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régulièrement convoquée, eut lieu le 14 juillet, le jour même où le peuple de Paris prenait la Bastille. Montrevel y parut, expliqua sa conduite et obtint un vote qui, le déliant de son mandat, l'autorisait « à proposer, remontrer, aviser et consentir tout ce qu'il jugerait bien être. » 1 Le parti qu'il avait pris ne lui servit guère, car la jacquerie du Maconnais n'épargna pas son château de Lugny. Dans la soirée du 27 juillet, plusieurs centaines d'insurgés, armés de fourches, de pieux, de faucilles et même de fusils, envahirent cette paroisse. Les habitants, terrorisés et d'ailleurs en nombre insuffisant, prirent, après délibération, le parti de ne pas se défendre et cherchèrent à amadouer les assaillants en défonçant pour eux des tonneaux de vin sous les halles. Mais pendant qu'une partie de ceux-ci buvaient, d'autres forçaient les portes du château, se répandaient dans les appartements, brisaient les glaces, cassaient les meubles et, après en avoir jeté les débris par les fenêtres, mettaient le feu dans la salle des archives. Pendant que le vieux manoir flambait, ils s'introduisaient dans les maisons du bourg et rançonnaient les habitants. Toute la nuit se passa ainsi en ripailles et en violences, dans la sinistre clarté de l'incendie. Au jour, saturés de vin et les poches pleines, ces misérables se décidèrent à déguerpir. Déjà il ne restait plus du château que des murs noircis par la fumée, au-dessus desquels se profilaient lugubrement les tuyaux des cheminées. Les habitants des paroisses voisines accoururent; mais ce fut surtout pour sauver à leur profit ce qui avait échappé à la rage des émeutiers. Toute la journée, les routes furent couvertes de gens chargés d'objets divers, « comme un jour de foire », dit un témoin oculaire.2

I. Arch. nat„ B* 49 et Bm, 77, f 361.

2. Procès-verbal dressé par le comité de Lugny. — Relation écrite par l'abbé Dubost, curé de Bissy-la-Mâconnaise, sur le registre de cette paroisse pour l'année 1772.

Montrevel ne parut jamais à la tribune de l'Assemblée. Quelques affaires intéressant le département bénéficièrent de son intervention. Le 29 janvier 1790, les habitants de Préty et de Lacrost s'adressèrent à lui pour obtenir la formation de deux communes. Ces communautés n'avaient qu'un rôle d'imposition et ne formaient qu'une paroisse, dont Préty était le siège; mais chacune nommait ses échevins, son receveur des deniers communaux, et avait ainsi son administration particulière. Une note de Démeunier, inscrite en tête de la demande, en admit le principe; mais plus tard les officiers municipaux de Préty réclamèrent l'établissement d'une seule municipalité et, le 22 avril 1791, le directoire du département supprima celle de Lacrost. 1

Le nom de Montrevel n'est cité qu'une fois au Moniteur. Le 22 juin 1791, alors que la fuite du roi agitait les esprits, le comité militaire proposa de faire prêter à tous les « fonctionnaires publics militaires » membres de l'Assemblée le serment de maintenir la Constitution et « de n'obéir qu'aux ordres donnés en conséquence des décrets de l'Assemblée nationale. » Le comte de Montrevel, en sa qualité de maréchal de camp, prêta ce serment purement et simplement, sans commentaire comme sans restriction.

La dissolution de l'Assemblée le*rendit à la vie privée. Il habitait alors, depuis dix-huit mois, un hôtel situé rue de Sèvres, n° 1087, vis-à-vis de l'Abbaye-au-Bois, qu'il tenait en sous-location du prince de Rohan. Il le quitta au commencement de 1792 pour s'installer rue de Verneuil, n° 430, dans une maison dont il avait acheté l'usufruit aux époux de Brou, le 6 décembre 1791. Les massacres de septembre le déterminèrent à s'éloigner. Il partit pour Orléans, le 19 du même mois, et s'établit dans la rue Bannier. Ce fut là qu'il conclut une affaire depuis longtemps en suspens.

I. Arch. nat., Div, 50.

Il avait songé à vendre son hôtel de Mâcon, et des négociations avaient été entamées avec la municipalité qui, par délibération du 20 mai 1792, s'était résolue à acquérir l'immeuble; mais quelques difficultés de détail en avaient retardé la solution. Bigonnet, alors officier municipal, fit le voyage d'Orléans et pressa Montrevel d'en finir. On tomba enfin d'accord. L'autorisation nécessaire fut demandée, le 10 février 1793, à la Convention. Un député de Saône-etLoire, Mailly de Châteaurenaud, ayant converti la proposition du ministre de l'intérieur en une motion, l'Assemblée l'adopta par le décret suivant :1

La Convention nationale autorise la ville de Mâcon à acquérir la maison du citoyen La Baume pour l'employer à des établissements publics, conformément aux mémoires qui ont été présentés par le ministre de l'intérieur; autorise, en outre, la municipalité à emprunter les sommes nécessaires à cette acquisition et à aliéner pour leur remboursement les fonds appartenant à la commune de Mâcon.

