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IlI.

Aujourd'hui le doute n'est plus permis. Un intervallo de deux années séparent le siège d'Arras du jour où Louis XI ordonna l'expulsion des habitants de la ville et de la cité d'Arras ('). Ces deux années sont supprimées |,ar le plus grand nombre des historiens. Ce fait, si longtemps laissé dans l'obscurité, est maintenant acquis à l'histoire. Les archives municipales de Troyes possèdent un vidiituis authentique des lettres royaux qui prescrivent l'expulsion des habitants d'Arras. Ces lettres sont datées de Château-Landon, du 2 juin 1479 (J).

Dans ces lettres, Louis XI s'exprime à peu près en ces termes : Considérant que la ville d'Arras est de l'ancien patrimoinc et du domaine de la couronne de France, qu'elle a été réduite et mise de nouveau en ses mains et que les habitants méconnaissant ses bienfaits et le pardon qu'il leur avait accordé de leurs crimes, délits, maléfices, rébellions et désobéissances, en leur restituant tous leurs biens, et après le serment prêté par eux d'être de bons et loyaux sujets, se sont réunis « aux Autrichois » ses rebelles et désobéissants sujets, pour mettre la ville d'Arras entre leurs mains. Afln d'obvier à leurs mauvaises et damnables entreprises, il a mis, pendant toute une année, une garnison de huit cents lances fournies (c'est-à-dire plus de cinq mille hommes, la lance fournie comportant six et quelquefois sept hommes), de sa grande ordonnance qui, de jour et de nuit, ont vaqué à la garde et ù la sûreté de la ville, à cause de l'état de rébellion des habitants d'Arras. Pour mettre ordre à l'avenir, le roi, sur l'avis de plusieurs princes et seigneurs de son sang et des gens du grand conseil assemblés en grand nombre : « Ordonne » faire wider et mectre hors de la ville d'Arras les habi» tants en icelle et y faire habiter et demourer de ses » autres bons et loyaux sujets des villes de son royaume » à lui loyales et obéissans, tant marchans de toutes » marchandises que gens de tous estatz, mestiers et » vacations. »

(]) Nous disons : vi11e et cité d'Arras, chacun sait que cette anrienne capita1e de 1'Artois se divisait en 'îcux parties : la cité et la vi11e.

1$) Instruments. Pièce n" 1°J.

Louis XI ordonne ensuite que dans une assemblée qui sera tenue à Paris, le douze du même mois de juin, il sera pris par Philippe Luillier, seigneur de Morvilliers, capitaine de la Bastille de Saint-Antoine et chambellan du roi, et par Henry de Livres, conseiller au Parlement et prévôt des marchands de Paris, toutes les mesures nécessaires pour mettre à exécution ses volontés. (')

L'assemblée ordonnée par Louis XI se tint en effet à Paris au jour indiqué par lui. Ce fait nous est révélé par un mandement donné, le 21 juin à Paris, par les commissaires royaux, Philippe Luillier et Henry de Livres et adressé à Jean de Roffey, garde et chancelier des foires de Champagne et de Brie, à Jacques de Roffcy, lieutenant au bailliage de Troyes et élu en l'élection de cette ville, Jean de Mergey, procureur du roi, Simon Maret, receveur du domaine, Jean de Marisy, voyeur, Germain Blanchet, dit Bornibus , commis-lieutenant de la prévoté, Henry deThaon, élu, Edmond Marct, receveur des aide?,

(1) Instruments. Pièce n" l°r.

I/mis Griveau, grenetier, Jean Hennequin, l'ainé, Jean Hennequin, le jeune, Guillaume de Marisy, Jean Larchier, Guillaume Griveau, Jean Molé, Jean de Chatonru, Nicolas et Thibaut Berthier, Pierre Largentier, Guillaume Laiguisé, Claudin Journée et Nicolas de Salon, tous bourgeois de Troyes. (')

Dans ce mandement, les commissaires généraux Luillier et de Livres, rappelant les volontés du roi contenues dans ses lettres, données à Château-Landon le deux juin et l'assemblée tenue à Paris le 12, disent que le roi a voulu et ordonné que trois cents bons ménagers (*) marchands et ouvriers de plusieurs métiers, y compris vingt bons et notables marchands de draps, de soie et de laine, de fer, d'acier, de blés, de vins, d'épicerie, de bétail et d'autres marchandises, soient élus, pris et levés, tant dans la ville de Troyes que dans plusieurs autres villes, pour être envoyés à Arras, afin d'y habiter et demeurer avec ceux des autres villes et pays loyaux, sûrs el obéissants, ainsi qu'il a été arrêté dans l'assemblée de Paris, formée des marchands et des bourgeois, envoyés par les villes de France.

