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instruisais de ce qui s'est passé aux assemblées de bailliage de cette province. Excepté à Autun, on ne peut rien ajouter à l'insolence, à la violence et aux excès auxquels tous les curés se sont portés vis-à-vis des évêques. A Chalon et à Mâcon, cela a été porté à un point si extraordinaire que l'on ne peut l'imaginer. » 1

Le 6 avril, à la suite de ces incidents, l'évêque et le chapitre de Saint-Vincent protestèrent, « contre la composition des assemblées bailliagères et ce qui pourrait être fait, demandé ou consenti au préjudice de l'honneur du clergé, par de prétendus députés qui n'en connaissent pas les affaires et ne sauraient en défendre les droits. » Le 8, ce fut le tour du chapitre noble de Saint-Pierre, qui se plaignit que, dans l'assemblée bailliagère, « les bénéficiers inférieurs de son Église ont eu une représentation de six individus, tandis que le chapitre n'en avait eu que deux. » Mais le résultat était acquis, et toutes ces récriminations ne pouvaient le changer.

Ducret prêta le serment du Jeu de Paume et vota généralement avec la majorité de son ordre. Quand on délibéra, le 20 janvier 1790, sur la fixation du chef-lieu du département de Saône-et-Loire et la division des districts, il appela l'attention sur la ville de Tournus :2

M. Ducret, voulant conserver pour la ville de Tournus la liberté de choisir le district dont elle ferait partie, demande d'attendre que le vœu de cette ville soit connu, avant de prendre un parti à son égard.

Mais l'Assemblée ferma aussitôt la discussion et décréta la division du département. Ducret fit observer que sa proposition n'avait pas été jugée. Le président la mit aux voix, et elle fut rejetée. La division du territoire procédait, en effet, d'un plan d'ensemble qu'il était difficile de modi

1. Arch. nat., H, ?07.

2. Arch. pari., t. XI, p. î58.

fier selon les convenances particulières de chaque localité.

Les habitants de Tournus avaient même espéré voir ériger leur ville en chef-lieu de district. Déçus dans leur ambition, ils se rabattirent sur un tribunal de paix. Le 20 août 1790, la municipalité sollicitait les bons offices de Ducret. « Votre activité, vos soins généreux pour la ville de Tournus, lui écrivait-on, ne se ralentiront pas dans un moment aussi intéressant pour votre patrie adoptive. » Plus tard, Ducret, de concert avec Genetet, fit de pressantes sollicitations pour obtenir la création d'un tribunal de commerce réclamée par la ville. Tous deux intéressèrent à leur cause Gossin, qui était chargé spécialement de la nouvelle division du royaume. Le 18 janvier 1791, ce dernier présenta un rapport, qui fut favorablement accueilli, et, le jour même, Ducret informait la municipalité de Tournus de l'heureux résultat de ses démarches1. Tout le monde n'en fut pas également satisfait. Les officiers municipaux de Mâcon protestèrent à plusieurs reprises, alléguant que l'établissement d'un tribunal de commerce à Tournus était en contradiction avec le décret du 12 décembre 1790, aux termes duquel le tribunal de commerce de Mâcon devait connaître de toutes les affaires du district. Une dernière lettre, adressée, le 21 février, au comité de constitution et rédigée par Roberjot, n'eut pas plus de succès que les précédentes2. Tournus garda son tribunal.

Ducret n'avait pas prêté serment à la constitution civile du clergé. Quand il revint à Tournus, après la session, il se trouva aux prises avec certaines difficultés. Sa paroisse avait été supprimée par la nouvelle répartition, qui n'en avait conservé qu'une, dont le siège était fixé à Saint-Philibert; mais le décret n'avait pas reçu d'exécution immédiate et, pendant dix-huit mois, Ducret continua à remplir,

1. Areh. mun. de Tournus, F».

2. Arch. nat., Div, 59.

à Saint-André, ses fonctions curiales, lisant au prône les mandements de l'évêque constitutionnel et vivant en bonnes relations avec son confrère l'abbé Nicolas, curé assermenté de la Madeleine. Il fit encore la procession du saint Sacrement, le 13 juin 1792, jour de la « petite » FêteDieu. Le moment arriva néanmoins où il lui fallut prendre un parti. La journée du 10 août avait eu pour conséquence d'astreindre les prêtres au serment sous peine de déportation. Cédant aux instances de ses paroissiens, Ducret se décida à prêter ce serment, le dimanche 18 août, à l'issue de la messe paroissiale, « pour montrer que sa conduite et ses actions avaient prouvé jusqu'à ce jour le désir le plus vif de contribuer à la paix et au bon ordre et au maintien des lois, que son intention était de donner en ce moment-là la preuve la moins équivoque et la plus complète de son civisme et de son amour pour le bien public en se rendant aux pressantes sollicitations de tous ses paroissiens, etc.... » On le conduisit ensuite processionnellement à l'hôtel de ville, où le procès-verbal de la prestation de serment fut dressé et revêtu de cent cinquante signatures.1

