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avait toujours voulu conserver, la probité et le désintéressement dont il avait fait preuve dans la gestion des affaires communales, la simplicité de sa vie et la médiocrité de sa fortune:

On vous a dit que j'avais changé de sentiments, que j'avais abandonné les drapeaux de la liberté; enfin, ne pouvant me faire un crime de toutes mes opinions, on a empoisonné jusqu'à mon silence. Ai-je gardé le silence lorsqu'il s'est agi de prévenir les malheurs, suites des ordres sévères donnés par un ministre pour faire rentrer

les citoyens de Chagny dans le devoir? 1 Ai-je gardé le silence

lorsqu'il a fallu dénoncer les escroqueries méditées par Duchilleau 2 et les manœuvres employées pour faire circuler dans notre district, sous le contre-seing de l'Assemblée, les libelles incendiaires et

fanatiques d'une faction religieuse? N'ai-je pas exigé du ministre

de l'intérieur le remplacement ou la démission d'un fonctionnaire public dont l'absence était devenue aussi préjudiciable que scandaleuse ?3

Moi, j'ai changé de sentiments! J'ai trahi ma patrie et la liberté! Pour qui donc ai-je vécu depuis trois ans? Pourquoi donc encore aujourd'hui admiré-je avec tant de passion les travaux d'une Convention qui n'est pas limitée dans ses pouvoirs, mais dont la marche est réglée par la sagesse? D'où vient le penchant que j'éprouve pour les formes de la République? D'où vient l'horreur que j'ai toujours montrée pour les mauvais citoyens? Ces sentiments pourraient-ils entrer dans le cœur d'un aristocrate corrompu?

Journet reprit sa place dans la garde nationale; mais quand, en août 1793, cette garde fut dirigée sur Mâcon en vue de rallier le camp de Limonest et de concourir au siège de Lyon, il fut dispensé de la suivre, sur le vu d'un certificat de médecin constatant qu'il était dans l'impossibilité « de faire aucun service et supporter les fatigues d'une opération militaire. » Après la Terreur, sa santé ne s'améliora pas. Le 17 nivôse an III (6 janvier 1795), le conseil général de la commune de Chalon l'avait désigné pour être

1. Voir sur cet incident la notice Cornet ci-dessous.

2. Jean-Baptiste du Chillcau, évéque de Chalon, expatrié pour refus de serment.

3. Jacques Mathias, procureur de la commune de Chalon.

agent national avec invitation au district d'indiquer sa candidature au représentant. Le 21, Journet se rend à l'assemblée; il observe que le délabrement bien connu de sa santé exige un régime de soins absolument incompatible avec des fonctions auxquelles on ne peut apporter trop d'exactitude et qui commandent le travail le plus opiniâtre. » Et alors il prie le conseil de porter son choix sur d'autres; il désigne même le citoyen Ozanon, qui avait été proposé pour être son substitut. Le conseil ratifie cette indication et invite le représentant à s'y conformer.1

Un peu plus tard cependant Journet accepta la présidence de l'administration du district. Il mourut en décembre 1797. Il avait eu de son mariage trois filles, Madeleine-Adélaïde, née en 1787, Madeleine-Cécile et Marie-Joséphine, nées jumelles le 17 décembre 1795.

IV
GELIN

Jean-Marie Gelin, né le 28 janvier 1740, à Champlecy (arrondissement de Charolles), d'André, bourgeois de cette paroisse, et de Philiberte Guinet; notaire à Charolles.

Il avait été pourvu, le 31 décembre 1766, de son office de notaire, et, le 21 avril 1784, de celui de receveur des deniers des saisies réelles. Aux élections de 1789, il fut en concurrence avec Geoffroy, mais retira sa candidature avant le troisième tour de scrutin. En octobre 1790, il fut élu greffier du tribunal de Charolles. Il devint un peu plus tard administrateur du district. Élu le 30 août 1791 député à

t. Archives de Chalon, Reg. des délib. mun., III, f" 2 et 7.

l'Assemblée législative, il prêta serment le 5 octobre et entra le 24 au comité de liquidation 1. Dès le 3 octobre, il avait été admis au club des Jacobins.

Il suivit à l'Assemblée les errements de la majorité. Le 1e r février 1792, il vota pour un projet de décret « tendant à déclarer au roi que le ministre de la marine avait perdu la confiance de la nation 2. » Le 8 mars, il fut réélu membre du comité de liquidation. Le 22, il demanda qu'il fût accordé des secours aux habitants de Digoin ruinés par les débordements de la Loire3. Enfin le 20 juin, il fit partie d'une députation, choisie par ordre alphabétique, pour se rendre aux Tuileries, auprès du roi, dont la populace avait envahi les appartements et menaçait la personne4. Une première députation avait été envoyée à cinq heures du soir. A la suite du rapport de Granet, qui en faisait partie et qui affirmait sans rire avoir « trouvé dans le peuple les marques du plus profond respect pour la loi et ses représentants, » Delacroix demanda que la députation de vingtquatre membres fût renouvelée de demi-heure en demiheure, chacune venant rendre compte de son mandat. C'est ainsi que Gelin fut désigné à son tour.

