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complet de ces dernières fouilles. Il sera nécessaire de grouper quelque jour dans un ouvrage de synthèse, l'ensemble des informations que les fouilles de cet oppidum ont apportées à la connaissance des antiquités celtiques, en les rapprochant des découvertes survenues depuis ces dernières années, sur tous les points du vaste territoire des tribus gauloises.

L'archéologie comparée, grâce à l'abondance des matériaux dont on dispose aujourd'hui, permet de reconstituer sur des données sûres les principaux traits de la civilisation celtique, dont l'histoire, réduite à ses propres ressources, ne nous laisse entrevoir qu'une image incomplète. L'époque de l'occupation de Bibracte est particulièrement digne d'attention. Cette ville florissait aux temps qui ont précédé immédiatement la conquête romaine. Elle était encore populeuse quarante ans plus tard. Elle a vu s'accomplir, à ses dépens, la transformation profonde que le génie latin imprima à la race gauloise. L'archéologue classique et le préhistorien ont intérêt l'un et l'autre à bien la connaître.

Sans doute, il y a de larges lacunes dans cette reconstitution d'une cité, à l'aide de vestiges matériels, trop clair-semés au gré de notre curiosité. Au jour de leur exode définitif, ses habitants ont eu le soin d'emporter dans leurs nouveaux foyers les moindres pièces de leur mobilier. L'explorateur en est donc réduit à glaner dans les ruines des demeures désertées, de menus objets le plus souvent fragmentés et incomplets. Les sépultures ne sont que de pauvres incinérations, dont l'indigence contraste étrangement avec la richesse des inhumations gauloises de la Marne, qui, dans l'ensemble, leur sont antérieures de deux ou trois siècles. Mais ces débris ont souvent la même valeur archéologique que des pièces entières. Grâce à l'abondance et à la richesse de nos collections muséographiques, tant en France qu'à l'étranger, on peut compléter facilement les documents recueillis à l'état fragmentaire. A l'heure actuelle, on distingue assez bien entre les produits de l'industrie indigène et ceux que le commerce extérieur importait.

C'est précisément sur le commerce et l'industrie de la Gaule que les fouilles de Bibracte sont fertiles en informations et ce sont les questions que nous nous sommes particulièrement attaché à étudier. Toutefois, nous ne nous arrêterons pas ici au détail des discussions. Ayant eu déjà l'occasion d'aborder, dans quelques monographies spéciales divers sujets d'archéologie celtique et celto-romaine, numismatique, céramique, émaillerie, métallurgie, nous nous permettrons d'y renvoyer nos lecteurs en attendant que nous ayons le loisir de composer avec ces éléments un travail d'ensemble sur les fouilles du mont Beuvray.

On trouvera dans les planches jointes à ce mémoire plusieurs vues photographiques des constructions de Bibracte. Elles constituent une série de documents nouveaux. Rien de moins luxueux que la plupart de ces demeures, auxquelles la rusticité de l'appareil et l'absence de toute moulure ou sculpture impriment un caractère autre que celui des constructions gallo-romaines plus récentes. Il est d'autant plus intéressant d'en garder l'image qu'au mont Beuvray les fouilles sont remblayées, comme on sait, au fur et à mesure des travaux.

I. Voici la liste de nos publications qui se rattachent aux découvertes du mont Beuvray:

Les Vases peints gallo-romains du musée de Roanne. Extrait de laRev. archéol., 1895, I,p. 196.

Le Bélier consacré aux divinités domestiques sur les chenets gaulois. Extrait de la Rev. archéol., 1898, II, p. 63 et 245.

Inventaire général des monnaies antiques recueillies au mont Beuvray, de 1861 a 1898. Extr. de la Rev. numismatique, 1899, p. 129.

Note sur l'oppidum de Bibracte et les principales stations gauloises contemporaines. Extrait des Comptes rendus du Congrès international d'anthrop. et d'arch. préhistoriques, xir* session, Paris, 1900, p. 418.

Le Hradischt de Stradonic en Bohême et les Fouilles de Bibracte. Extrait du Congr. archéol. de Màcon, en 1899, Màcon, 1901, p. 119.

L'Archéologie celtique en Europe. Extrait de la Revue de synthèse historique, n' 7, juillet-août, 1901.

L'Oppidum de Bibracte, Guide du touriste et de l'archéologue au mont Beuvray et au musée de l'hôtel Rolin. Paris, Alphonse Picard, s. d. (1903).

Jusqu'à ce jour les objets mobiliers seuls avaient eu les honneurs de la reproduction. Il faut accorder le même privilège aux habitations. Comme nous l'avons fait observer ailleurs, elles constituent les plus anciens spécimens connus de l'architecture civile sur le sol de la Gaule.

C'est un devoir pour nous d'adresser l'expression de notre gratitude à M. le baron Christian d'Aboville, propriétaire de la plus grande partie de l'enceinte, qui a bien voulu nous autoriser gracieusement à poursuivre les fouilles.

Tous les objets trouvés ont été donnés à la Société Éduenne 1 et sont déposés au musée de l'hôtel Rolin.

Outre quelques sondages en divers points, nos fouilles ont porté sur la partie centrale de l'oppidum, dans le Parc aux Chevaux, et sur une parcelle de terrain située au nord de l'ancien couvent des Cordeliers, en amont de la Corne Chaudron, et connue sous le nom de Pâture du Couvent.