Cependant, l'abbé Nicolas avait été élu curé de SaintPhilibert. Ce fut l'occasion d'une manifestation en faveur de Ducret. Le 13 novembre, un certain nombre de paroissiennes de Saint-André se réunirent sur la place de l'hôtel de ville et firent présenter par deux d'entre elles au conseil général assemblé, une pétition où il était dit « que leur vœu était de conserver le citoyen Ducret curé de la paroisse, que sa conduite et son savoir parlaient en sa faveur, etc. » Il leur fut répondu « que le conseil ferait ce que la sagesse et la loi exigent de lui », et cinq jours après, le 18 novembre, malgré le vœu si formellement exprimé, l'abbé Nicolas fut installé dans la cure de Saint-Philibert. La municipalité avait pris soin toutefois de mobiliser un déta

1. Arch. mun. de Tournus, DU.

chement de la garde nationale, en vue d'assurer l'ordre, que personne ne songea, du reste, à troubler.

L'abbé Ducret jouissait d'une grande popularité. Sa bienfaisance était inépuisable. Administrateur de l'hospice de la Charité, destiné alors à recueillir des orphelins des deux sexes, il subvenait en partie à l'entretien de cet établissement, que les malheurs du temps avaient réduit au dénûment. Pour lui fournir du blé, du vin, du bois, il mettait à contribution son domaine de Larvolot, situé à cinq kilomètres de Tournus*, dans cette riche plaine qui avoisine le cours de la Saône et dont les croupes du Jura bornent les calmes horizons. Cette conduite ne lui épargna pas une arrestation. Peut-être n'en faut-il pas accuser ses concitoyens. La Terreur fut bénigne à Tournus. Là, comme ailleurs, les Jacobins fulminaient dans l'atmosphère surchauffée des clubs; mais leurs terribles motions s'évaporaient en fumée. L'administration municipale répugnait aux violences. Quand elle recevait du département l'ordre de procéder à des mesures de rigueur, souvent elle faisait prévenir secrètement les intéressés ; ceux-ci se cachaient en lieu sûr, et le lendemain on opérait avec fracas des perquisitions qu'on savait ne pouvoir aboutir.

A la fin de 1793, l'administration départementale porta l'abbé Ducret sur la liste des prêtres à déporter. Il serait oiseux de rechercher pour quel motif, car il n'y en avait pas d'autre que le désir d'inscrire un nom de plus sur cette liste. Les scellés furent apposés, le 29 frimaire an II (^décembre), au domicile de l'ex-curé, et le 22 nivôse (11 janvier 1794), on procéda à l'inventaire de son mobilier, qui fut estimé 2,611 livres. Le 23 ventôse (13 mars), Ducret adressa une réclamation au district de Mâcon, excipant de son patriotisme et rappelant le serment qu'il avait prêté. Le district renvoya sa lettre au comité de surveillance de

t. Commune de Boyer.

Tournus, qui donna un avis très favorable. Aucune solution n'étant cependant intervenue, Ducret formula une nouvelle réclamation, le 13 floréal (2 mai), et demanda qu'il fut au moins sursis à la vente de son mobilier. Mais la Révolution faisait argent de tout. Quelle que fût l'ignominie du procédé, elle n'hésita pas à dépouiller le généreux citoyen qui depuis vingt-cinq ans employait la majeure partie de ses revenus à secourir les malheureux. Le 11 prairial (30 mai), quelques objets, dépendant de son mobilier, un service à café, quatre glaces, deux girandoles, des effets de literie, plusieurs pièces d'argenterie, etc., furent envoyés au district; le surplus fut vendu aux enchères et produisit 6,785 1. 10 s. Le fisc n'avait laissé à l'abbé Ducret que les vêtements qu'il portait sur lui. Sa bibliothèque fut inventoriée le 20 prairial (8 juin). Elle comprenait 1,789 volumes, dont les citoyens Gilbert Piotet et Vincent Crépet, commissaires aux séquestres, inscrivirent tant bien que mal les titres, plutôt mal, à en juger par ceux-ci: Hereure de Voltaire, Espitres de Melanqueton, Lettres de Mmt de Chevigniez, etc.

A cette date, Ducret était en état d'arrestation et enfermé au couvent des religieuses bénédictines. Le 22 prairial (10 juin), incommodé, dit-il, par la chaleur, il s'était assis sur le rebord d'une fenêtre donnant rue Neuve, pour respirer plus à l'aise. Il eut—toujours à l'en croire— une défaillance, perdit l'équilibre et tomba sur le pavé d'une hauteur qui excédait onze pieds. On le transporta sans connaissance dans une maison voisine. Quand il fut revenu à lui, les membres de la municipalité et du comité de surveillance l'interrogèrent sur les causes de cet accident. Le lendemain, ils le firent transférer à l'hospice, où il fut traité avec beaucoup d'égards et séjourna jusqu'à sa libération. Il s'était brisé ou foulé la jambe, et il en resta boiteux. L'explication qu'il donna ne souleva point d'objections. L'événement était cependant moins fortuit qu'il ne parut ou qu'on n'eut l'air de le penser. Selon toute vraisemblance,

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