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possessions très étendues appartenant à des membres de l'ancienne famille ducale de cette province, la ville de Troyes ne pouvait manquer de devenir un centre sur lequel Louis XI concentrerait les mouvements de ses troupes, accumulerait son matériel de guerre et ses provisions de toutes sortes, lorsqu'il attaquerait la Bourgogne. Les habitants de Troyes avaient, par ces causes, avec le roi de France et ses officiers, de fréquents rapports. S'ils avaient intérêt à conserver des relations de bonne intelligence avec leur souverain, celui-ci, de son côté, leur témoignait, par une correspondance fort suivie, les dispositions les plus bienveillantes.

Telles furent, pendant le règne de Louis XI, les relations des habitants de Troyes avec ce souverain, si sombre et si soupçonneux. Est-ce à dire pour cela que les Troyens fussent, dans certaines occasions, comme nous le verrons bientôt, plus ménagés, plus épargnés en hommes, en argent, en contributions de toutes sortes, que les autres sujets du roi ? Non, nous ne le croyons pas. Bientôt même la preuve en sera donnée par le récit de l'un des actes les plus tyranniques, le moins connu peut être jusqu'à ces derniers temps, non seulement du règne de Louis XI, mais encore de l'histoire de France. Nous voulons parler des faits qui intéressent la ville d'Arras, accomplis entre le 2 juin 1479 et la mort du roi, et relatifs à l'expulsion des anciens habitants remplacés par 3,000 familles recrutées dans toute la France.

La campagne de 1477 avait amené la réduction du duché et de la comté de Bourgogne. Les Etats de cette province avaient reconnu Louis XI pour « leur souverain » droiclurier et naturel seigneur. » Ils avaient remis leur province au roi, représenté par le sire de Craon et le sire de Chaumont-d'Amboise, celui-ci gouverneur de Champagne et de Bourgogne. Ces deux commissaires royaux s'étaient, dans ce but, rendus à Dijon, à la tête des troupes royales, alors en Champagne. Il n'y eut, à cette soumission, qu'une restriction formulée par les comtés du Mâconnais, du Charolois et de l'Auxerrois, et par les seigneuries de Château-Chinon et de Bar-surScine. Leurs représentants supplièrent le roi « de garder » à mademoiselle de Bourgogne, son droit, comme il » l'avait promis. » La remise des deux Bourgognes s'effectua le 29 janvier 1478 (n. st.) moyennant certaines conditions souscrites par les commissaires royaux et approuvées par Louis XI le 18 mars suivant. Quoique la soumission des États parût à peu près unanime, elle ne fut pas approuvée de toute la population ; quelques villes bourguignonnes donnèrent lieu, plus tard, à sevir contre elles pour cause de rébellion.

Du côté des Flandres, de l'Artois et de la Picardie, Louis XI, non moins qu'en Bourgogne, essaya et parvint à dépouiller la princesse Marie, l'héritière unique de Charles-le-Téméraire. Il entreprit de s'approprier tout ce qui dépendait du royaume et mit la main sur les provinces wallonnes de l'empire, partie pour les conserver, partie pour les donner à des feudataires français, avant tout, soumis et dociles à ses volontés. Mais ce n'est point de ces faits que nous voulons nous occuper.

Disons, cependant encore avant que d'aborder le sujet, objet de cette étude, que le 8 mars 1477 (n. st.) la ville de Troyes envoya, sous ses pannonceaux et sous la conduite de Macey des Prés, écuyer, seigneur de Vielaines,

près Troyes, la plus grande partie de son artillerie de campagne, à l'armée royale, alors en Flandre et dans l'Artois. On doit croire que cette artillerie prit part aux opérations du siège d'Arras, dont les habitants se soumirent à Louis XI, le 8 mai suivant.

Vers le même temps, Dorey et Pierre de Vallières, habitants de Troyes, reçurent de leurs concitoyens la charge de conduire à Arras soixante chevaux qui devaient servir à l'armée royale. Ils étaient autorisés à traiter aux meilleures conditions avec les officiers du roi afin de ramener tous ces chevaux à Troyes. « Les gracieusetés » des deux commissaires troyens, près des officiers du roi, curent un plein succès et moyennant un présent de vin fait à différents personnages, Dorey et Pierre de Vallières purent ramener à Troyes les soixante chevaux que leur avaient confiés leurs concitoyens.