Il est prescrit aux bourgeois de Troyes, à qui le mandement du 22 juin est adressé, de trouver, tant dans leur ville que dans celles de St-Florentin, de Bar-sur-Aube, de Joigny, de Nogent-sur-Seine, d'Ervy-le-Châtel, de Pont-sur-Seine, de Mussy-l'Évêque et de Chaumont-enBassigny, quatre-vingt-quatorze ménagers, marchands et

(1) Reg. Série F. n° 179. — Inst. n» 2.

(2) II doit y avoir erreur dans 1e ridimus. Ce doit être trois mi11e et non trois cents. Voir arch de Compiègne et aussi ce11es de

'* /ra.

gens de métier, y compris six bons ct notables marchands choisis, trois dans la ville de Troyes, et un dans chacune des villes de Bar-sur-Aube, de Joigny et de Nogent. Puis précisant le nombre et la profession de chacun d'eux, ces commissaires ordonnent l'envoi à Arras de deux merciers, d'un orfèvre « en gros et menuiserie » de quatre boursiers, d'un boutonnier, de deux aiguilletiers. d'unceinturier, de quatre marchands drappiers et chaussetiers, de cinq foulonniers, de trois tisserands de draps, d'un teinturier de draps, d'un tondeur de grandes forces, de sept cardeurs, d'un faiseur de cardes, d'un boulanger, d'un pâtissier, d'un faiseur d'alênes, d'un chapelier, de deux mégissiers, de deux pelletiers, de trois tanneurs et corroyeurs, de quatre cordonniers, de quatre tisserands de toile, de trois couturiers, de deux barbiers-chirurgiens, de deux menuisiers, d'un potier d'étain, d'un fondeurmaignien (chaudronnier;, de deux charpentiers, d'un maçon, de deux torcheurs, d'un coutelier, d'un éperonnier, d'un armurier, d'un bourrelier, d'un charron, de deux hôteliers, de deux taverniers, d'un courtepointier, de deux maréchaux, d'un tonnelier, de six laboureurs et manouvriers, d'un chandelier de suif et enfin d'un teinturier de peaux. Tous ces ménagers, eux, leur famille et les outils et ustensiles de leur profession, devaient être rendus au pont de Meulan pour le 12 juillet suivant (').

Les mêmes commissaires ordonnent en outre qu'il sera formé une bourse commune de dix mille écus au

(1) Instruments. Pièce n" 2.

moins v' , afin de faire le commerce à Arras. dette somme doit être fournie par les marchands des villes sus-désignées, ne se rendant pas à Arras. Les commissaires spéciaux de la ville de Troyes sont revêtus de tous les pouvoirs nécessaires pour faire exécuter les ordres du roi dans leur province. Aussi ont-ils le droit de requérir partout « conseil, confort, aide et prisons. »

IV.

Cette levée de trois mille ménagers frappa toute la France, comme on le verra bientôt. Mais, pour des motifs mis en avant par les habitants de quelques villes, quatre, parmi lesquelles se trouve celle de Compiègne, furent dispensées d'envoyer de nouveaux habitants à Arras; ce qui n'empêcha pas, quelques mois plus tard, la ville de Gompiègne d'être frappée de taxes pécuniaires dont le produit fut employé à salarier les ménagers envoyés dans cette malheureuse ville.

Louis XI avait décidé la ruine complète de la ville et de la cité d'Arras, l'expulsion de tous les habitants, bourgeois et artisans, hommes, femmes, enfans, prêtres et religieux. Il fit raser, du moins en partie, les murailles et les fortifications. Il voulut supprimer jusqu'au nom d'Arras. Il défendit, sous peine de punition exemplaire, que cette ville fut à l'avenir désignée sous son ancien nom. « Franchise, fut celui qu'il imposa à l'ancienne capitale des Atrébates. » Et, par un abus de langage, Louis XI choisit ce nom afin que l'on se souvînt à jamais des

(1) Environ 900,000 fr. de notre monnaie. — Va1eur do 1846, Leber.

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