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et par ses affections, et ce département du Pas-deCalais qu'il était appelé, comme administrateur, à étudier sous tous ses aspects. Esprit curieux, il s'est plu à remonter le cours des temps et à rechercher la trace que nos villes les plus florissantes et nos plus humbles villages avaient laissée à travers les siècles. Cette prédilection naturelle pour l'histoire locale était favorisée par un mobile plus élevé : M. Harbaville était désireux de concourir à ce réveil de la vie provinciale qui, sans compromettre l'unité nationale, profondément établie dans nos lois et dans nos meurs, aurait peut-être atténué les effets d'une centralisation absorbante. Sans doute il n'adressait ainsi qu'à un public restreint le résultat de ses recherches; mais par une juste compensation, il excitait, dans le cercle plus étroit de ses lecteurs, le sympathique intérêt qui attache l'homme au clocher de son village et aux sites qu'il parcourt habituellement.

Les travaux d'histoire locale, quelque modeste qu'en soit l'objet, ne présentent-ils pas, d'ailleurs, une utilité générale qui en rehausse le prix ? Les écrivains qui s'y adonnent sérieusement, suivant l'exemple de notre regretté collègue, ne fournissent-ils pas leur pierre aux architectes de génie qui, voulant consacrer aux nations dont ils racontent les gestes un monument durable, recherchent avant tout la vérité ? Ne leur rendent-ils pas, modestes collaborateurs, un important service en plaçant sous leur main des matériaux extraits du sol et déjà dégrossis?

M. Harbaville comprenait, Messieurs, que pour remplir ce rôle et mériter cette confiance, l'histoire locale

doit s'astreindre à des règles sévères. Il n'est pas d'événement, en effet, qui ne soit relaté d'une façon trèsdiverse et qui ne donne lieu à procès. Comme le magistrat, l'historien est appelé à dégager la lumière des ténèbres et à apprécier la valeur relative des preuves apportées à son tribunal. Il n'ignore pas que la tradition, si elle transmet de génération en génération le souvenir fidèle des événements importants de la vie d’un peuple ou des destinées d'une bourgade, alors surtout qu'un caractère religieux préserve ce souvenir de toute alteration, laisse néanmoins le plus souvent la fable se mêler à la réalité, et fait disparaître l'exactitude du fond sous la richesse des détails créés successivement par le caprice et l'imagination. Il accueille les récits des contemporains avec plus de confiance que la tradition; mais il ne s'abuse pas sur les dangers qui accompagnent la preuve testimoniale; il connait les qualités que doivent avoir les témoins pour mériter sa confiance ; il sait que, souvent trompés et parfois trompeurs, les témoins sont soumis par la raison autant que par la loi à des causes de reproche qui, lorsqu'elles se produisent, font écarter leur déposition d'une enquête sérieuse. Il applique enfin la maxime: lettre passe témoins, et c'est surtout dans les actes écrits qu'il puise sa conviction ; ce sont ces actes, qu'avec plus de labeur que le juge , il recherche lui-même patiemment dans les mines trop rarement explorées que renferment nos archives.

Tels ont été, Messieurs, les principes qui ont présidé à la composition du Mémorial historique et archéologique du Pas-de-Calais : « Pour atleindre le degré d'exactitude » qui fait le mérite essentiel d'une ouvre d'érudition, » j'ai visité, disait M. Harbaville, toutes les communes » qui ont quelque valeur historique, compulsé les ar»chives et les bibliothèques, interrogé les ruines et les » monuments, recueilli les traditions et les légendes...)) Vous savez, Messieurs, si cette déclaration de votre collègue était sincère, et si le livre a tenu, chose rare, les promesses de la préface.

