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Pour apprendre à être israélite, il faut vivre en israélite. La plus savante leçon s'oublie, le meilleur livre peut se déchirer, les tables de la loi peuvent être brisées tous les jours; mais l'action de la vie est pleine de force et de résistance, la voix de Jacob ne s'éteint point, et notre religion, à côté de ses enseignements écrits, est une Thorâ verbale, un enseignement vivant se transmettant de bouche à bouche, de génération à génération. La religion d'Israël n'est pas une lettre morte, un monument de pierre, un édifice devant lequel on peut passer ou s'arrêter, selon notre volonté et notre bon plaisir ; mais elle est notre âme et notre esprit, c'est en nous qu'elle a son véritable sanctuaire, son culte et son autel, ses docteurs et ses pontifes; c'est dans notre cœur qu'elle ouvre sans cesse un livre divin, des pages écrites de la main même de l'Éternel. Le plus admirable catéchisme, l'ouvrage de théologie le plus profond et le plus éloquent est à peine une ombre de cette lumière, un pâle reflet de ce livre de Dieu.

Aussi, bien que ces pages contiennent des chapitres sur nos dogmes, nos sabbaths et nos jours de fête, nos cérémonies et nos pratiques religieuses, notre loi morale et sociale, etc., je n'ai pas voulu faire un livre d'enseignement proprement dit, mais un livre de recueillement, d'étude, d'édification. Mon but, mon ambition, mon espérance, est d'exciter l'esprit de nos coreligionnaires de tous les sexes et de toutes les classes à la méditation des grandes et sublimes choses renfermées dans le judaïsme, dans ses doctrines, dans son histoire, dans ses triomphes et dans ses malheurs, dans ses aspirations spirituelles et dans sa vie pure et sainte; de leur offrir en ce livre une clef pour ouvrir les trésors de leurs propres sentiments, un guide pour l'élévation de leur âme, une étincelle pour allumer le feu sacré qui les pénètre et les vivifie, un miroir pour leur montrer, faiblement sans doute et voilé par la pâleur et l'obscurité de ma parole, ce qui se trouve de noble et de divin dans leur propre cœur. La Foi d'Israël, dans ma pensée, n'est pas une leçon pour les hommes, mais un cantique au Dieu de nos pères. On voudra donc me pardonner si parfois ces pages essayent de s'élever à un degré d'enthousiasme, à des accents poétiques qui, peu compatibles avec l'enseignement de lois positives, se produisent mal par une plume insuffisante et une voix prosaïque. Mais voici le texte du psaume, le lecteur trouvera bien dans son âme le chant, la mélodie, la musique divine, qui montent au ciel dans un hymne séraphique ! Par la même raison, j'ose solliciter une indulgence bienveillante pour les répétitions qui peuvent se trouver dans ce livre. Les morceaux dont il se compose ont été écrits à diverses époques, souvent à de longs intervalles; de sorte que l'auteur ne se rappelait pas toujours ce qu'il avait pensé et exprimé autrefois. Puis, par son caractère d'ouvrage d'édification et de dévotion, les répétitions étaient presque inévitables, comme dans un recueil de prières. Ensuite, un grand nombre de nos commandements religieux ayant la même cause, la même signification, le même but, leur exposé doit se ressentir nécessairement de cette espèce de communauté et d'uniformité. Il ne m'était pas toujours permis, quand même le manque de talent et de génie ne s'y serait opposé, de chercher pour des lois divines des idées nouvelles, des images et des figures, qui, en les poétisant, en les symbolisant trop, pouvaient les affaiblir dans la croyance et dans l'observation pratique des hommes. Mais ces répétitions mêmes, dont la plus grande partie est due aux intervalles écoulés entre la composition de mes essais, autant qu'à mon insuffisance littéraire et scientifique, sont au moins un témoignage de la solidité de mes convictions religieuses. J'ai pensé et écrit aujourd'hui ce que j'avais pensé et écrit il y a quinze ans. J'ai, en cherchant dans la collection de L'Univers israélite des chapitres pour mon ouvrage, trouvé avec bonheur des inspi

rations d'autrefois, des inspirations lointaines, qui m'animent encore à l'heure qu'il est, des échos anticipés de ma parole d'aujourd'hui. Ce mérite de la constance des principes vaut peut-être autant, dans un livre comme celui-ci, que la gloire attachée aux plus magnifiques variations des idées, aux plus brillantes fantaisies des belles-lettres. Peut-être ce livre pourra-t-il aussi servir d'apologie au judaïsme, ou du moins inspirer à des plumes plus éloquentes la pensée d'écrire cette apologie, devenue malheureusement si nécessaire de nos jours. Les attaques contre notre religion et nos coreligionnaires, les calomnies les plus odieuses contre nos pratiques religieuses et nos sentiments d'homme et de citoyen, recommencent dans diverses contrées comme aux temps les plus ténébreux de l'histoire. Des violences et souvent des crimes sont commis contre nos frères, nos femmes et nos enfants, et on en cherche l'excuse dans notre sainte et divine croyance. Ce livre, écrit dans une langue umiverselle, exposant les dogmes et les pratiques du judaïsme avec clarté et une rigoureuse exactitude, non comme un judaïsme moderne, réformé, adapté aux exigences de notre position sociale, les aurait façonnés, mais tels qu'ils sont enseignés depuis quarante siècles; ce livre pourra donc contribuer à éclairer le public non israélite sur nos vérités et nos œuvres religieuses, et, par conséquent, à diminuer, sinon à faire disparaître, les préventions malveillantes ou involontaires. Il montrera une fois de plus que cette religion d'Israël qu'on croyait oubliée, morte, effacée du livre de la vie spirituelle du monde, mérite d'exister et existe réellement encore dans toute sa vigoureuse énergie, dans la plénitude de sa lumière et de sa grandeur, tandis que toutes les autres croyances de la terre ne peuvent se soutenir que par la force matérielle et brutale, par des législations sévères, souvent appuyées sur des baïonnettes!... L'heureuse réaction que, par la vérité, Dieu suscitera dans ' l'humanité en faveur de sa loi et de son peuple, se fera aussi sentir au milieu de nos frères, si souvent égarés par nos ennemis mêmes.