II.

Après la réduction de la ville et de la cité d'Arras, Louis XI, par ses promesses et par ses bonnes grâces, croyait avoir conquis l'affection des habitants. Il n'en était rien. Une cruelle exécution, ordonnée par le prévot . Tristan l'Ermite, de plusieurs commissaires envoyés par les habitants d'Arras près de Marie, duchesse de Bourgogne, effraya et jeta dans la consternation la population d'Arras. Cette exécution prévotale remit, au moins en apparence, la ville et la cité d'Arras, sous le pouvoir du roi. Les États d'Artois promirent de prêter serment au roi et d'obéir à ses officiers, jusqu'au moment où la duchessc aurait rendu foi et hommage au roi pour le

comté d'Artois, ainsi qu'elle y était tenue. Dans le cas où elle s'y refuserait, et si elle épousait un ennemi du roi, les Etats reconnaissaient que l'Artois demeurerait à la couronne de France, sous la réserve expresse de ses libertés et de ses anciens priviléges. Le roi s'engageait, de son côté, à accorder « une abolition » et à maintenir chacun dans son emploi.

Mais Louis XI étant sorti d'Arras, le parti bourguignon reprit le dessus. Le roi aurait été insulté et une lutte ouverte s'établit entre ses officiers et les habitants. Le roi avait nommé, pour Arras, deux commissaires ou gouverneurs, Jean de Daillon, seigneur du Lude, déjà gouverneur du Dauphiné, et Guillaume de Cerisay, greffier du parlement de Paris et maire d'Angers. Les habitants d'Arras reprochaient à ces deux officiers de s'occuper, avec trop d'âpreté, à tirer de leurs charges les plus grands profits. De son côté, le cardinal de Bourbon, qui s'était fait nommer abbé de St-Waast, menait une vie dissolue, dissipait les revenus de cette riche abbaye, et vivait mal avec ses religieux, qui, non habitués à la vie licencieuse de leur nouvel abbé, étaient accusés par lui de rébellion contre le roi.

Ce déplorable état de choses paraît avoir duré deux ans. Il était amené par un continuel manque de foi de la part des gouverneurs, par les abus des officiers royaux, par leur désir excessif de s'enrichir aux dépens des habitants. D'un autre côté, il existait chez ceux-ci un esprit d'opposition qui, en dehors des reproches adressés aux agents du pouvoir royal, trouvait sa source dans leur attachement à la cause bourguignonne, à leur affection pour la duchesse Marie, laquelle s'augmentait en raison

de la haine portée à Louis XI et à son gouvernement, dont les principes ne reposaient pas sur la plus saine morale. Mus par ces divers sentiments, les Arrageois secoururent leurs voisins et amis, les Douaisiens, et firent échouer une entreprise de l'armée royale contre la ville de Douai. Le roi, en apprenant l'échec éprouvé par ses soldats, entra dans la plus grande colère et décida qu'il ferait chasser tous les habitants de la ville et de la cité d'Arras. Ces derniers faits s'accomplirent en mai 1479.

L'épisode historique qui m'occupe, se rapporte à l'exécution et aux conséquences qui découlèrent de cette terrible parole de Louis XI : « qu'il ferait chasser les ha» bitants de la ville et de la cité d'Arras. » Cette violente menace de Louis XI fut malheureusement et rigoureusement exécutée. Les faits sont aujourd'hui révélés dans tous leurs tristes et principaux détails. Avec des documents dépendant des dépôts d'archives de Tours et d'Orléans, M. A. Laroche, l'honorable président de l'Académie d'Arras, les a étudiés dans sa savante étude intitulée : Une Vengeance de Louis XI. Aujourd'hui, je viens ajouter de nouveaux faits consignés dans des documents appartenant aux archives municipales de la ville de Troyes. J'ai eu la satisfaction de révéler l'existence du document le plus important de ce dramatique chapitre de l'histoire d'Arras. Ce sont les lettres du 2 juin 1479, dans lesquelles Louis XI prescrit l'exécution de sa royale et tyrannique volonté. Je n'appellerai pas ici l'attention sur chacun des documents que je vais passer en revue, leur importance et leur intérêt se révéleront dans le récit qui va suivre, et les pièces, jointes à celle élude, diront par ellesmèmes leur valcur.

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