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Français! Que toutes les nations applaudissent aux sentiments sublimes que votre patriotisme prouve à l'univers! O ciel I O terre! réjouissez-vous. Ecoutez, fidèles, et admirez! Jour fortuné pour la France! Jour mémorable pour la religion! Sur l'autel même où le Dieu des nations vient s'immoler, un peuple nombreux dépose solennellement ses vœux, ses engagements, et offre avec pompe ses armes, son sang même pour le triomphe de la religion et le bonheur du peuple

Nés citoyens, l'amour de la patrie, braves soldats, ne doit plus sortir de votre cœur. Appelés et destinés à la défense, vous appartenez doublement à la nation. Quelle gloire n'acquerrez-vous pas en vous dévouant pour elle? Dégagés des chaînes sur lequel (sic) le droit cruel de la féodalité permettait de vous faire gémir, quel doit être votre zèle pour conserver cette liberté pour laquelle vous avez été faits!

Voulez-vous, Messieurs, vous en montrer dignes et vous assurer tous ses avantages? Resserrez-vous dans les bornes que les lois vous prescrivent. S'il n'en existait point, nous suivrions tous la circulation aveugle du hasard; mais le hasard est père du désordre et de la confusion. Votre liberté ne consiste pas à faire tout ce que vous voulez, mais à pratiquer tout ce que vous devez vouloir

Le plus facile de vos engagements, braves soldats, est celui qu'il est inutile de rappeler à un Français, c'est l'amour de son roi. Au sentiment des bienfaits de Louis XVI, aux expressions de sa tendresse, chaque fois qu'il parle à son peuple, qui pourrait refuser à ce vertueux monarque les transports de la reconnaissance? Aussi, disons-le, Messieurs, dans tous les âges le sage verra son égal dans Louis le Bien Aimé; sa patrie reconnaîtra son libérateur, son peuple un père et un ami. O Louis! O notre maître! Vous qui savez que le peuple est avant les rois, que les rois sont par le peuple et pour le peuple; vous dont toutes les paroles nous rappellent à la paix, quelle serait votre joie de voir cette portion de vos enfants, que vous aimez autant qu'ils vous chérissent, se jurer l'union la plus durable et s'empresser de vous rendre les hommages de la fidélité, de la reconnaissance et de l'amour!

Que l'œil de votre providence, ô Roi des Rois, toujours ouvert sur le trône des Louis XII et des Henri, guide tous les pas du Monarque que vous nous avez donné dans l'abondance de vos miséricordes! Écoutez, exaucez les vœux que forme notre tendre dévouement pour sa personne sacrée. Domine salvum fac Regem. O Dieu qui 252

éteignez ou étendez à votre gré les dynasties, ordonnez que les jours de ce roi citoyen s'étendent dans un long avenir; qu'aucun nuage n'en obscurcisse la sérénité et qu'ils soient aussi utiles à votre gloire

qu'ils sont chers et nécessaires à son peuple

Combattre pour la gloire de votre religion, de la Nation, de la Loi, du Roi, mourir dans le combat plutôt que de voir les maux de notre peuple, tels sont nos vœux, grand Dieu. Chargé, Messieurs, d'intéresser le ciel en votre faveur, je retourne dans le sanctuaire; que vos soupirs s'élèvent avec les miens vers l'Etre suprême à qui je vais présenter vos vœux! Que le sang de la victime sans tache, qui dans mes mains va couler sur l'autel, purifie nos engagements solennels ! Ils ne feront notre gloire qu'autant que nous prouverons à l'univers entier que nous y sommes fidèles.

Ces beaux sentiments furent de courte durée. Au commencement de l'année suivante, Lanneau suivit à Autun, comme vicaire épiscopal, l'abbé Gouttes, qu'il avait connu à Tulles et qui avait été élu évêque de Saône-et-Loire le 13 février 1791. Il prêta serment, le 17 avril, à la constitution civile du clergé et se jeta dans la Révolution avec une extrême ardeur. Aux élections pour l'Assemblée législative, il fut désigné pour être suppléant. Officier municipal d'Autun le 13 octobre, il se fit admettre, le 15 mai 1792, à la Société populaire, dont il devint un des membres les plus influents. Le 16 septembre, il fut élu maire de la ville en remplacement de Guillemardet, envoyé à la Convention.41 se fit encore nommer principal du collège et cumula toutes ces fonctions, y compris celle de vicaire épiscopal. Dans les premiers jours de décembre 1792, il épousa à Paris Louise-Joachim Alix, une fort jolie femme qui lui donna, un an après, une première fille 1. Cette fois Gouttes se rebiffa et exclut le nouveau marié du conseil épiscopal. Cela ne changea pas grand'chose à ses habitudes. Depuis six mois au moins, Victor de Lanneau n'avait rempli aucune fonction du ministère ecclésiastique; mais il n'en continuait pas

1. Aglaé-Porcia, née à Autun le 2 décembre 1793.

moins à toucher avec une religieuse ponctualité son traitement de trois mille livres.

Lors de l'acceptation de la constitution du 27 juin 1793, Victor de Lanneau joua le premier rôle dans la cérémonie qui l'accompagna. Il faut lire le compte rendu qu'il en fit publier.1

L'aurore du 14 juillet brillait à peine que déjà le tambour appelle les citoyens dans leurs sections respectives; ils s'y précipitent avec

l'avidité du naufragé qui touche la terre L'Acte constitutionnel se

déroule à leurs yeux; alors la joie n'a plus de bornes; les cris de Vive la République! Vive la Constitution! les applaudissements de la plus vive satisfaction, les transports de l'allégresse, le délire de l'enthousiasme, tout annonce que l'heure du salut de la patrie va

sonner De mille votants aucun ne donne un suffrage différent et

l'unanimité la plus complète et la plus touchante exprime le vœu du peuple d'Autun.