Enfin, le 8 mars, un contrat dressé par Desrayaud et Lagrange, notaires à Mâcon, constata la vente « aux citoyens Brice-Alexis Barjot-La-Combe, Marie-Louis Lagrange, maire, François Terrel, Jean-Baptiste Dutroncy père et Guillaume Jambon, présents et acceptants pour eux

ou leurs amis élus ou à élire de la maison appartenant

au citoyen La Baume-Montrevel, ensemble l'hôtel de la Comédie garni de ses décorations et autres effets qui s'y trouvent, situé en cette ville, rue Bourg-Neuf. » Le prix stipulé était de 152,500 livres payées comptant, avec charge pour les acquéreurs de racheter et éteindre deux rentes d'ensemble 600 livres par an sur des particuliers. La ville prit aussitôt possession de l'immeuble et en fit sa maison commune. 2

Le 19 avril, Montrevel faisait payer par son homme d'affaires 600 livres « pour une année d'avance, qui finira

t. Arch. pari., t. LVIII, p. 58. 2. Arch. nat., T, 942.

le 31 mars 1794, d'un quart de loge au rez-de-chaussée, côté gauche, dénommée chaise de poste, à l'Académie de musique. » Il ne devait pourtant pas rentrer à l'Opéra. Dix jours après, il quittait Orléans et allait habiter, à partir du 17 mai, un appartement garni à Saint-Jean-en-l'Isle, paroisse d'Essonne, près de Corbeil. Ce ne fut qu'un court arrêt dans sa vie errante. Le 23 juillet, conjointement avec une dame Barans, il acheta des époux Trudon, à Thiais (Seine), une modeste maison qu'il fit réparer. Ne cherchant qu'à être oublié, il cultivait lui-même son potager et piochait avec les manœuvres qu'il employait. Le grand seigneur qui avait eu de vastes châteaux et un train princier n'avait gardé que deux ou trois domestiques. Un de ces hommes le dénonça au maire de Bourg, qui signala sa retraite à Pache, alors maire de Paris. Avec sa grosse fortune, le comte de Montrevel était de bonne prise. Déjà un représentant en mission dans le département de Saône-etLoire, le crapuleux Javogues, s'en était préoccupé. « J'ai fait mettre sous scellés, écrivait-il, le 8 décembre, au comité de Salut public, les biens des nommés Montrevel et Lerozan, qui peuvent assurer un gage aux sans-culottes au moins de douze millions1. » Ainsi visé, Montrevel fut arrêté comme suspect, le 4 ventôse an II (22 février 1794)2. Une perquisition faite le 28 (18 mars), en sa maison de la rue de Verneuil, ne fit rien découvrir « de contraire aux intérêts de la République. » Effectivement, les liasses de papiers que vérifia le commissaire de police ne contenaient que des quittances de loyers et d'innombrables mémoires d'ouvriers et de fournisseurs. Ce qui frappa le plus ce magistrat, ce fut un portefeuille en maroquin rouge, portant le nom de son possesseur, et quelques vieux numéros du

1. Recueil des actes du comité de Salut public, public par Aulard, t. IX, p. 273.

2. Un certificat de résidence à Thiais, qui lui avait été délivré le 24 pluviôse (12 février), contenait le signalement suivant : « Agé de cinquante-huit ans; taille de 5 pieds à pouces; cheveux et sourcils blonds; yeux bleus; nez gros; bouche moyenne; menton rond; front découvert; visage rond. » (Arch. nat., I'7 559C.)

Journal de la Cour et de la Ville *. Il n'y avait pas de quoi échafauder une accusation. Montrevel n'en fut pas moins retenu au Luxembourg, où il passa cinq mois.

Au cours de cette longue détention, il prit la peine, bien inutile, d'adresser au tribunal révolutionnaire un mémoire justificatif, où il caractérisait ainsi son rôle à l'Assemblée constituante :2

Elu de l'Assemblée constituante, je n'ai jamais varié dans mes principes; j'ai soutenu constamment les droits du peuple; j'ai été fidèle à sa cause; j'ai siégé constamment avec les membres de la Montagne, qu'on nommait alors côté gauche. Que l'on voie les appels nominaux, et l'on s'assurera de la vérité de ce que j'avance.

A défaut d'autre inculpation, on l'engloba dans la conspiration dite du Luxembourg. Le 17 messidor (5 juillet), le comité de Salut public prit un arrêté portant que cent cinquante personnes seraient traduites devant le tribunal révolutionnaire. Comme il était matériellement impossible de les juger à la fois, on les divisa en trois fournées. La première contenait soixante accusés, entre autres le comte de Montrevel. L'acte d'accusation ne précisa rien et pour cause. Ce fut une enfilade de phrases aussi vagues que ridicules, accusant une coalition du despotisme, du fanatisme et de l'athéisme, et aboutissant à l'extravagante qualification « de s'être déclarés les ennemis du peuple, en tentant d'ouvrir les maisons d'arrêt et d'anéantir par le meurtre et l'assassinat des représentants du peuple, et notamment des membres du comité de Salut public et de Sûreté générale, le gouvernement républicain, et de rétablir la monarchie. »

Les soixante accusés furent traduits à l'audience du 19 messidor (7 juillet). Quand le président Dumas interrogea le comte de Montrevel, qui n'était plus que le citoyen Labaume:

1. Archives de la préfecture de police. — Voir les Accusés de Saône-et-Loire aux tribunaux révolutionnaires, Mém. de la Soc. Éduenne, t. XXVII, p. 149 et t. XXIX, p. 278.

2. Arch. nat., W, 33.

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