Quand la deuxième députation rentra, le président de cette députation fit un rapport qui est un chef-d'œuvre d'euphémisme.

Votre députation s'est rendue au château; elle a trouvé partout le calme; partout elle a reçu les témoignages de respect qui sont dus aux représentants du peuple. Introduits dans la chambre du roi, nous avons trouvé Sa Majesté parfaitement calme. Elle nous a dit qu'elle n'avait aucune crainte au milieu de son peuple... Notre devoir est pourtant de ne pas dissimuler à l'Assemblée qu'il s'est commis des violences dans l'intérieur du château. Nous avons vu trois portes

1. Arch. pari., t. XXXIV, p. 371.

2. Id., t. XXXIX, p. 493.

3. Id., t. XL, p. 356.

4. Id., t. XLV, p. 423.

fracassées, les serrures enlevées; voilà, Messieurs, les seuls excès qui ont été commis.

Les seuls excès! Aux yeux de la députation, l'invasion à main armée, la violation des appartements royaux par la lie des faubourgs, le souverain outragé, la reine menacée de mort, un canon transporté au premier étage du château, quatre heures d'injures, de tumulte et de vociférations, tout cela ne comptait pas. Trois portes à remplacer, quelques serrures à remetttre, tel était simplement le bilan de la journée. Imbécillité ou hypocrisie, on a le choix entre ces deux explications, à moins qu'on ne préfère adopter l'une et l'autre.

Le 5 septembre, Gelin fut élu membre de la Convention.

V

MASUYER

Claude-Louis Masuyer.', né le 20 octobre 1759, à Bellevesvre (arrondissement de Louhans), de Pierre, avocat au parlement, bailli de ce lieu, et de Louise-Antoine Dunoyer; juge au tribunal de Louhans.

Après avoir fait ses études à Besançon, Masuyer y fut reçu avocat le 2 août 1781 et alla bientôt s'établir à Dijon où il fut reçu en la même qualité le 17 décembre suivant. Quand on procédaà Louhans, en octobre 1790, aux élections pour les fonctions judiciaires, il fut appelé à occuper un siège dejuge. Le nouveau tribunal, installé le 7 décembre,

1. Son acte de baptême porte Mazuet; mais la signature du père est bien Masuyer.

comprenait avec lui Larché1, qui devint plus tard premier président de la cour impériale de Dijon, Duroussin, qui fut, l'année suivante, collègue de Masuyer à l'Assemblée législative, Rebilliard2 et Guillermin, futur membre de la Convention. Le commissaire du roi fut Larmagnac, à qui les électeurs avaient songé d'abord pour la présidence et qui entra en 1795 au conseil des Anciens.

Élu, le 30 août 1791, député à l'Assemblée législative, Masuyer prêta serment le 4 octobre. Dans l'exercice de son mandat il fit preuve de talent et de fermeté. Il parlait facilement, sobrement et toujours avec précision. Jamais il ne versa dans ces filandreuses élucubrations qui rendent parfois si rebutante la lecture des débats parlementaires du temps. En de certaines circonstances,ilsutramenerl'Assem-blée, hésitante et prête à s'égarer, au point exact de la discussion.

Ses premiers mots furent pour préconiser, le 2 novembre, un nouveau procédé de fabrication de la monnaie de billon, inventé par un Liégeois, Guillaume Sauer. Par le procédé ordinaire, il fallait pour quarante millions de monnaie vingthuit millions de livres de métal. Sauer prétendait n'en employer que vingt et un millions, et procurer ainsi à l'État un bénéfice de sept millions de livres, soit à quinze sous la livre, 5,250,000 1. Masuyer appuya chaudement sa proposition :3

...Je sais que des hommes d'une immoralité profonde, d'un incivisme connu, l'ont environné d'intrigues pour le dégoûter, pour le

1. Claude-Michel Larché, né le 29 septembre 1748, à Dijon, de Jean-Claude, procureur au bailliage, et de Françoise Picard; reçu avocat le 17 novembre 1768; élu membre du tribunal provisoire de Dijon, puis en octobre 1790 président du tribunal de Louhans, et, le 20 octobre 1795, juge au tribunal civil de Saône-etLoire; nommé le 5 juin 1800 président du tribunal d'appel de Dijon; choisi par le Sénat, le 17 août 1804, comme député de la Côte-d'Or; créé baron de l'Empire le 9 septembre 1810; premier président de la cour impériale de Dijon le G avril 1811; démissionnaire en 1815; mort le 9 mars 1829.

2. Adrien Rebilliard, né en 1758, à Simard (arrondissement de Louhans), de Pierre, négociant, et de Marie Mercier; d'abord avocat à Chalon, puis juge à Louhans; conseiller à la cour de Dijon en 1815, enfin juge à Chalon.

3. Arch. pari., t. XXXIV, p. 600.

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