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— J'ai assez de la vie, fit-il pour toute réponse; vous pouvez me faire mourir.

Les jurés exaucèrent ce vœu et, le jour même, la tête de l'ex-constituant tomba sous le couperet de Sanson.

L'administration départementale de Saône-et-Loire l'avait inscrit, le 21 mars 1793, sur la liste des émigrés. Elle ne pouvait pas ignorer qu'il n'avait pas quitté la France, puisque neuf jours auparavant la ville de Mâcon traitait avec lui de la vente de son hôtel. L'administration de la HauteSaône l'avait également inscrit, tout simplement parce qu'à raison des propriétés qu'il avait dans ce département, il avait envoyé des certificats de résidence sous son nom patronymique de La Baume, alors qu'il était généralement connu sous celui de Montrevel. Cette fausse qualité d'émigré arrêta longtemps la liquidation de sa succession, à laquelle prétendaient une foule de collatéraux, entre autres les Kercado et les Lannoy. L'opulent héritage comprenait aussi les biens du duc du Châtelet, oncle de Montrevel, qui avait été condamné à mort le 23 frimaire an II (13 décembre 1793). L'erreur, assurément volontaire, des administrations départementales finit par être proclamée et, le 5 nivôse an V (25 décembre 1796), le nom de Montrevel fut rayé provisoirement. Huit mois après, le coup d'État du 18 fructidor remettait en vigueur les lois rendues contre les émigrés dont la radiation n'était pas définitive. En dressant le « tableau des prévenus d'émigration soumis à l'exécution de la loi du 19 fructidor », l'administration centrale de Saône-et-Loire ne manqua pas d'y inscrire, comme étant à déporter, « Labaume-Montrevel », qu'elle savait décapité depuis trois ans! Ce fut seulement le 3 floréal an VI (22 avril 1798), que les héritiers obtinrent la radiation définitive.1

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XXV
DESBOIS

(Bailliage de Mâcon.)

Pierre-Antoine-Salomon Desbois, né le 24 août 1743, à Mâcon, de Pierre-Salomon et de Marguerite Fabry, chevalier, seigneur de Choiseau et de la Cailloterie, capitaine du château de Mâcon et grand bailli d'épée du Mâconnais, demeurant à Mâcon.1

La famille Desbois, annoblie par une charge de secrétaire du roi qu'un de ses membres, Pierre Desbois, avait acquise en 1645, fournit au Mâconnais trois grands baillis. PierreAntoine-Salomon recueillit cette charge de son père, en 1764, et l'exerça jusqu'à la Révolution. Il avait, en outre, depuis 1775, la survivance d'une charge de secrétaire en chef des États de Bourgogne, dont son beau-père, Claude Rousselot, conseiller maître des Comptes, était titulaire. Affilié à la Franc-Maçonnerie, il concourut à la fondation de la loge la Parfaite Union et en fut le premier Vénérable.

Dès qu'il fut question des convocations pour les États généraux, des difficultés s'élevèrent entre lui et le lieutenant général du bailliage, Joachim de Namps2. Desbois affirmait qu'il avait exclusivement le droit de faire les convocations, prononcerdes discours, ordonner l'enregistrement des lettres du roi et même recevoir les prestations de serment. De Namps réclamait ces attributions, soutenant que la charge du grand bailli était purement honorifique et se

1. Armes : d'argent, a un chêne de sinople engl&nté d'or, sur une terrasse de sinople, le parti de gueules à un lion d'or accolé de gueules a deux fasces d'or, accompagné en cœur d'un trèfle de même.

2. Né le 21 mars 1739, à Mâcon, de Jean-Baptiste, lieutenant particulier au bailliage, et de Louise Guérin, il avait succédé, en 1770, à son père. Il épousa, le 11 juillet 1774, Dorothée de La Font de la Rolle, fille de Laurent, seigneur de Chasselas, et fut pourvu plus tard de la charge de lieutenant général. Il fut déclaré émigré et porté sur la liste du 9 frimaire an II.

réduisait en cette circonstance à présider l'assemblée. Un débat public s'engagea entre eux, le 28 février, à l'occasion des ordres de convocation, dont le grand bailli ordonna la lecture, publication et enregistrement. Le procès-verbal mentionna toutes sortes de protestations de part et d'autre. Il fallut, sur la plainte du lieutenant général, que le garde des sceaux départageât les deux magistrats. Au terme de sa lettre du 5 mars, le grand bailli pouvait faire un discours d'ouverture, sauf au lieutenant général à en faire un autre; mais il n'avait pas le droit de rendre des ordonnances ni de recevoir des serments. C'étaient là des actes judiciaires qui ressortissaient aux attributions du lieutenant général. Celui-ci finit par trouver une formule qui conciliait tout: « M. le Bailli, par la voix de nous lieutenant général, a ordonné, a donné acte, etc.1 » Du reste, chacun fit son discours, et non seulement les deux compétiteurs, mais encore le procureur du roi, l'évêque, le comte de Scorailles, élu de la noblesse, et Gaspard-Eugène Delavai, élu du tiers état.

