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nagers se dirigeait deTroyes sur Franchise. Il était placé, comme le premier, sous la conduite du poursuivant d'armes du roi, Bar-sur-Seine. Il était composé des hommes, des femmes et des enfans, des marchandises

et du mobilier des ménagers récemment élus pour

l'exil. Tous prirent route par Arcis et Mailly. Le dimanche 13, les voyageurs entendirent la messe à Lettre, (Marne) ('), puis ils se mirent en marche pour Châlons où les voitures, composant le convoi, furent gardées, en raison de la crainte qu'inspiraient les gens de guerre; le lundi on s'arrêta à Beaumont-lès-Rheims (*), puis à Brétigny (Oise); on traverse l'Aisne, à l'aide du bac, à Méryau-Bac; le convoi gagne Amye ('); le mercredi il arrive à Vau-Sous-Amiens, puis à la Fère (*). Dans ce lieu, les ménagers ne peuvent obtenir de logement que sur les ordres exprès du gouverneur; les hôteliers leur refusant l'hospitalité. Le vendredi, ils arrivent à Ham, et le samedi à Lihons-en-Pontois ('); le dimanche à Herbonnières (') où ils entendent la messe, payée deux sous neuf deniers à un jacobin. En leur payant à boire, ils se débarrassent de piquenaires, qui voulaient les faire déloger des maisons où ils étaient descendus. Ce même jour le convoi arrive à Amiens, mais il ne sort de cette ville qu'après avoir envoyé à la découverte des éclaireurs pour s'assurer

(1) Sans douta aujourd'hui Bussy-Lestrée.

(2) Beaumont-sur-Veste.

(3) Amy-le-Grand (Oise).

(4) De Brétigny à Ham, 1e trajet parcouru s'exp1ique difficilement, si ce n'est par 1a crainte des gens de guerre.

(5) Auj. Lehon-en-Sangterre (Somme).

(6) Harbonnières (Somme).

s'il y avait sécurité à se mettre en route. Les bourguignons et les autrichois tenaient la campagne, et un convoi d'orléanais avait été détroussé et rançonné par les gens du duc d'Autriche quelques jours auparavant. Le lundi, les troyens, partant pour l'exil, couchent à Doullens, et le nardi, après douze jours de marche, ils arrivent enfin à Franchise, où Bar-sur-Seine prend gîte à l'hôtel du Patineur. Celui-ci, ayant accompli sa mission, reprit le chemin de Troyes le 21 octobre, en passant par Amiens, Breteuil, Clermont, Luzarches, Paris, Brie-Comte-Robert, Melun, Montereau, Bray, Trainel et Marigny-le-Châtel. Il mit huit jours pour opérer son retour (').

Les habitants de Troyes, en tous points, satisfirent aux ordres du roi. D'une part les commissaires royaux attestent ce fait par leur lettre du 30 octobre 1481 (*), d'autre part, du Moncel avait fait la même déclaration le cinq du même mois (') et peu après, les ménagers eux-mêmes reconnaissent qu'ils sont payés intégralement et s'engagent à ne rien réclamer et à demeurer à Franchise. Mais cet engagement ne fut qu'illusoire, car, peu après, un certain nombre de ménagers abandonnèrent la malheureuse colonie.

Quelque séduisant que fut le langage de Louis XI, il n'avait pu convaincre les pauvres exilés de toutes les villes principales de France, à l'égard de la fabrique des draps. Cette fabiique, malgré des faveurs à nulle autre pareille, ne jouit, même momentanément, d'aucune prospérité. Parmi ces faveurs, nous citerons celle-ci : à

(1) Instruments. Pièce n° 39.

(2) Instruments. Pièce n° 40.

(3) Instruments. Pièce n» 36.

Tours, les habitons avaient été « de par le roy » obligés d'acheter des draps fabriqués à Franchise, à cinquante pour cent au-dessus du cours (').

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Bien qu'un échevinage eût déjà été créé à Franchise, Louis XI voulut, en juillet 1481, fondre en une seule et même ville, en une seule et même administration, toute cette colonie composée d'élémens si hétérogènes, si disparates, et d'intérêts souvent si opposés. S'il y avait, à Franchise, parmi cette population venue de toutes les provinces de France, quelques hommes d'une conduite régulière « de bon gouvernement et de bonne conversation » comme il est dit souvent, ce ne pouvait être qu'une exception. Les villes avaient dû profiter de cette occasion, rare dans l'histoire de notre pays, pour se débarrasser de la partie paresseuse et mal réglée de leur population.

