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« C'est d'abord Alaric à la tête des Goths, s'avançant au « travers de l'Italie, emporté par le souffle de Jehovah , « comme un vaisseau par relui de la tempête. — 11 va. — « Ce n'est pas sa volonté qui le conduit, c'est un bras qui « le pousse. — Il va — vainement un moine se jette sur son « chemin et tente de l'arrêter. Ce que tu me demandes n'est « point en mon pouvoir, lui répond le barbare , quelque « chose me presse d'aller renverser Rome. Trois fois il en« veloppe la ville éternelle du flot de ses soldats; trois fois « il recule comme une marée. Des ambassadeurs vont à lui « pour l'engager à lever le siège: ils lui disent pour l'ef« frayer, qu'il lui faudra combattre une multitude trois fois "aussi nombreuse que son armée; tant mieux, dit le mois« sonneur d'hommes, plus l'herbe- est serrée, mieux elle se * fauche (1)!

.' Enfin il se laisse persuader, et promet de se retirer, si « on lui donne tout l'or, tout l'argent, toutes les pierreries, « toutes les esclaves barbares qui se trouvent dans la ville.

« — Et que restera-t-il donc aux habitans?

« — La vie, répond Alaric.

« On lui apporta cinq mille livres d'or, trente mille livres « d'argent, quatre mille tuniques de soie, trois mille peaux « écarlates,et trois mille livres de poivre (2). Les Romains, « pour se racheter, avaient fondu la statue d'or du courage « qu'ils appelaient la vertu guerrière (3).

« C'est Genzeric, à la tête des Vvandales, traversant l'Afri

( 1 ) Ipsius, inquit, faenum rariore facilins resecatur.

(2) Quinquies mille libras auri, et praeter bas, trecies mille libras argenti, quater mille tunicas sericas, et ter mille pelles coccineas, et piperis pondus quod ter mille libras aequarel. Zosimus.

(3) Quorum erat in numero fortitudinis quoque simulacrum, quam Romaui virtutem vocant, quod sane corrupto quidquid fortitudinis atque virtutis apud Romanos superabat eitinctum fuit. Zosimus.

que et marchant vers Carthage, où se sont réfugiés les débris de Rome : vers Carthage la prostituée, où les hommes se couronnent de fleirrs, s'habillent comme des femmes, et, la téte voilée, courtisanes étranges, arrêtent les passans pour leur offrir leurs monstrueuses faveurs (1). Il arrive devant la ville, et tandis que l'armée monte sur les remparts, le peuple descend au cirque. Au-dehors le fracas des armes, au-dedans le bruit des jeux; ici la voix des chanteurs , là-bas le cri des mourans; au pied des murailles, les malédictions de ceux qui glissent dans le sang et qui tombent dans la mêlée; sur les gradins de l'amphithéâtre. les chants des musiciens et je son des flûtes qui les accom« pagnent. Enfm, la ville est prise, et Genzeric vient lui« même ordonner aux gardiens d'ouvrir les portes du cirque. « A qui, disent-ils? — Au roi de la terre et de la mer, ré• ]M>nd le vainqueur.

« Mais bientôt il éprouve le besoin de porter ailleurs le « fer et la flamme. Il ne sait pas, le barbare, quels peuples « couvrent la surface du globe, et il veut les détruire. Il se .• rend au port, embarque son armée, monte le dernier « sur ses vaisseaux. — Où allons-nous, maître? dit le pilote. « — Où Dieu me poussera! — A quelle nation allons-nous « faire la guerre (2) ? — A celle que Dieu veut punir (3).

« C'est enlin Attila que sa mission appelle dans les Gaules; TM dont le camp , chaque fois qu'il s'arrête, cache l'espace « de trois villes ordinaires; qui fait veiller un Roi captif à « la tente de chacun de ses généraux, et un de ses géné« raux à sa tente ; qui, dédaigneux des vases d'or et d'argent

(1) Indiria sibi quaedam monstruosae impuritatis ineclebant, et firmin* tegmioum illigameulis capila velarunl, alquè publiee in civitate... Salvianas.

(2) lulerrngntus a nauclero, quo teodere populabundus vellet, respondisse : « Quo Deus imputent. - Zosimus.

(3Ï « In eos quibus iratus est Deus. » Procopius.

« de la Grèce, mange des chairs saignantes dans des assiettes « de bois. Il s'avance, et couvre de son armée les pacages « du Danube. Une biche lui montre le chemin à travers les « Palus-Méotides, et disparaît (1). Il passe, comme un tor« rent, sur l'empire d'Orient, laissant derrière lui Léon II « et Zénon Isauricus ses tributaires , enjambe avec dédain « Rome déjà ruinée par Alaric, puis enfin met le pied sur « cette terre qui est aujourd'hui la France, et deux villes » seulement Troyes et Paris , restent debout. Chaque jour, « le sang rougit la terre; chaque nuit, l'incendie rougit le « ciel; les en fans sont suspendus aux arbres par le nerf « de la cuisse, et abandonnés vivans aux oiseaux de proie (2); « les jeunes filles sont étendues en travers des ornières, et « les chariots chargés passent sur elles; les vieillards sont « attachés au cou des chevaux, et les chevaux aiguillonnés « les emportent avec eux. Cinq cents villes brûlées marquent « le passage du Roi des Huns à travers le monde , le désert « s'étend à sa suite, comme s'il était son tributaire. L'herbe « même ne croît plus , dit l'exterminateur, partout où a « passé le cheval d'Attila!