Qu'il me soit permis de répéter ici ce que L'Univers israélite a dit, il y a dix ans, en publiant son premier travail sur les commandements :

« Nous avons essayé, dans plusieurs articles et sous divers titres, d'exposer dans ce recueil les principes généraux et fondamentaux du judaïsme, sa supériorité sur d'autres doctrines religieuses et sociales, son admirable harmonie avec la raison de l'homme et la foi du croyant, sa merveilleuse capacité de répondre à tous les besoins vrais et légitimes, de s'adapter à toutes les situations de l'individu et de la société, par conséquent sa force de résister au temps, à l'espace et à toutes les transformations, c'est-à-dire sa vérité, son triomphe et son immortalité. « La première partie de notre tâche était facile. Nous n'avions qu'à ouvrir l'histoire, qu'à regarder autour de nous, pour être frappé de la fragilité de tout ce qui n'est pas judaïsme et croyance israélite. Nous voyons des religions qui ne se maintiennent que par une discipline de fer, par la force matérielle la plus étendue et la plus colossale, par une compression violente et complète de tout ce qui est dans l'homme lumière et intelligence; d'autres qui, ayant relâché un peu les liens du despotisme moral et rendu à la raison et à la dignité humaines une faible partie des droits que le ciel leur a donnés, se trouvent livrées à des discussions sans fin, à des divisions sans nombre, en proie à des déchirements intérieurs qui font naître le doute et éteignent le feu sacré; d'autres encore qui se corrompent au contact des sociétés modernes, perdant de plus en plus leur éclat et leur civilisation, à mesure que leur puissance matérielle diminue et que leurs conquêtes territoriales se rétrécissent sur la carte géographique. Le judaïsme seul a su se maintenir et se maintient à tout jamais, non par la contrainte morale et matérielle, non « par les armées et la violence, mais par l'esprit du Dieu Zébaoth !» L'emploi du fer est proscrit dans l'édification du sanctuaire israélite. « Cette partie de notre tâche était encore facile, parce que, pour a remplir, nous trouvions une approbation unanime et sympathique auprès de tous nos coreligionnaires. Car tous les israélites,

quelles que soient leurs opinions, leurs doctrines ou leurs erreurs, sont convaincus de l'excellence des principes fondamentaux du judaïsme, sont fiers d'appartenir à une foi religieuse qui place Dieu si haut sur le monde et ses destinées, régnant sans partage et sans condition sur une humanité intelligente et libre, foi qui accorde à l'homme une place si noble et si grande dans l'échelle de la création, et qui fait luire devant notre raison tant de vérité et donne à notre vie tant de sainteté. Pour ce qui est de ces principes généraux, point de dissidence, point d'affaiblissement au milieu de nous, et l'israélite le plus égaré, le plus plongé dans le doute et l'oubli, est toujours prêt à s'unir à ses frères pour répéter : Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est un Dieu-Un !

« Un devoir plus difficile nous est réservé. Faire descendre ces principes dans la vie pratique; les réaliser, les maintenir, les perpétuer par les prescriptions et œuvres religieuses qui en sont le symbole, le souvenir, la représentation vivante ; montrer notre prospérité et notre salut comme le résultat unique de cette parole de l'Ecriture : « Si vous marchez dans mes lois, si vous observez mes ordonnances et les pratiquez » ( ebn "rpria eN); montrer les précieuses bénédictions attachées à l'observation des commandements divins, ainsi que les dangers et les maux inévitables que leur transgression produit infailliblement : n'est-ce pas exciter le mécontentement d'un grand nombre, irriter contre soi bien des esprits qui ne veulent donner à la religion aucune place. sur la terre et aucun instant dans la vie ? Mais, n'est-ce pas aussi le devoir sacré d'une publication israélite qui doit plutôt instruire et exhorter que plaire et flatter ? »

Ce devoir, que j'ai considéré comme la tâche, l'obligation et le souci de toute ma vie, je viens le remplir par ce livre modeste, qui sollicite un généreux accueil de mes coreligionnaires, une place sur leur table, une pensée dans leur cœur. Je ne pouvais leur offrir une œuvre d'érudition et d'invention rare, mais seulement tout ce qu'il y avait de meilleur et de plus sincère dans ma conscience, de plus vrai et de plus sacré dans mon âme israélite. Puissent-ils accepter ce don,

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