Le roi constitua donc une administration communale pour toute cette population hétérogène, en créant un échevinage composé de douze membres non élus, mais choisis par lui et parmi lesquels se trouve Jean du Lys, dit la pucelle, parent de Jeanne d'Arc (*). Louis XI donne à cet échevinage connaissance et droit de juridiction sur tous les faits civils et criminels. Il crée douze officiers

(1) Une vengeance de Louis XI, par M. A. Laroche, ouvrage déjà cité.

(2) II jouissait en même temps d'une rente de soixante sous t. prise sur la garde de Verdun. Ord. des roi? de France. T. XVIII, p. 579.

ayant titre de sergens royaux et charge de faire exécuter les mandements de l'échevinage. Cette institution avait donc le pouvoir d'administrer et de régler des intérêts publics, particuliers, civils ou criminels. Les échevins sont, par le fait de leur nomination, anoblis sans payer finance, et, s'ils sont nobles, ils peuvent se livrer à l'exercice du commerce, sans déroger. Louis XI maintient, en faveur des nouveaux habitants de Franchise, les lettres de répit qu'il leur a accordées le 4 juillet 1479, étant à Méry-sur-Seine. Ces lettres d'échevinage constatent qu'un grand nombre d'élus se sont dispensés du voyage en se rachetant moyennant finance, tandis que d'autres, tel que Heursin ou Oursin, de Tours, faisaient le recrutement et fournissaient des ménagers à Franchise, à beaux deniers comptants. — On pratiquait, sous la protection royale, toutes sortes de commerce. C'est surtout dans ce document législatif fort curieux, qu'apparaît la résolution du roi d'encourager la fabrique des ouvrages de laine parmi les nouveaux habitants d'Arras. Il s'efforçait de faire continuer à cette ville sa grande réputation d'autrefois attachée à ses fabriques de tapisseries, mais, quoiqu'il fît, il ne put y parvenir. Ce mandement, qui vient d'être apprécié, fut adressé aux parlements et autorités provinciales de presque toute la France (').

En juillet 1482, certaines villes n'ont point encore exécuté les ordres du roi, elles n'ont point acquitté leurs engagements envers les ménagers envoyés par elles. Telle est la position des villes de Bar-sur-Aabe, de Joigny, de Provins, Moret, St-Florentin, Nogent-sur

(1) Voirci-dessus p. 10 et Ord. des rois de France, t. XVlIl.p. 668.

Seine, Rheims, Cormissy, Rethel, Epernay, Châlons, Vitry-en-Perthois, Sainte-Menehould, St-Dizier, Vertus, Wassy, Château-Thierry, Joinville, Sézanne.Coulommiers, Meaux, Crécy, La Ferté-sur-Jarre (Sous-Jouarre), Melun, Montereau, La Ferté-Milon, Crespy-en-Valois, Braine, Bray-sur-Seine, Nemours, Mantes et Chaumont-en-Bassigny (').

Toutes ces villes ont encore à fournir de un à cinq ménagers, et, pour chacun, une aide fixée à une somme de dix-huit à trente-cinq livres. Ce qui peut étonner, c'est que, quoique la ville de Troyes ait fourni son contingent d'hommes et les sommes considérables auxquelles ses habitans avaient été taxés, ainsi que tous les intéressés l'ont reconnu, elle soit encore imposée à dix-huit ménagers, et au profit de chacun d'eux, à des sommes qui varient de dix-huit à quarante livres. Il s'agit sans doute d'une nouvelle taxe imposée sur toutes ces villes dans le cours de l'année 1482 (').

Pour fournir aux besoins de la malheureuse colonie, des lettres royales du 17 octobre suivant, ordonnent que, sur le prix de chaque muids de sel vendu, pendant cinq ans, dans les greniers du Languedoc, de la Normandie et des lieux situés le long des rivières de Seine et d'Yonne, il sera prélevé soixante sous tournois.

Le 20 novembre suivant, il est constaté que tous les colons « se sont petitement et mal gouvernés, leur volonté est telle « est-il dit » parce qu'ils veulent se faire

(1) Instruments. Pièce n° 44.

(2) Si t'on additionne les différents nombres de ménagers que 1a vil1e de Troyes dut fournir, its s'élèveraient ensembte au moins à 150.

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