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se sont arrogé tous les pouvoirs. Des amis de Fauchet alléguèrent qu'aucun jury d'accusation n'avait statué sur son cas, que la procédure était restée secrète, que l'assemblée électorale ne la connaissait pas et dès lors ne pouvait priver le candidat de l'exercice de ses droits. Ce raisonnement parut concluant et, « au milieu des applaudissements des tribunes et de ses propres acclamations, » l'Assemblée législative valida l'élection.

Le 3 octobre, Journet fut admis au club des Jacobins, où cent trente-six des nouveaux députés s'étaient fait inscrire1; mais ce fut de sa part une pure formalité. « Je n'ai pas suivi les séances des Jacobins, écrivait-il plus tard, parce que j'ai pensé qu'un de mes premiers devoirs était de conserver l'indépendance de mon opinion. Le même motif m'a constamment éloigné de tout autre agrégation particulière. Je n'ai choisi d'autre guide que la Constitution... »2

Le 4 octobre, il fut désigné pour faire partie de la députation de quatre-vingt-trois membres de la nouvelle Assemblée, un par département, qui devait se rendre le lendemain chez le roi. Cette entrevue fut d'une extrême froideur. « Sire, dit Ducastel, président de la députation, l'Assemblée nationale législative est définitivement constituée; elle nous a députés vers Votre Majesté pour l'en instruire. » Pas un mot de plus. Le roi lui ayant demandé les noms de ses collègues, Ducastel répondit qu'il ne les connaissait pas; il salua et allait se retirer, quand le roi lui dit avec cordialité : « Je ne vous verrai que vendredi; je ne puis pas aller vous voir plus tôt. » Ducastel salua de nouveau, et la députation s'en alla.3

Journet fit, le 7 octobre, un discours qui atteste son

1. La Société des Jacobins, par Aulard, t. III, p. 161.

2. Adresse de Claude-Marie Journet, député A la Législative, è ses concitoyens, Chalon, Delormc, an I" de la République (Bibliothèque municipale de Chalon). 3. Arch. pari., t. XXXIV, p. 80.

esprit conciliant et modéré. Couthon réclamait des mesures rigoureuses contre les prêtres réfractaires « qui restent dans leurs paroisses, quoiqu'ils soient remplacés, et font du mal par leur seule présence. » Journet trouva le tableau « prodigieusement exagéré. »1

La preuve que le désordre n'est pas aussi grand qu'on le dit, c'est que dans ce moment le nouvel ordre constitutionnel est partout en activité (murmures). Je ne suis point le partisan des prêtres dissidents, de leurs manœuvres ni de leurs intrigues épistolaires, et je maintiens la liberté des opinions (applaudissements). Sans doute, la différence des opinions, l'esprit de parti ont pu porter quelques hommes à semer le trouble et le désordre dans l'empire; mais c'est par le pouvoir des lois qu'il faut les contenir (murmures et applaudissements). On dit que les prêtres dissidents amènent des désordres par leur seule présence dans les lieux où ils ont précédemment exercé des fonctions publiques. Or je voudrais, Messieurs, vous demander par quel moyen vous pourriez obvier à cet inconvénient?

Plusieurs membres. — C'est ce que nous verrons.

Plusieurs membres. — L'ajournement! — A l'ordre du jour.

Journet conclut en appuyant la demande d'ajournement, et, après un court débat, cet ajournement fut prononcé.

Une autre motion du député de Saône-et-Loire prouve qu'il voyait avec peine l'Assemblée perdre son temps à délibérer sur d'infimes détails. Le 15 octobre, une lettre du maire de Sierck avait annoncé le passage d'un bateau allant à Trêves, dans lequel on avait trouvé un grand nombre d'effets paraissant tirés du garde-meuble du roi, des selles, des caparaçons, des housses à franges d'or, du drap bleu pour uniformes, etc. 2 Gossuin demanda à l'Assemblée de décider ce que la municipalité devrait faire de ces effets. Il s'ensuivit une longue discussion, à laquelle une heureuse intervention de Journet mit un terme:

Je demande la parole pour une motion d'ordre. On vous a dit qu'il était très important de statuer sur les objets dont on vous a

1. Arch. pari., t. XXXIV, p. 117.

2. Id., p. 230.

parlé. C'est pour cela que moi, Messieurs, je vous propose d'organiser vos comités séance tenante et sans désemparer.

La motion, appuyée par un grand nombre de voix, fut aussitôt décrétée.

Une circonstance dans laquelle Journet s'était abstenu motiva plus tard contre lui les attaques des Jacobins chalonnais. Ceux-ci l'accusèrent d'avoir embrassé le parti de la Cour, parce qu'il n'avait pas voté la mise en accusation du ministre de la marine Bertrand de Molleville. La vérité est qu'il était absent le jour où l'affaire vint en discussion (l*r février 1792); mais, quelques jours auparavant, il avait dénoncé le ministre « comme coupable de mensonges, de malversations et de la désorganisation de la marine. » Au reste, la majorité de l'Assemblée avait décidé qu'il n'y avait pas lieu à accusation.