Nous procéderons dans l'ordre suivant au compte rendu de ces explorations:

I. — Fouilles dans la Pâture du Couvent (1897 et 1898):

A. Grand atelier de forges.

B. Maisons d'habitation.

C. Sondages au nord de l'atelier.

II. — Fouilles dans le Parc aux Chevaux (1899 et 1901):

A. Petit balnéaire et enclos voisin.

B. Métairie, enclos et bâtiments voisins.

C. Atelier d'un fondeur de bronze.

III. — Sondages divers:

A. Sur l'aqueduc, près des Cordeliers.

B. Dans la Pâture de l'Écluse et près de la Fontaine

Saint-Pierre.

C. Dans le champ dit la Chaume, au sud de la Terrasse.

1. Nous n'en avons conservé que la monnaie d'or pâle découverte au Parc aux Chevaux.

I

FOUILLES DANS LA PATURE DU COUVENT

(1897-1898)

Au nord des ruines du petit couvent des Cordeliers qui disparaissent dans un taillis envahi par les ronces et les buissons1, s'étend un vaste pacage de forme triangulaire; sa légère déclivité s'incline vers le versant ouest de la Come Chaudron.

Cette partie de l'oppidum se trouvait dans des conditions favorables pour recevoir un groupe d'habitations ou d'ate

1. Nous transcrivons le passage de la Narration historique et topographique de» couvens de l'ordre de Saint-François (1619, p. 433) du P. Fodéré, dans lequel est mentionné le petit monastère du Beuvray, ruiné en 1562:

« Il y en a qui ont voulu dire et taschent de le colliger des Commentaires de César que Beaune estoit Bibracte ville grande, et la plus renommée par César, ville capitale des Heduois (qui estoit le premier canton des Gaules). Et César dict que Bibracte estoit la plus spacieuse et la plus peuplée de tout le canton : mais la dispute n'est pas petite entre les escrivains de sçavoir où estoit ceste Bibracte: le vulgaire tient par je ne sçay quelle tradition que c'estoit en la montagne de Beuvray. Et encore y a il de nos Pères qui sont de ceste opinion et de mon ieune aage, je l'ay ainsi ouy dire à nos anciens Religieux, et crois qu'ils prennent leur fondement sur ce que devant les premiers troubles de l'année 1562 nous avions un convent en cette montagne, nommé en latin Bibracte, et est encore ainsi escrit dans le livre de la Province : mais ce n'est qu'une simple opinion, favorisée seulement du vulgaire ignorant, qui s'arreste sur quelque convenance de lettres : car j'ay esté expressément sur le lieu, et ceux qui l'auront bien visité et considéré son assiete jugeront aisement que l'on ne trouvera pas parmy ces rochers place compétante et propre en laquelle il fut possible y avoir basti une ville si grandiose et si populeuse, que César descrit et qualifie Bibracte : car j'ay remarqué par les masures et reliques dudict convent que nonobstant qu'il estoit petit et néantmoins posé à la place la plus spacieuse, il y avoit des officines eslognées l'une de l'autre, n'y ayant place assez spacieuse pour les faire contigues. »

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que cette dernière assertion n'a pas plus de fondement que les arguments de l'auteur relativement à l'identification de Bibracte. La Pâture du Couvent aurait offert aux religieux un emplacement très étendu s'ils eussent été amenés à agrandir leur maison. On peut se demander si les « officines éloignées l'une de l'autre », que le P. Fodéré avait vues au Beuvray à l'état de ruines, ne seraient pas des substructions d'habitations gauloises dont les gens de la localité lui ont peut-être indiqué les traces.

Après sa destruction, en 1562, par les calvinistes, le petit couvent ne fut pas relevé de ses ruines.

tiers. Elle est adjacente à la voie principale qui entrait par les Grandes Portes du Rebout et divisait l'oppidum sur toute sa longueur. L'accès en est aisé, soit à partir de l'entrée du Rebout, soit du Parc aux Chevaux. Enfin, dans son voisinage, à 100 mètres au sud, se trouvait une source alimentant l'aqueduc découvert en 1894 par M. Bulliot, source aujourd'hui presque obstruée, mais dont une sorte de marais marque l'emplacement. D'ailleurs, le ruisseau de la Come Chaudron prend naissance au sommet du vallon dont ce petit plateau forme le faîte.

L'altitude de la Pâture du Couvent est comprise entre les cotes 755 et 745. C'est à peu près celle de la Pierre de la Wivre (751m), dont le profil pittoresque occupe le premier plan de l'horizon pour le spectateur placé sur ce point de l'oppidum et tourné du côté du nord. Ce champ n'avait pas encore été exploré. Nous résolûmes d'y faire porter les premiers sondages, afin de reconnaître si les ateliers des fondeurs et des forgerons se prolongeaient jusque sur ce plateau.

Notre attente n'a pas été déçue. Nous avons mis au jour un grand atelier métallurgique, dont l'ensemble forme une sorte d'insula mesurant 82 mètres de longueur, et enfin deux maisons d'habitation isolées.1

A. — Grand atelier de forges (PCO, l).2
(Fouilles de 1897.)

Cet établissement industriel présente dans son ensemble un tracé irrégulier dont le plan annexé à notre mémoire (pl. IX) permettra, mieux que toute description, de reconnaître les dispositions. De chaque côté d'un mur, parfaite

1. Sur le plan en couleurs de l'oppidum, joint à ce mémoire, le tracé de ce groupe de bâtiments est figuré immédiatement au-dessus de la légende : Ruines d'un ancien couvent de Cordeliers.

2. Le tracé de nos fouilles a été reporté comme précédemment sur le grand plan de l'oppidum appartenant à la Société Eduenne. Chaque bâtiment y est désigné par une cote numérique, précédée d'un signe indiquant le quartier de

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