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en France où elles ne peuvent passer qu'en payant des droits considérables; celles qui se fabriqueront à Arras pourront entrer librement dans tout le royaume sans payer aucun droit, selon le privilége de cette ville, et de là cette conséquence décisive que les fabriquants d'Arras pouvant donner leurs étoffes à meilleur marché, seront certainement préférés à ceux de Roubaix. Il y a déjà long-temps que quelques-uns de leurs fabriquants ont conçu le même projet ; ils vouloient aller s'établir à Arras; ils alléguoient qu'ayant la facilité de déverser gratuitement leur fabrique dans le royaume, ils auroient eu un grand avantage sur les fabriquants de Roubaix ; qu'obligés de courir tous les quinze jours jusques dans l'intérieur de l'Artois pour leurs fileuses, ils les auroient eu à leur porte, et qu'outre cela ils se flattoient d'obtenir des priviléges de Messieurs d'Artois. Ces motifs, quoique pressants, ont été sagement contrebalancés par le danger que courent toujours ceux qui les premiers s'avisent de transporter des fabriques; ils ont parfaitement senti que ce pas étoit glissant et qu'ils risquoient leur fortune. Ce danger ne subsistera plus dès que le sieur Pottier sera établi à Arras; il est très-propre à donner en peu de temps une consistance à ses fabriques, ce qui invitera plusieurs fabriquants de Roubaix à se fixer à Arras, au préjudice de ce bourg et de ses dépendances, et au détriment du commerce qui y subsiste depuis long-temps. Toutes ces considérations alarment extrêmement les supplians, ils voient un grand danger et ce danger les menace de près.

» Pourquoi ils ont très-humblement recours à vous, Messieurs, ce considéré, il vous plaise mettre tout en usage pour empêcher l'établissement du sieur Pottier, à Arras. Accoutumés à vos bontés et à vos soins paternels, ils osent se flatter qu'ils en ressentiront les effets dans cette conjoncture critique et qui est telle qu'ils ne croient pas qu'on puisse porter un coup plus mortel à leur fabrique. Ce faisant, etc. » (“).

Nous ignorons quelle suite fut donnée à cette requête; mais on voit les égards de la manufacture de Roubaix redoubler leur surveillance. Le 21 mai 1760, ils saisissent des harnas, des outiles et autres ustensiles de fabrique qu'un sieur Desobry voulait faire transporter à Arras. Desobry alléguant devant l'intendance de Flandre qu'en choisissant Arras pour y former un nouvel établissement, il usait de la liberté commune à tous les commerçants, les égards répliquèrent que ce n'était point gèner la liberté du commerce, mais bien veiller à sa conservation que d'empêcher le transport d'une ville dans une autre des ustensiles propres à une manufacture; que cette règle s'observait inviolablement dans toutes les manufactures établies ou approuvées par l'autorité souveraine, ainsi que le prouve l'ordonnance rendue par le magistrat de Lille et la chambre des comptes en 1620, publiée de nouveau en 1733 et 1759, qui défend ces sortes de transports sous peine de 300 florins et de bannissement; que le sieur Desobry avait aggravé la contravention en voulant aussi faire passer à Arras quatre chaines préparées à la manière de Roubaix ; fait puni en 1725 sur le sieur André Florin. La sentence de l'intendant condamna Desobry à 12 florins d'amende au

(1) Archives de Roubaix, HU 30, n° 3.

profit du bureau de l'égarderie , et par grâce accorda main-levée de la saisie des métiers et des chaines , à charge par lui de s'en défaire incessamment par vente publique sur la place de Roubaix , en présence des Égards.

III.

Nous arrivons au mémorable arrêt du 7 septembre 1762 , qui accordait aux habitants des campagnes et à ceux de tous les lieux où il n'y avait point de communautés, la faculté de filer toutes espèces de matières, de fabriquer toutes sortes d'étoffes, et de leur donner tous les apprêts, en se conformant aux règlements.

