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cette chute n'était qu'une tentative d'évasion. Quoi qu'il en soit, Ducret fut élargi provisoirement le cinquième jour complémentaire de l'an II (21 septembre), en vertu d'un arrêté du représentant Boisset. Le 29 vendémiaire an III (20 octobre), on leva le séquestre mis sur ses effets, et, le 3 frimaire (23 novembre), il obtint sa liberté définitive. Ce même jour, il réclama au district les meubles confisqués et le prix de ceux qui avaient été vendus. Il recouvra une partie des objets envoyés à Mâcon ; le surplus s'était égaré en route. Enfin, le 20 pluviôse (8 février 1795), le produit à peu près intégral de la vente lui fut remboursé.

Six mois après, des ecclésiastiques obtinrent l'autorisation, sous des conditions restrictives, d'exercer le culte. Dans le courant de 1796, les églises ouvrirent leurs portes aux fidèles; mais ce fut seulement le Concordat qui rétablit la paroisse et la hiérarchie sacerdotale. La publication de ce grand acte fut entourée partout de solennité. A Tournus, le 25 avril 1802, dimanche de Quasimodo, un cortège de fonctionnaires et d'officiers municipaux, accompagné par un détachement du 6° dragons, se rendit de l'hôtel de ville à l'abbaye de Saint-Philibert, qui avait heureusement échappé au vandalisme révolutionnaire. Après la lecture du mandement épiscopal, Ducret prononça un discours. Aucune qualité officielle ne le désignait à cet effet; mais on l'avait évidemment choisi comme le prêtre le plus recommandable et le plus considéré du canton. Une messe fut ensuite célébrée « en actions de grâces du rétablissement du culte en France longtemps désiré par la généralité des citoyens de cette ville et des communes voisines. » La cérémonie se termina par le chant du Te Deum, que ponctuaient des salves d'artillerie.1

Ducret ne fut cependant pas nommé curé de Saint-Philibert. L'évêché d'Autun venait d'échoir à l'ancien évêque

I. Arch. mun. de Tournus, DI'.

de Mâcon, Gabriel-François Moreau. Peut-être celui-ci n'avait-il pas oublié les incidents électoraux de 1789; peutêtre aussi des raisons de santé déterminèrent-elles Ducret à ne pas poser sa candidature. Ce fut son ancien vicaire de Saint-André, Jacques Létienne, qui fut nommé curé le 1er septembre 1802 et installé le 23 novembre.

Le service public et les œuvres de bienfaisance occupèrent les dernières années de l'ex-constituant. Appelé à la présidence de l'administration des hospices, il concourut par ses dons à en grossir le maigre budget. Il fut en outre, à partir de 1803, membre du conseil de fabrique, du jury d'instruction et du conseil municipal. Il s'était retiré en dernier lieu chez le docteur de Bona, son ami Ce fut là qu'il mourut le 15 avril 1807.

L'abbé Ducret avait eu sept frères et sœurs dont il convient de mentionner seulement ceux qui ont laissé des descendants, savoir : 1° Jean-Marie Ducret de Langes, écuyer, capitaine de cavalerie, garde du corps du roi, qui épousa Aimée-Louise Vitte et comparut aux assemblées de la noblesse du bailliage de Bourg; son nom n'est plus porté que par le baron Max Ducret de Langes, ancien conseiller général de l'Ain, demeurant à Bourg, et s'éteindra avec lui; mais celui-ci a eu quatre sœurs, MMm" Eugène Génissieu, Albéric Dulong de Rosnay, de Quercize et Just de Contenson, dont les descendants résident en Saône-et-Loire ; 2° Jeanne-Marie-Élisabeth Ducret, épouse de Claude-François Labbé de Lagénardière, écuyer, lieutenant au corps royal d'artillerie, régiment de Metz, dont la postérité est également représentée dans le département. Le fief de Larvolot était échu en partage à l'abbé Ducret, qui le laissa à son frère aîné Jean-Marie; il n'a pas cessé d'appartenir à la descendance de ce dernier et est aujourd'hui la propriété de M. Ludovic de Contenson.

1. Jean-Pierre de Bona, fils de Claude-François, docteur en médecine, et de Marie-Claudine Vibert.

XXIV

Comte De MONTREVEL

(Bailliage de Mâcon.)

Florent-Alexandre-Melchior de La Baume d'Occors, d'Agout et de Vesq, comte du Saint-Empire, de MontreVel et de Chevigny, baron de l'Abergement, Lugny, Lessard, Chay, Aisne, Marboz, Asnières, Foissat, Saint-Étiennedu-Bois, Bon-Repos, Saint-Étienne-sur-Reyssouze et autres lieux, seigneur de Cruzille, Challes, Torterel, Nobles, Mercey, Genay, Lieffrans, Gevigny et autres lieux, chevalier d'honneur au parlement de Besançon, né le 18 avril 1736, à Mâcon, de Nicolas-Auguste, maréchal de camp, et de Marie-Florence du Châtelet; demeurant à Mâcon et au château de Challes, près de Bourg.1