Un cortège se forme; les administrateurs, les membres des tribunaux, encadrés par la garde nationale, se rendent à l'autel de la patrie, et le maire prononce un discours dont voici quelques traits:

C'est le 10 août que le faisceau des forces du peuple s'est déployé devant les dernières foudres du tyran; c'est le 10 août que la République naquit sur l'hécatombe des plus valeureux patriotes;

c'est le 10 août que le peuple français fut souverain La

Constitution républicaine ne cherche dans l'homme que l'homme lui-même; elle ne le confond pas avec le costume; elle pèse les sentiments; elle lit au cœur. Aussi, intéressants agriculteurs, bons villageois, et vous que l'industrie rassemble au sein des villes, vous êtes les favoris, les bien-aimés de cette constitution. Elle prépare pour tous les Français une récolte immense de fruits; mais c'est à vous surtout, hommes utiles et vertueux, qu'elle en donne les primeurs.

Vieillards vénérables, quel changement autour de vous I Le voici, le moment de peindre aux générations naissantes les lon

I. Acceptation de l'Acte constitutionnel par les citoyens de la ville et canton d'Autun, le 14 j'uiiiet 1793, l'an second de la République française. A Autun, de l'imprimerie de J.-P. Bresson.

gues angoisses de votre vie. A chaque tableau des iniquités qui vous opprimaient, vous direz en séchant vos larmes : du moins nous ne mourrons pas sans voir le règne de la justice et de l'humanité

Vous, mères sensibles, épouses tendres, le livre de la Constitution est encore pour vous l'évangile consolateur. Vous étiez aussi les victimes des mauvaises lois, car des époux tyrannisés sont des époux tyranniques. La Constitution vous assure des jours plus heureux, et, comme le gouvernement de la France, le gouvernement des ménages sera plus juste

Et l'orateur termina cette harangue sonore et creuse en entonnant un couplet:

Vive à jamais, vive la liberté!

Reçois nos vœux, chère et sainte patrie, etc.

« Aussitôt se font entendre les concerts d'une musique douce et fraternelle, des chansons civiques que répètent un concours immense de citoyens de tous les sexes et de tous les âges. » Et le cortège, après avoir fait le tour de l'arbre de la Liberté, regagna la maison commune.

Nommé, le 1e r octobre suivant, procureur syndic de la commune d'Autun en remplacement de Jean-Baptiste Lambert dont il requit, un mois après, le renvoi devant le tribunal révolutionnaire, Victor de Lanneau se montra un des partisans les plus avérés du régime de la Terreur. Dès le 11 novembre, il déposait à la Société populaire, pour être brûlées, ses lettres de prêtrise, « brevet d'imposture et de charlatanisme qu'il avait reçu des mains de la superstition, » et pour compléter l'autodafé, il offrait, le 28 novembre, son bréviaire « qui était tout neuf, disait-il, puisqu'il n'avait jamais servi. » Il s'était concilié l'amitié du représentant Javogues, alors établi à Mâcon. Quand celui-ci eut jugé bon de transférer, par arrêté du 3 décembre, le tribunal criminel à Autun, il en nomma président Victor de Lanneau; mais sa décision fut cassée tout de suite. L'ex-vicaire épiscopal se consola en inaugurant solennel\

lement, le 10 décembre, comme agent national, le culte de la Raison. Il s'acquit des titres plus sérieux encore à l'estime du comité de Sûreté générale ; il lui fournit un contingent de victimes et envoya au tribunal révolutionnaire dix accusés, dont six, Gouttes entre autres, furent condamnés à mort.1

Le 9 thermidor interrompit sa carrière politique. Il fut même arrêté, avec trois administrateurs du district, accusés « de soustraction d'effets nationaux, de malversations dans les fonctions de commissaires aux ventes des meubles des émigrés et prêtres déportés, et de bris de scellés au presbytère de Saint-Nizier-sous-Charmoy. » On l'inculpait de complicité « pour n'avoir pas, en sa qualité d'agent national, donné suite aux dénonciations qui lui avaient été faites de ces différents actes délictueux. » Les accusés comparurent, le 25 vendémiaire an III (16 octobre 1794), devant le tribunal criminel de Saône-et-Loire; mais ils trouvèrent des jurés très indulgents. Tout en constatant la réalité de leurs détournements, le verdict déclara qu'ils ne les avaient pas commis « méchamment », et Victor de Lanneau bénéficia naturellement de l'acquittement général.2

Le 29 nivôse (18 janvier 1795), l'ex-agent national quitta définitivement Autun pour se fixer à Paris. Quatre jours après, le directoire du district le dénonçait au comité de Sûreté générale comme « un des principaux satellites du régime de terreur et d'anarchie qui avait conduit la République à deux doigts de sa perte »; mais si le comité avait été complètement renouvelé, il n'en comprenait pas moins des terroristes subitement convertis, comme Legendre,

1. Savoir : Jean-Marie Lecomte, prêtre à Autun; Jean-Baptiste Lambert, notaire, procureur syndic du district; François Bacquelot, agriculteur à Étang; Antoine Baron, horloger à Autun; Jean-Marie Cottin, ex-curé d'Aubigny-la-Ronce.

2. Voir pour la première phase de sa vie dont on ne peut donner ici que le sommaire : Goutte», éoêque constitutionnel du département de Saône-el-Loire, Mémoires de lu Société Éduenne, t. XXIII, XXIV et XXV. Le triste rôle que Victor de Lanneau joua à Autun y a été déterminé par M. do Charmasse, sur d'irrécusables documents.

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