Pour la centième fois, Lille jeta son cri d'alarme. L'exécution de cet arrêt, contraire au bien du royaume, allait consommer la ruine de cette ville et entrainer celle du plat-pays ! Appuyé par l'Intendant de Flandre, elle mit tout en cuvre pour en empêcher la publication dans cette province; publication qui eut lieu pourtant deux ans après, en septembre 1764, et qui fut suivie , le 13 février 1765, de lettres-patentes portant confirmation de l'arrêt de 1762.

Le fabricant de Roubaix crut voir enfin le terme de la fatale contrainte où la jalousie de ses voisins l'avait retenu si long-temps. Il pouvait exercer sans danger une activité mise en mouvement par l'autorité même du Souverain. Il prépara les matières nécessaires pour confectionner les étoffes interdites jusqu'alors, fit monter des métiers, instruisit les ouvriers et acheva d'heureux essais. Mais une étonnante déception lui était encore reservée. Lille, mettant en jeu tous les ressorts de son adresse et de son influence, parvint à faire suspendre, dans la châtellenie de Lille, l'exécution de l'arrêt de 1762, dont jouissait tout le reste du royaume. Nos gens de loi ne purent conjurer ce malheur, bien qu'ils eussent réclamé l'intervention des États d'Artois, fortement intéressés aux progrès de la fabrique de Roubaix « qui » occupait alors la plus grande partie des ouvriers de » l'Arlois. » (o) Les lettres-patentes que Lille obtint, sont du 2 juillet 1765.

La nouvelle de cette injuste exclusion surprise au Conseil d'État, plongça toute la châtellenie dans une véritable consternation. Par quelle fatalité une portion des sujets du roi se voyaient-ils privés des avantages d'une loi faite pour tous ? Par où avaient-ils mérité une si funeste distinction ? Roubaix pourtant ne se découragea pas, prit l'initiative dans cette importante affaire et forma opposition à l'arrêt de suspension. Comme toujours, la ville de Lille mit en avant ses priviléges exclusifs, mais en étaient-ils contre le bien public qui ne fussent odieux? elle le sentit, aussi s'attacha-t-elle moins à faire valoir ces priviléges en eux-mêmes qu'à rappeler les motifs usés sur lesquels elle prétendait qu'ils étaient fondés , et à dérouler les conséquences fâcheuses qu'entraînerait pour elle la liberté de l'industrie.

In arrêt du Parlement de Flan:lre, du 16 juillet 1767, renvoya les parties devant Sa Majesté pour avoir décla

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ration de sa volonté; mais nos Echevins, Egards et fabricants n'avaient pas attendu celte décision pour recourir au Conseil d'Etat : dès 1766 , ils avaient, dans une requête adressée aux États d'Artois en leur assemblée générale, exposé cette résolution et supplié l'assemblée de leur accorder ses bons offices et d'employer le grand crédit qui lui était acquis à si juste titre, pour obtenir de Sa Majesté la main-levée de la surséance ordonnée par l'arrêt du 2 juillet 1765. Les États d'Artois s'étaient prononcés de la manière la plus favorable, et ils avaient donné à leurs députés à la Cour des instructions en ce sens, les invitant à rendre à Roubaix tous les services qui dépendraient d'eux lorsqu'ils en seraient requis. Cette délibération des États d'Artois est du 22 décembre 1766, et signée : BLANCHARD, abbé de Marcul ; LOQUETY, abbé de Ruisseauville; CAPRON, chanoine; le marquis de CRENY; RAULIN DE BELVAL ; le marquis de VERQUIGNEUL; GOSSE DE DOSTREL; LEFEBVRE et THELLIER le jeune; – HERMAN, greffier.

Malgré l'active coopération des États d'Artois, le procés devait encore durer dix ans. La résolution de l'assemblée générale de 1767 fut conforme à la première ; elle est signée : N. CHAVATTE , abbé de Choquel; LoQUETY , abbé de Ruisseauville ; CAPRON , chanoine ; le marquis de CRENY; RAULIN DE BELVAL; BRIOIS DE LA MAIRIE; GOSSE DE DOSTREL et MAUDUEL.

A l'assemblée générale de 1768, on lut le rapport des députés artésiens; nous en donnons la substance : « Dans le mois de mars dernier, deux députés des échevins de Roubaix élant venus solliciter nos bons offices, nous nous sommes prétés avec plaisir à toutes les démarches

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