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Ces messieurs, dès le début, se plaignirent hautement de la lenteur des mises en vente et des adjudications, menacérent de se relirer en masse si l'on ne changeait pas d'allure, et, ainsi, parvinrent à se substituer au notaire, au commissaire-priseur, au libraire-expert; composant les lots, indiquant seulement les titres de quelques tomes pris au hasard, et adjugeant, par l'organe d'un libraire étranger, à un homme de paille, représentant de leur association formée au préjudice des héritiers et des amateurs.

Ceux-ci n'hésitèrent pas, dès la fin de la première vacation, à abandonner le terrain, ayant reconnu l'impuissance des officiers ministériels à empêcher ce désordre, pour nous sans exemple.

Néanmoins, il nous avait été adjugé, dans un lot de livres divers et très divers, un volume qui avait excité notre curiosité, en raison de l'inconnu, de la singularité de l'ouvre, et du nom de famille de l'auteur, seigneur en partie d'Hendecourt et de Rullecourt, terres d'Artois. – Voici le titre de l'ouvrage : LE TABLEAV TRAGIQVE, OV LE FVNESTE AMOVR

DE FLORIVALE ET D'ORCADE

pastorale, avec plusieurs stances, odes et autres fantaisies poétiques, par le sieur JOYEL. – Vita nihil; cursus gloriæ sempiternus, à Dovay, de l'imprimerie de Martin Bogart, à l'enseigne de Paris, l'an 1633.—In-12 en 2 tomes, l'un, de 173, l'autre, de 272 p.

Faisons d'abord observer que ce livre parait inconnu jusqu'ici, n'ayant été mentionné, ni dans la bibliothèque. Douaisienne, ni dans la liste des poètes du XVIIe siècle

de Brunet, ni dans aucun des catalogues, soit des bibliothèques publiques, soit des nombreuses ventes opérées de nos jours.

Le livre s'ouvre par une épitre dédicatoire à monseignevr messire Ponthys d’Assonleville (0), chevalier, seigneur de Brevillers (en Artois, de Patonval, etc., chef des eschevins et bovrgvemaistre de la ville de Dovav, etc.

L'auteur, bien qu'appartenant à une famille artésienne, était néanmoins né à Douai, d'après cette phrase de son épître : « J'ai deu vous addresser ces præmices, puisque » vous estes le père de la respublique, à qui je suis » obleige, comme enfant, de sacrifier le premier fruict » de ma muse. »

On se sent favorablement disposé à la lecture de l'ouvrage, par l'éloge qu'en font, selon l'usage observé aux XVIe et XVII° siècles, dès le vestibule, les amis de l'auteur. Cet avantage ne fait point défaut à Joyel.

Nous trouvons, sous le titre de Stances, deux pièces de vers signées, la première, par de Bretencovrt, gentilhomme françois (); la seconde, par Des Rosiers, parisien.

Ces éloges anticipés n'étaient pas de trop pour enhardir Joyel, qu'on pourrait comprendre dans le genus irrita

(1. Cité dans Carpentier, t. 2, p. 108, comine ayant eu, pour femme, Anne de la Hove.

(2) Dont nous connaissons un volume imprimé à Rouen, en 1634, sous ce titre : Le Pélérin étranger ou les chastes amours d'Aminthe et de Philiride ; c'est un roman en vers et en prose, dédié à très illustre et vertueux messire François, chevalier, seigneur de Recourt, Camelin, Choque, Gonnehen, Onnecourt, Anvein, baron de Doulieu, chattelain hériditaire de Lens en Arthois, etc. A la fin du volume on trouve onze odes en l'honneur de la maison de Cameliny.

bile vutumi, d'après l'aigreur que respire le passage de son épitre, où il déclare que « son bocage s'oze vestir » du jour sous l'authorité de la grandeur (de messire » d'Assonleville), s'asseurant que le seul ombre d’ycelle » est capable de coller un silence éternel dans toutes » les bouches des Aristarques.... »

Des Rosiers, le parisien, de son côté, l'encourageait à dédaigner ceux-ci :

N'amuse donc les sens à la taupe grossière,
Qui le voudra blasmer et ne scaura comment :
Car l'ouvre qui n'aura jamais de monument
Ne se doit arrester aux choses de poussière.