Desbois se vit conférer la présidence de la chambre de la noblesse. Après l'élection du comte de Montrevel, et quoique ce dernier fût présent, il fut élu député suppléant. Les procès-verbaux de l'assemblée électorale ne l'énoncent pas; mais le fait est indiqué dans une liste adressée au garde des sceaux par l'intendant de Bourgogne. L'élection de Desbois fut, sans doute, l'objet d'un procès-verbal séparé qu'on négligea de remettre au lieutenant général. Celui-ci écrivait, en effet, le 27 mars :2

Je viens d'apprendre quel'ordre de la noblesse a nommé un adjoint pour remplacer son député en cas de maladie. L'ordre du tiers se propose de suivre cet exemple; mais M0 Sausset, échevin, m'ayant communiqué une lettre de M. Necker qui lui marque que le Conseil prohibe cette nomination, je ne m'y prêterai point; je ne recevrai même pas le serment de l'adjoint de la noblesse.

1. Arch. nat., B», 49 et Bm, 77.

2. Arch. nat., Bm, 77, f 450.

La douceur naturelle de Desbois, la dignité de sa vie, lui avaient conquis les sympathies générales. Quand les châteaux du Méconnais furent assaillis, quatre mois après, par les paysans ameutés, ses propriétés furent respectées. Le cours des événements ne fit qu'accentuer ses convictions monarchiques. Après le retour de Varennes, deux cents gentilshommes, prêtres ou bourgeois, s'offrirent en otages et au besoin en « victimes expiatoires, » à l'Assemblée nationale pour l'assurer que le roi ne quitterait pas le royaume. Desbois fut du nombre : « Je suis gentilhomme, écrivait-il, à la Gazette de Paris, qui publiait les listes d'otages; ma fortune, ma liberté, ma vie sont à mon roi. »1

Avec cette franchise d'allures, il ne pouvait guère échapper à la suspicion. Un jour vint où il jugea prudent de quitter Mâcon. Accompagné de Jean Mercier, son régisseur, il se rendit le 15 janvier à Choiseau et en partit le 17 pour Paris, où il séjourna jusqu'en juillet. Il gagna ensuite Fontainebleau, puis Strasbourg, et, au commencement de novembre, il passa en Suisse. Il ne fit que traverser cette contrée et rentra en France; mais, apprenant qu'il avait été porté sur une liste d'émigrés, il s'établit à Lyon, rue du Plat, n° 9, et réussit à s'y dissimuler. Ce fut très heureux, car son régisseur, inscrit aussi sur la liste, fut arrêté aux environs de Lyon, le 11 octobre 1793, renvoyé devant le tribunal criminel de Saône-et-Loire et condamné à mort le 24 novembre.2

Le 8 brumaire an III (8 octobre 1794), à la faveur de la réaction thermidorienne, Desbois présenta requête au

1. Gazelle de Paris, numéro du 2 août 1791. Un autre otage appartenait au département de Saône-et-Loire : c'était l'abbé Claude-Philibert Groult, né en 1761, pourvu en 1788 de la cure de Montbellet (arrondissement de Màcon), remplacé le 15 mai 1791, à la suite d'un serment restrictif. En septembre 1802, il fut administrateur par intérim du diocèse d'Autun, et plus tard vicaire général du même diocèse à Nevers.

2. Voir les Accusés de Saône-et-Loire aux tribunaux révolutionnaires, Mém. de la Soc. Éduenne, t. XXVIII, p. 237.

district de Trévoux, dans le ressort duquel il avait des biens, pour obtenir sa radiation. On la lui accorda, mais à titre provisoire. Survint le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797). La remise en vigueur des lois contre les émigrés obligea Desbois, dont le nom n'était pas rayé définitivement, à quitter le territoire français. Il partit, le 25, pour Hambourg, considéré comme pays neutre. Plus tard, des démarches faites en sa faveur aboutirent. Une pétition de ses deux filles, en date du 3 thermidor an IX (22 juillet 1801), appuyée par les autorités de Mâcon, fut accueillie favorablement par le gouvernement consulaire, qui raya définitivement son nom le 25 frimaire an X (16 décembre) 1. La Révolution avait ruiné Desbois. A la fin de l'Empire, il vivait à Dijon dans une gêne extrême. La Restauration le remit à flot. Lors de l'application de la loi du 27 avril 1825, il obtint de la commission d'indemnité une rente de 4,766 fr., représentative d'un capital de 158,868 fr. 49 c. Une autre rente de 4,295 fr. pour un capital de 143,165 fr. 95 c. fut allouée à ses filles.

De son mariage contracté à Dijon, vers 1774, avec Catherine Rousselot, Desbois avait eu deux enfants, ReineJeanne et Marguerite, qui épousèrent, l'une Charles-AlbertFrançois-Marie Desvignes de Surigny, l'autre Philibert Pâtissier de la Forestille-Saint-Léger. Une fille de cette dernière se maria avec Pierre-Alexandre-Victor, comte de Murard de Saint-Romain, propriétaire de la terre de Bresse-sur-Grosne (arrondissement de Chalon).

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