Une lettre qu'il avait adressée, le 18 avril 1792, à la Société des Amis de la Constitution de Chalon avait été diversement interprétée. Le 30, son beau-frère Pezet de Corval en fit imprimer le texte ainsi conçu :1

Si les rois conjurés nous déclarent la guerre, notre cause est commune avec les nations. Peut-on douter que les Liégeois et les Belges qui rongent en frémissant le frein de l'esclavage politique, qui ont résisté avec tant d'énergie aux efforts combinés des tyrans et qui n'ont succombé que par la trahison de leurs chefs, ne nous attendent comme des libérateurs? Nos drapeaux aux trois couleurs, notre air Ça ira qui retentira dans les cœurs de ces bons Allemands, nos brochures politiques, nos jeunes volontaires, qu'il vaut mieux fêter que combattre, et le cri de ralliement : « Guerre aux châteaux, paix aux chaumières 1 » nous feront bien des partisans

Trois mois après, quand l'Assemblée déclarait la patrie en danger, quand Brunswick lançait son insolent manifeste, Journet dut reconnaître que les brochures politiques ne

I. Lettre écrite par Journet, le 18 avril 1792, A la Société des Amis de la Constitution à Chalon-sur-Saône.

suffisaient pas pour arrêter « ces bons Allemands », et que le Ça ira lui-même les touchait médiocrement. Le 2 août, il donnait à l'Assemblée des nouvelles de son district :1

Je viens annoncer à l'Assemblée que le recrutement se fait avec la plus grande célérité dans le district de Chalon-sur-Saône; que, dans les trois jours qui ont suivi la promulgation de la loi sur le danger de la patrie, deux cent dix citoyens ont été enrôlés, et que, dans les trois semaines précédentes, le même district avait fourni le nombre de cent dix hommes. J'ajoute que, le 30 du mois dernier, trente grenadiers faisant partie de la garde nationale de la ville de Chalon ont offert à la municipalité leurs bras et leurs vies pour la défense de la liberté et de la Constitution; que ces grenadiers sont prêts à suivre M. de Montesquiou, qui doit passer dans cette ville, et que leur dévouement sera imité par leurs camarades (applaudissements).

Et, sur ces paroles, mention honorable du zèle des citoyens et des administrateurs de la ville et du district de Chalon fut faite au procès-verbal.

Un débat solennel s'engagea, le 8 août, devant l'Assemblée. Le parti girondin réclamait la mise en accusation de La Fayette. Journet vota avec la majorité qui, par 446 voix contre 224, rejeta la proposition. Le 19, le général était déclaré traître à la patrie et décrété d'accusation; mais dans l'intervalle, la révolution du 10 août avait jeté bas la royauté. Les ennemis de Journet exploitèrent encore son vote. Il en appela au témoignage de ses collègues. « S'il a voté pour La Fayette, écrivait Masuyer, le 20 septembre, j'ai vu avec regret un grand nombre de bons citoyens voter dans le même sens, dans la seule appréhension que son armée, dont on le disait idolâtré, ne vint à se désorganiser, si on lui ôtait ce chef qui l'égarait. »

Dans la nuit du 9 au 10 août, alors que la majorité de l'Assemblée attendait les premières manifestations de

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l'insurrection dont elle était complice, Journet revint sur l'attitude patriotique des Chalonnais : 1

J'ai reçu une lettre de Chalon-sur-Saône qui m'annonce que les recrutements se font avec beaucoup d'activité. Dans le district de Chalon, qui est un petit district, il y a six cent trente-trois hommes

{applaudissements).

La chute de la royauté éveilla chez Journet les mêmes sentiments que dans la majorité de ses collègues. Il tint ses électeurs au courant des événements, les informant qu'ils avaient été provoqués par « l'infidélité et la fausseté du roi dans l'exercice de ses fonctions, le défaut de sa part de marcher dans la ligne constitutionnelle, l'accord présumé qui existait entre lui et les princes qui ont déclaré la guerre à la nation française. » Le 25 août, le conseil général de la commune de Chalon, après avoir prêté le nouveau serment imposé par le décret du 10, en adressa le procès-verbal à Journet, pour qu'il le fit parvenir au président de l'Assemblée législative, et ajouta les réflexions suivantes.2

Nous commençons par vous remercier des différentes nouvelles et papiers que vous nous avez fait parvenir depuis le 10, jour mémorable. Nous croyons que Louis XVI n'avait embrassé la Constitution que de bouche, et que son cœur était toujours possédé des sentiments de l'ancien régime. Nous admirons l'énergie et la constance du peuple qui a provoqué et opéré cette suspension. La nation doit reconnaître qu'elle a été perpétuellement trahie par le pouvoir exécutif. L'Assemblée nationale législative mérite la reconnaissance et l'admiration universelle des Français, par la convocation qu'elle a faite d'une convention nationale. Les décrets du 10 août et jours suivants ont été reçus avec applaudissement

Quand l'Assemblée législative se fut séparée, Journet retourna à Chalon. Sa modération relative lui avait valu des attaques. Il crut devoir y répondre sous la forme d'une Adresse à ses concitoyens. Après avoir rappelé l'indépendance qu'il

1. Arch. pari., t. XLVII, p. 620.

2. Arch. nat., C I0O, n* 318.

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