Le prenant, de plus haut, de Bretencovrt, le gentilhomme francois, l'exaltait en ces termes :

Ce n'est que vent tout ce qu'on dit d'Orphée,
Qu'il attiroit tant d'animaux divers
Et les charmoit sous la loy de Morphée,
Il le pouvoit, s'il eût chanté tes vers. ..

Eloge prêtant singulièrement à l'équivoque et qui ne semble pas rassurer suffisamment le poète, qui s'adresse directement à ses lecteurs.

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De vouloir marcher en jour, sans avoir des censeurs, c'est se prévaloir de tracasser les espines, sans estre offencé de leurs poinctures, puisqu'escrivant aujourd'hui, on traverse les ronces d'un monde bégayant..., il n'y a que les bons esprits qui se jettent en la foule des

muses, pour sucer, aux isles fortunées, une beatitude qui n'a sa fin que dans l'éternité,

Quique pii vates et Phæbo digna locuti,

Omnibus his nivea cinguntur tempora vitta, n. . vi. et ceux qui crachent dans le sein d'Hypocrène, ce sont autant de femmes de cicones qui déchirent le pauvre Orphée....... Nous voyons tant de cervelles de foin s'eschauffer à mordre les œuvres et les escrits de ceux qui les surpassent en perfection, comme ces ânes qui vouloient rendre muets les rossignols, à force de braire.....

Lecteur, cette épistre n'estoit pas encore hors de la presse que plus tôt j'ai entendu criailler contre mes @uvres, non par des hommes, mais par des asnes qui ne recanent que le foin et l'ignorance.

Qu'ils mettent un peu en veue publique six à sept mille vers pour l'essay et les præmices d'une jeunesse, on y verra bien de la confusion...; et s'ils pensent enchaisner ma plume, à force de coasser comme des grenouilles, ce sera alors que je lui donnerai plus de saillie, pour les faire seicher plus fort d'envie, que ne sont des carcasses au tombeau... Sans mentir, leur murmure enroué me fera moins d'affection que l'ombre de l'ombre de chêne. Transcat. L'approbation porte : Ces auvres poétiques du sieur Joyel ne contiennent aucune chose contraire à la foy catholique, apostolique et romaine, et, estants imprimez selon leur mérite, seront de plaisante lecture. Douay, 20 juin 1633. Signé Mathias Vaveus, docteur en théologie, censeur épiscopal des livres. — Notons que Foppens cite ce même censeur, ancien chanoine en la cathédrale de Tournay, comme étant « librorum censor accuratus, solidi solertisque vir

» judicii atque ingenii. Foppens, bibl. belg., t. 2, p. 876.»

Entrons en matière par l'argument sur le funeste amour de Florivale et d'Orcade.

L'auteur expose, en vile prose, que le berger Célandre adorait Florivale, mais que celle-ci ne répondait à sa poursuite que par des injures, n'étant nullement touchée de l'amour éternel qu'il lui avait voué et lui préférant Orcade; « car Orcade trouvant (un jour) Florivale em» barassée entre les mains de la mort, lui avoit sauvé » ses jours hors des boyaux d'un tigre qui lui préparoit » desjà sa tombe au fond de l'estomach. »

Florivale éprouva par suite, pour son sauveur, un amour que celui-ci partage, mais qui est traversé par Célandre.

Ce dernier, ayant corrompu, par boisson, un salyre, va trouver Orcade à l'autel où il offrait un sacrifice, l'attaque et le laisse pour mort... le blessé toutefois est recueilli et pansé par un druyde.

Le drame se divise en cinq actes.—Dans le premier figurent Lucie, mère de Florivale, un chasseur, un voyageur, Florivale et ses deux amants.

On y voit Orcade mettre en fuite le tigre qui menacait la vie de Florivale, celle-ci témoigner sa reconnaissance à Orcade et exciter ainsi la jalousie de Célandre. Les rivaux se livrent un combat qu'interrompt un voyageur survenu à propos...

La scène, au second acte, se trouve occupée par Florivale, Orcade et Célandre, un satyre, une ombre et un druyde. — Célandre, prenant un satyre pour complice, prémédite la mort de son rival et le frappe d'un coup qu'il croit mortel.—Heureusement pour le blessé, ses

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