Est-ce à dire que M. Harbaville soit parvenu à cette exactitude parfaite dont il faisait son idéal ? Un éloge n'est sérieux qu'autant qu'il est sincère. Je reconnaitrai donc sans peine qu'il a trop souvent émaillé son sujet de légendes qu'il raconte avec charme, mais dont il révèle lui-même le caractère apocryphe ; j'avouerai qu'il a commis ça et là des erreurs d'autant plus excusables que, publiant son livre en 1842, il parcourait des régions en général inexplorées par ses contemporains. Comment visiter successivement les neuf cents communes du Pas-de-Calais, comment donner sur chacune d'elles une notice historique, archéologique, ethnographique..... sans jamais s'égarer en chemin? – M. Harbaville l'a dit avec une bonne foi qui fait honneur à son caractère : « Dans un travail de ce genre, les erreurs « étaient inévitables. » Loin de trouver mauvais que les critiques relevassent ses inexactitudes, il accueillait avec bonheur les rectifications qu'on voulait bien lui signaler; et joignant ainsi les découvertes d'autrui à ses propres recherches, il préparait, de longue main, une nouvelle édition de son æuvre améliorée. L'âge et la mort l'ont empêché de réaliser ce projet ; M. Harbaville, espéronsle, trouvera parmi vous un continuateur.

A la patience de l'investigateur, M. Harbaville joignait l'indépendance de l'esprit, aussi nécessaire à l'historien que l'indépendance du caractère l'est à l'homme public. Rappelez-vous, Messieurs, l'étude si remarquable qui sert d'introduction au Mémorial du Pas-de-Calais, et vous direz combien M. Harbaville était exempt de préjugés et de passions ; avec quelle impartialité il appréciait le moyen-âge , si long-temps décrié par des écrivains superficiels qui croiraient volontiers que nos gloires ne datent que de leur siècle, sinon du jour où ils ont apparu sur la scène du monde; vous apprécierez avec quelle hauteur de vues il signalait l'influence qu'exerçait, sur notre civilisation au berceau, ce Christianisme que la Révolution , au nom du progrès social , voudrait proscrire de la société qu'il a formée.

Est-ce à dire que, partisan des réhabilitations systématiques, M. Harbaville admirât tout dans le moyenâge ? Il signale au contraire à chaque pas le mal qui, dans ce bas monde, croit toujours à côté du bien : la violence et la corruption des moeurs, l'incohérence des lois et des coutumes, la fréquence des maladies contagieuses due au défaut de police hygiénique. Mais le bien, après tout, l'emporte sur le mal : les cinq cents châteaux-forts disséminés dans nos contrées servirent plus souvent d'asile aux opprimés que de repaire aux oppresseurs. Premier germe de nos libertés, les communes prennent naissance. Cinquante-deux chartes d'établissement, plus de cent actes confirmatifs inventoriés ou analysés par M. Harbaville nous démontrent que la plupart des communes de l'Artois ont été volontairement concédées par les seigneurs, et non arrachées par l'insurrection populaire. Tandis que, dans la vie publique, la liberté tend à se combiner avec la hiérarchic , dans l'ordre social, la charité chrétienne adoucit tous les genres de misères : celles du corps, celles de l'esprit, celles du ceur, en fondant à la fois des hôpitaux, des écoles, des églises; l'art enfin brille d'un éclat incomparable dans ces poèmes de pierre consacrés par l'homme à la gloire de Dieu.

Des institutions et des monuments du moyen-âge, il ne reste guère que des souvenirs ou des ruines. Si nous nous reportons, hommes du XIXe siècle, vers ces temps qui sont loin de nous, ce n'est pas certes pour les faire revivre, et sacrifier ainsi, comme le vieillard dont parle Horace,

........... Laulator temporis acti

Se puero........ les progrès que la Providence nous a permis de réaliser. Le voulůt-on, pour les peuples comme pour les individus, ce retour en arrière n'est pas possible. Mais en étudiant le passé, nous découvrons, à côté des choses périssables qui éveillent notre curiosité, les vérités éternelles dont nous devons conserver et transmettre à ceux qui nous suivront le précieux héritage.-Un jour M. Harbaville visitait Cercamp, riche abbaye de l'ordre de Citeaux, dont la Révolution a renversé tous les bâtiments, sauf le quartier des hôtes : « En voyant, dit-il, à travers les arbres des ave» nues, cette somptueuse maison abbatiale, précédée de » sa vaste cour en hémicycle, et près de là les construc» tions aux cent fenêtres où l'industrie a placé ses ten» tes, on comprend qu'une grande révolution s'est ac» complie dans les idées et dans les choses. Il y a là

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