'en ayez donnez le droit, c'est à votre jugement qu'il faut en référer plutôt qu'au mien; car, en une chose douteuse et cachée, on s'en rapporte mieux à d'habiles

defensoribus creditur. Sed, licet haec vere se ita habeant, et a me ita esse ducantur, tamen, si quid in veri opinione secundum intelligentiam meam sit, audiendum a me putatis, ego sic arbitror, si quando de officio deferendo parvis, ut ego sum, apud superiores, ut vos eslis, sancta contentio est, melius eos facere si préoccupent scripto patronos suos, quam si ab iis praeoccupentur. Nam cum ipsa scribendi rescribendique adsiduitas dandis vel maxime et reddendis obsequiis deferatur, multo necesse est bumilius sit et obsequentius dare quempiam operam ut officium prius deferat, quam expectare ut prius capiat, quia, juxta id quod snpra diximus, delatio oflicii fugere honorem, dissimulatio affectare videatur.

Congrue ergo et multis modis rationabiliter actum est ut ego ad vos prius scriberem. Primum, quia turpiter ad honorem ambisse viderer inferior. Deinde, quod vos ab omni hujuscemodi opinionis nota ita morum vestrorum dignitas vindicat, ut pene quidquid a vobis fit, nihil non recte factum esse credatur. Postremo, quod etiamsi hoc consilio vos ad me non scripsissetis, ut ego peccator et imbecillus prius deferrem officia quam sumerem, pio magis id vos consilio fecisse existimandum erat quam adroganti. Cum enim totius ferme bumilitatis et prope omnium officiorum palmam indepli sitis, non

interprètes qu'à de mauvais défenseurs. Quoiqu'il en soit réellement ainsi, et que je ne doute pas de cette vérité, néanmoins si vous voulezme permettre d'énoncer ma faible opinion à ce sujet, je le ferai volontiers. Or, je pense que, s'il y a quelquefois entre les supérieurs comme vous êtes, et les inférieurs comme je suis, une sainte rivalité de politesses, ceux-ci font mieux de devancer par écrit leurs supérieurs, que de s'en laisser prévenir. L'échange de lettres et de réponses étant principalement établi pour favoriser la réciprocité de déférences, il y a bien plus de respect et d'humilité à user tout le premier d'attentions et d'égards, que d'attendre qu'on nous devance; car, ainsi que je l'ai dit, en prévenant, on semble fuir les hommages, en différant, on paraît les rechercher.

C'est donc à bon droit et avec beaucoup de raison , que je me suis mis à vous écrire le premier. D'abord, il eût été honteux pour moi, inférieur que je suis, de paraître ambitionner les hommages. Ensuite, la dignité de vos mœurs vous met tellement à couvert d'un semblable soupçon, que tout ce que vous faites porte l'empreinte de la sagesse. Enfin, quand même vous ne m'eussiez point écrit, dans la vue de me forcer, moi homme faible et pécheur, à vous rendre les premiers devoirs, il eût fallu attribuer cette conduite à la piété bien plus qu'à l'orgueil. Comme vous avez atteint au plus haut degré de l'humilité et des autres vertus , l'on eût pensé que c'était moins pour refuser des honneurs à un ami, que pour ne pas lui imposer une charge onétam credi poterat vos amico voluisse honorem negare, quam onus noluisse imponere. Quamvis enim honestum et religiosum studium sit praeoccupare humilitate et vincere , tamen quando inter tales ut nos sumus , id est inter summos atque infimum, hujuscemodi negotium est, abundantioris caritatis rem major facit, si minori cedat officio.

Haec, mi domini venerabiles, juxta opiniunculam meam non tam praesumptione scientiae, quam honore reverentiae vestrae, scribenda ad vos putavi. Si aliud vos sentire ostenderitis, ego manum ad os meumponam (1), et, juxta exemplum sancti Job, qui, post divinam vocem in comparationem loquentis Dei parvum se et imbecillum esse cognovit, terram me, ut sum, squalidam et insincerum cinerem judicabo, dicamque illud : Semel locutus sum, non adjiciam (2) ; nec immerito, incidere enim in falsae opinionis errorem priusquam vera cognoscas, imperiti animi est et simplicis; perseverare vero in eo, postquam agnoveris, contumaciae. Valete.

(1) Jol,. XXXIX, 34.

(2) IbiJ. 35.

reuse. Que ce soit une étude honnête et pieuse de prévenir et de surpasser les autres en déférences, cependant entre des personnes comme nous , c'est-àdire, entre des personnes éminentes, et un homme d'un rang infime, le supérieur fait preuve d'une charité plus généreuse en cédant à son inférieur.

Voilà, mes vénérables maîtres, ce que j'ai cru devoir vous écrire, suivant ma faible opinion, moins par une vaine présomption d'habileté, que par respect pour votre révérence. Si vous manifestez d'autres sentimens, je placerai ma main sur ma bouche et, suivant l'exemple du saint homme Job, qui, après avoir entendu la parole divine, reconnut sa faiblesse et son néant en comparaison du Seigneur dont il venait d'écouter la voix, je me regarderai comme une vile terre, ce que je suis en effet, et comme une cendre abjecte, puis je dirai: T'ai parlé une première fois, je n ajouterai rien. Et à bon droit; car, tomber dans une opinion fausse et erronée, avant de connaître la vérité, c'est le propre d'un esprit simple et ignorant; mais persévérer dans l'erreur, une fois qu'elle est reconnue, c'est le propre de l'opiniâtreté. Adieu.

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