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sont restées sans solution, malgré l'intérèt tout spécial qu'elles présentaient pour notre province. Faut-il attribuer ce résultat négatif à la sévérité que vous avez apportée dans vos précédents jugements, ou à un ralentissement dans les travaux de cette nature, ou bien n'est-ce qu'un fait accidentel? Espérons que cette dernière hypothèse sera la vraie : ce qui s'est passé pour nos concours de poésie est bien propre à entretenir en nous cet espoir. En effet, ces concours, après avoir été très faibles pendant quelques années, se sont relevés peu à peu, et cette fois vous avez recueilli une abondante moisson de bons vers. Vous avez reçu, d'ailleurs, en dehors des sujets mis au concours, un travail très-méritoire sur un des points les plus saillants de notre histoire locale.

Mais j'avais promis d'être bref et je m'aperçois, Messieurs, que j'empiète sur les attributions des rapporteurs de nos concours. Je vais donc arrêter ici le bilan de nos travaux pendant l'année 1865-1866. Si vous le trouvez suffisant, vous n'aurez qu'à poursuivre tranquillement le cours de vos études; si, au contraire, vous reconnaissez qu'il laisse à désirer, vous redoublerez de zèle pour accomplir votre noble mission de cultiver en commun les sciences, les lettres et les arts, et d'en assurer le progrès aussi bien par vos propres exemples que par des récompenses judicieusement distribuées.

DISCOURS DE RÉCEPTION DE M. PARIS

membre résidant.

MESSIEURS,

En parcourant les Registres aux Bourgeois de la ville d'Arras, j'ai remarqué que, parmi les étrangers qui désiraient acquérir les avantages attachés au droit de cité, les uns payaient un cens au moment de leur admission, tandis que les autres, à la recommandation de quelque notable , étaient exemptés de la rétribution habituelle. Lorsque j'appris que des suffrages aussi nombreux que spontanés m'appelaient à faire partie de votre Compagnie, je me demandai si je possédais des titres à un pareil honneur, ou si, protégé par un patronage amical, je devais considérer comme gratuite mon admission à l'Académie. Sans répondre à cette question, que je vous laisse le soin de résoudre, je suppose, Messieurs, qu'assez indulgents pour accorder une approbation sympathique à un travail historique que l'amour de la justice a seul inspiré, vous avez voulu surtout, en ma personne, honorer le Barreau d'Arras, avec qui vous avez toujours vécu dans une sorte de confraternité, et encourager le goût des lettres, si intimement lié à la profession que j'exerce. Aussi, Messieurs, quels sujets n'ai-je pas de vous adresser mes remerciments ! La coutume et la bienséance m'en font un devoir; la reconnaissance le rend doux à remplir.

La Compagnie qui m'ouvre ses rangs n'emprunte pas seulement son éclat du mérite personnel des membres qui la composent actuellement. Semblable à ces familles vraiment nobles qui, accroissant chaque jour leur patrimoine d'honneur, tirent un légitime orgueil des hauts faits accomplis par une longue suite d'ayeux, elle rattache la considération dont elle jouit à un passé plus que séculaire. A peine douze sociétés savantes avaient-elles pris naissance dans nos provinces, que la capitale de l'Artois vit se former une réunion littéraire qui mérita bientôt le titre d'Académie royale. Je serais tenté , Messieurs, d'esquisser quelques traits où l'ancienne Académie soit reconnaissable ; mais à quoi bon vous rappeler des noms fidélement gravés dans votre mémoire ? Qui ne sait ici avec quelle ardeur ceux que vous pouvez appeler vos pères travaillèrent , d'après leur programme, à connaître les « principes, le génie et les » délicatesses de notre langue, et à approfondir l'his» toire locale ? Les mémoires intéressants , les dissertations curieuses, les cuvres variées échappés aux ravages du temps suffisent à montrer que, fidèles à leur devise (Flores fructibus addit), ils savaient allier aux

connaissances utiles les délassements agréables de l'esprit. · Le mérite littéraire de l'Académie d'Arras, sur lequel il serait superflu de nous étendre, avait pour fondement de solides vertus. Constatons-le hautement : jusqu'au jour où, l'aristocratie de l'intelligence étant proscrite comme celle de la naissance et de la fortune, toutes les sociélés littéraires furent enveloppées dans une ruine commune, elle demeura fermement attachée aux croyances sur lesquelles reposait l'édifice social. S'il sortit de ses rangs un persécuteur, elle eut la gloire de fournir à la Révolution de nobles victimes : MM. d'Hendecourt, Fruleux, de Lannoy, de La Comté, à qui vous me permettrez , Messieurs, de donner un pieux souvenir.

L'Académie d'Arras avait jeté dans le sol des racines trop profondes pour ne pas résister à l'orage. Aussi, lorsqu'une main puissante eut rétabli l'ordre, et que la paix, ce bien suprême des nations, eut permis aux lettres et aux arts de fleurir de nouveau , les cinq membres de l'ancienne Académie survivant seuls à vingt-trois années de dispersion virent se grouper autour d'eux une réunion d'hommes intelligents et laborieux, dont l'unique ambition fut de continuer dignement l’æuvre de leurs devanciers. Depuis un demi-siècle, Messieurs, la chaîne ainsi renouée s'est continuée jusqu'à vous. L'Académie s'est recrutée dans tous les rangs de la société : le Clergé, la Magistrature, l'Armée, l'Enseignement, l'Administration, le Barreau lui ont fourni, comme à l'envi, des représentants. Je n'entreprendrai point d'exposer vos travaux et d'en faire connaitre le prix : on

ne loue bien que les absents. Beaucoup mieux que nos éloges, plus de quarante volumes de Mémoires imprimés et de publications inédites sont là pour attester que vous n'êtes restés inactifs dans aucun genre, et que vous ne le cédez, ni en savoir ni en mérite, à ceux qui vous ont précédés.

Pourquoi faut-il, Messicurs, que le bonheur que j'éprouve à faire partie d'une Compagnie si distinguée dans le présent et dans le passé, et à retrouver ici tant de visages amis, soit mélangé de tristesse ? Moins favorisé que l'éminent ingénieur avec qui vous daignez aujourd'hui me recevoir, je n'ai point à remplacer un collègue qui s'éloigne sans vous dire adieu ; la place que je vais occuper, la mort, hélas ! l'a rendue vacante, et vous savez quelle perte, en la personne de M. Harbaville, vous avez faite pour jamais !

Ce n'est point à moi, Messieurs, qu'il appartient de vous rappeler les qualités de l'esprit et du cœur que vous avez pu apprécier dans votre long commerce avec M. Harbaville. Vous avez confié ce soin à une voix plus autorisée, et je me reprocherais d'empiéter sur la tâche que votre honorable Président saura si bien remplir. En apportant mon faible tribut d'éloges au collègue à qui vous me faites succéder, je me bornerai , sans toucher même aux œuvres si variées dont il a enrichi vos Mémoires, à apprécier en peu de mots les travaux historiques qui lui ont acquis, en dehors de l'Académie, une légitime renommée.

Dans le vaste champ que l'histoire offrait à ses investigations, M. Harbaville a choisi cette ancienne province d'Artois à laquelle il appartenait par sa naissance

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