« Tout est extraordinaire dans ces envoyés des vengeances « célestes, naissance , vie et mort.

« Alaric, prêt à s'embarquer pour la Sicile , meurt à Co« rentia. Alors ses soldats, à l'aide d'une troupe de captifs, « détournent le cours du Rusento, leur font creuser une <i fosse, pour leur chef, au milieu de son lit desséché, y « jettent sous lui, autour de lui, sur lui, de l'or, des pier« reries , des étoffes précieuses; puis, quand la fosse est

(1) Mox quoque ut Srythica terra ignotis ap|>aruil, cerva disparaît. Joruandes.

(2) Irrueutcs super parentes nostros, omnem substanliam abstulerunt,

pueros per nervum fœmoris ad arbores appendeutes , puellas amplius ducentas crudeli uece iuterfererunt. Grog. Tur.

« comblée, ils ramènent les eaux du Busento dans leur lit; « le fleuve passe sur le tombeau , et sur les bords du fleuve « ils égorgent jusqu'au dernier des esclaves qui ont servi

• à l'œuvre funéraire , afin que le mystère de la tombe reste « un secret entre eux et les morts (1).

« Attila expire dans les bras de sa nouvelle épouse Udico; « et les Huns se font, avec la pointe de leurs épées, des « incisions au-dessous des yeux, afin de ne point pleurer leur « roi avec des larme» de femmes, mais avec du sang d'hom« me (2). L'élite de ses cavaliers tourne tout le jour autour « de son corps, en chantant des chants guerriers; puis quand

* la nuit est venue, le cadavre, enfermé dans trois cercueils, » le premier d'or, le second d'argent, le troisième de fer, est « mystérieusement déposé dans la tombe , sur un lit de dra« peaux, d'armes et de pierreries ; et, afin que nulle cupidité « humaine ne vienne profaner tant de richesses funéraires, « les ensevelisseurs sont poussés dans la fosse et enterrés « avec l'enseveli (3).

« Ainsi passèrent ces hommes qui, instruits de leur mission « par un instinct sauvage, devancèrent le jugement du monde « en s'intitulant eux-mêmes le marteau de l'univers (4), ou le « fléau de Dieu.

« Puis, quand le vent eût emporté la poussière qu'avait « soulevée la marche de tant d'armées, quand la fumée de

(1) Hujus ergo, in medio alveo, collecto eaptivonitn agmine, sepulture locum effodiuDt : In cujus fodiae gremio Alaricum multis opibus obruunt: rursusque aquas in suum alveum reducentes, ne a quoquam quandoque locus cognosceretur, tossores omîies interemerunt. Jornandes.

(2) Ut praeliator enimius , non faemineis lamentationibus et lacrimis sed sanguine lugerelur virili. Jornandes.

(3) Et, ut tôt et tantis divitiis humana curiositas arceretur, operi deputatos , detestabili mercede trucidarunt mors sepelientibus cum sepidto. Jornandes.

(4) « F.n ego sum maliens orbis.

« tant de villes incendiées fut remontée aux cieux, quand « les vapeurs qui s'élevaient de tant de champs de bataille « furent retombées sur la terre en rosée fécondatrice, quand « l'œil enfin put distinguer quelque chose au milieu de cet « immense chaos, il aperçut des peuples jeunes et renou« velés, se pressant à l'entour de quelques vieillards, qui « tenaient d'une main l'Evangile, et de l'autre la croix:

« Ces vieillards, c'étaient les Pères de l'église.

« Ces peuples, c'étaient nos aïeux, comme les Hébreux « avaient été nos ancêtres : sources vivantes , qui jaillissaient « pures de la terre, à l'endroit même où s'étaient perdus les « fleuves corrompus.

« C'étaient les Franks, les Burg-Hunds et les Vest-Goths « se partageant la Gaule; c'étaient les Ost-Goths, les Lon« gobards et les Gépides se répandant en Italie; c'étaient « les All-Ins, les Van-Dalls et les Suèves, s'emparant de « l'Espagne; c'étaient enfin les Pietes, les Scots et les Anglo« Saxons se disputant la Grande-Bretagne; puis, au milieu « de ces races nouvelles et barbares, quelques vieilles coïi lonies de Romains éparses çà et là, espèces de colonnes « plantées par la civilisation, étonnées de rester debout au « milieu de la barbarie, et sur lesquelles étaient écrits les « noms à demi effacés des premiers possesseurs du monde. » Alexandre Dumas, Gaule et Fiance, Prologue.

Il y a, dans ce rapide et brillant tableau, plusieurs traits empruntés aux Etudes historiques (tom. II, pag. 332-344) de M. de Châteaubriand. Les Etudes sont entre les mains de tout le monde; nous nous bornons donc à y renvoyer le lecteur.

Page 50. — Ligue 13.

Poenam mu Debitam nisTunT. — « Sunt dii immortales « lenti quidem, sed certi vindices generis humani. » Seneca, in Prœfatione lib. X Controversiarum.

tOM. II. 33

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