La seule énumération de ces titres atteste l'immense fortune des comtes de Montrevel, dont la maison, originaire du Bugey, remontait à Sigebald de La Baume, qui vivait au milieu du douzième siècle. Florent-AlexandreMelchior n'avait pas encore six ans, quand il perdit son père. Élevé par sa mère, instruit par le chanoine Mabire, du diocèse de Bayeux, il entra, le 8 novembre 1750, comme sous-lieutenant au régiment du Roi. Mousquetaire en la première compagnie (10 décembre 1751), enseigne des gardes du corps du roi Stanislas de Pologne avec rang de mestre de camp de cavalerie (11 septembre 1755), il servit pendant la guerre de Sept Ans en qualité d'aide de camp du prince de Soubise. Le 21 avril 1759, à la suite du combat de Bergheim, il reçut du roi l'emploi de colonel du régiment de Berry. Promu brigadier le 25 juillet 1762, il fut enfin nommé

t. Armes : d'or, à la bande vivrée d'azur; cimier : un cygne istanl d'argent; supports : deux griffons d'or; cri : La Baume.

maréchal de camp le 3 janvier 1770. C'était le couronnement de sa carrière. Une note inscrite alors résume ainsi ses aptitudes : « A été bon colonel, appliqué, avait grande envie de bien faire, peu d'étendue de génie. » 1

Il avait épousé, le 10 avril 1752, Élisabeth-Céleste-Adélaïde de Choiseul, fille de César-Gabriel, comte de Choiseul, plus tard duc de Praslin, et d'Anne-Marie de Champagnela-Suze. Installé au château de Challes qu'il répara et agrandit, il menait grand train. Sa mère s'en inquiétait. « La consommation est grande dans les appartements de mon fils et de Mmo de Montrevel, jour et nuit, » écrivaitelle sur son livre de comptes. En 1757, les dépenses d'entretien de la maison atteignaient quatre-vingt-deux mille livres 2. Le mariage ne fut pas heureux et, suivant convention du 17 avril 1760, les époux se séparèrent amiablement pour « incompatibilité d'humeur. » Devenu veuf en 1768, le comte de Montrevel se remaria, l'année suivante, avec Marie-Jeanne-Catherine de Grammont, fille de Pierre, marquis de Grammont, baron de Villersexel, et d'EugénieRenée de Brion. Cette fois encore, la lune de miel fut courte, et le comte en vint bientôt à demander une lettre de cachet contre sa femme qui, après avoir été enfermée dans un couvent, finit par embrasser la vie religieuse. Il partagea dès lors sa résidence entre le château de Challes et l'hôtel qu'il avait acquis en 1767, à Mâcon, du président Chesnard de Layé. Il y avait établi des salles de spectacle, et parfois même il remplissait des rôles dans les pièces qu'il y faisait jouer.3

Au début de la Révolution, Montrevel ne se montra pas l'ennemi des idées nouvelles. A la suite d'une pétition du

1. Archives de la guerre (section administrative), Officiers généraux, n* 2563.

2. Voir pour cette période le fonds Montrevel aux Archives de l'Ain (E 131 à E 327), qui contient de nombreux documents sur la famille, les propriétés et la personne du comte de Montrevel.

3. Voir aux Annales de l'Académie de Mâcon, 3* série, t. VI, l'intéressant mémoire de M. L. Lex : les Premières Années du théâtre de Mâcon.

tiers état de Mâcon tendant à faire répartir les impôts sur tous les ordres et à modifier l'administration du Mâconnais, il adhéra, le 8 février 1789, à une délibération de la noblesse, qui formait « le vœu solennel de partager avec ses concitoyens du tiers état toutes les charges et impositions générales de la province, sans aucune exemption pécuniaire et dans la juste et égale proportion de sa fortune, ne se réservant que les droits qui font partie de ses propriétés et les honneurs et distinctions nécessaires dans toute monarchie... » Quelques semaines après, cette même noblesse s'assembla sous la présidence du grand bailli. Soixantedix fiefs étaient représentés, trente-six par les possesseurs et trente-quatre par vingt procureurs. Le 29 mars, le comte de Montrevel fut élu député aux États généraux. Les instructions qui lui furent données lui prescrivaient « d'insister fortement et de tout son pouvoir pour que l'usage inviolable et antique où sont les trois ordres de l'État de voter séparément soit conservé, cet usage étant une des principales bases de la monarchie. » Il lui était expressément défendu « d'acquiescer à l'innovation de faire voter les ordres collectivement et d'y recueillir les suffrages par tête. » 1

Malgré ces clauses, Montrevel se réunit un des premiers au tiers état. Il s'en trouva fort gêné et, le jour même (27 juin), il écrivit au grand bailli du Mâconnais pour le prier de convoquer la noblesse : « Mon cœur, disait-il, souffre d'avoir été forcé de trahir, comme je l'ai fait aujourd'hui, la volonté impérative de mes commettants. » Au reçu de cette lettre, un certain nombre de gentilshommes se réunirent officieusement, le 3 juillet, chez le grand bailli et prirent une délibération invitant Montrevel « à suivre les effets de son zèle et à continuer ses soins pour la chose publique sans aucune limitation quelconque. » On ne s'en tint pas là. Une assemblée de la noblesse, plus

1. Arch. pari., t. III, p. 623. TOME XXXII.

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