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j'unis M,r Devoucoux et M. Juillet.1» On travaillait alors activement à la construction de la chapelle Saint-Martin, que Mgr Landriot avait promis de bénir : la mort ne lui a pas permis de tenir l'engagement. Mais, en ce moment même, s'acheminait à Autun, comme évêque, celui qui avait été entendu dans la chaire de Notre-Dame, qui devait recueillir cette part de la succession vacante et bénir luimême l'oratoire de Saint-Martin, le 9 septembre 1876.2

La nécessité d'une nouvelle cure à Allevard abrégea les fouilles de cette année. A peine arrivé, Gabriel Bulliot a hâte de revoir l'inscription des Sollius, découverte par lui en 18643. Celle-ci est toujours dans sa grange, mais sa réputation s'est répandue au dehors. Un riche archéologue a offert 100 francs; le maire de Grenoble s'est mis sur les rangs, en faveur du musée municipal. On engage Gabriel Bulliot d'intéresser à sa cause le curé du lieu, qui peut lui faire obtenir la préférence sur ses concurrents. Conseil funeste! « Au seul mot d'inscription romaine, ce brave curé savoisien a failli tomber à la renverse, et si j'étais resté quelques instants de plus, je crois qu'il m'aurait exorcisé, car il avait peur de moi, malgré la différence de notre corpulence respective. Cependant, ayant vu que je ne l'assassinais pas, il a laissé paraître sa satisfaction et le soulagement inespéré que lui causait mon départ. » *

Ce qui coûte le plus à Gabriel Bulliot, c'est, après être sorti des affaires, d'y rentrer. Il le faut bien, cependant, au moins pour se défendre contre les étreintes trop empressées de quelques voisins. « Je plante des bornes par les vignes, écrit-il de Marchef, le 23 octobre 1876, et je puis constater les progrès du socialisme, à la ferveur que mettent certains voisins à anticiper sur les biens du prochain. Il en

1. Du Beuvray, 15 juin 1874.

2. V. plus haut, p. 406. Mgr Perraud fit son entrée solennelle a Autun, le 9 juillet 1874.

3. Voir plus haut, p. 369.

4. D'AUevard, 7 juillet 1874.

est un à qui j'ai fait bien de la peine en lui faisant rendre le quart de ce qu'il nous avait pris : il aurait crié au voleur! s'il avait osé. » Ce socialisme-là a été un peu de tous les temps. C'était une manière de témoigner, sinon son respect, au moins son attachement à la propriété individuelle. Il n'était encore qu'un bégaiement, un balbutiement timide et sournois en regard de celui qui devait bientôt se manifester au grand jour.

On a toujours été, plus ou moins, laudator temporis acti. Gabriel Bulliot n'échappe à cet empire des comparaisons que la vue des choses impose en quelque sorte automatiquement à l'esprit. Nous en avons pour preuve ce retour à ses années de jeunesse et la différence qu'il constate entre le passé et le présent: « Il est bon d'essayer de temps en temps ses jambes pour savoir ce qu'elles deviennent, écrit-il, le 28 novembre 1876, et puis ces grandes courses me rappellent mon ancien métier, quand je parcourais les chemins de la Bourgogne, si mauvais alors, avec ton grand-père, et que nous marchions de six heures du matin à huit heures du soir, les pieds dans la neige et dans la boue, et presque sans manger du jour. Aussi quand je vois cette jeunesse d'aujourd'hui qui ne peut faire deux pas sans une voiture ou un chemin de fer, je ne m'étonne guère qu'elle se laisse battre par les Prussiens. » L'aptitude à la marche est, en effet, pour les armées une condition du succès et on ne peut que regretter l'éloignement témoigné pour cet exercice.

Mais les années s'accumulent. Les lettres deviennent plus rares, plus courtes, plus difficiles et, la plupart du temps, le crayon remplace la plume dans la main devenue tremblante. Si la main fléchit, le pied reste bon et les séjours au Beuvray se succèdent, chaque année, avec leur périodicité accoutumée. Son enthousiasme, malgré l'âge, n'a pas baissé d'un cran. En 1887, il prolonge même la station jusqu'au milieu de novembre, se plaisant à entendre tomber la pluie qui, sans doute, comme celle de Marly, ne mouille pas : « On vit dans le brouillard une partie du jour, et l'autre dans la pluie. Mais quand les brunies s'écartent, on a des horizons splendides. Vous ne pouvez pas vous figurer, à Autun, la beauté do ces masses boisées de hêtres au feuillage rouge brun intense, moelleux comme du velours antique. C'est peut-être plus beau que le printemps et l'été. Parfois on aperçoit au couchant le disque demi-voilé du soleil d'automne qui essaie de venir jusqu'à nous pour dire adieu à ses amis et leur promettre, d'un dernier regard, son retour pour le lendemain. »1

Ces séjours eux-mêmes cesseront bientôt. Il se consolera de cette privation en goûtant, sous son petit cloître de la Fontaine-de-la-Mère, « la paix élyséenne que donne la contemplation du Beuvray.2 » La correspondance, elle aussi, cessera avec les voyages et par suite d'une existence que l'âge a rendue plus sédentaire. Malgré ses lacunes, elle nous a permis, cependant, de mieux connaître l'homme, de pénétrer dans l'intimité de ses pensées, de voir briller les facettes si variées de son esprit, et méritait ainsi les nombreux emprunts que nous lui avons faits. Nous avons été comme le voyageur pressé d'arriver au but et, cependant, retenu, à chaque pas, par l'intérêt du paysage offert à ses yeux, partagé entre le désir d'atteindre le terme du pèlerinage et la crainte de perdre quelque chose du spectacle. Si nous nous sommes attardé ainsi, c'est avec la confiance que le lecteur nous fera plutôt un mérite qu'un reproche d'une lenteur dont il aura lui-même été le bénéficiaire.

1. Du Beuvray, le 6 novembre 1887.

2. Du 11 novembre 1890.

A. De CHARMASSE.

(La fin au prochain volume.)

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES

SÉANCE DU SAMEDI 5 MARS 1904.

PRÉSIDENCE DE M. A. DE CHARMASSE

La Société Éduenne s'est réunie le samedi 5 mars 1904, à une heure, sous la présidence de M. A. de Charmasse.

Étaient présents à la séance : MM. le comte de Calonne; Canet; Chavanne; l'abbé Chevailler; Dantel; Joseph Déchelette; le colonel Désveaux; Gadant; Émile Gillot; A. Gillot; l'abbé Graffard; Antony Graillot; Guyod; de Lurion; la marquise de Mac Mahon; l'abbé Martinet; Menand; Montagnon; l'abbé Muguet; de Noiron; Olinet; Pernot; l'abbé Preux; Joseph Rérolle; Sirdey; Sommervogel; Tessier-Viennois.

En prenant de nouveau place au bureau, d'où l'ont tenu éloigné des événements douloureux, M. A. de Charmasse exprime sa reconnaissance à MM. Déchelette, le docteur Gillot et Joseph Rérolle, pour le dévouement avec lequel ils l'ont suppléé l'année dernière.

La Société reçoit ensuite en qualité de membres titulaires: MM. Louis Vergniaud, libraire à Autun, présenté par MM. A. de Charmasse et Ch. Boëll; le vicomte d'Esterno, 57, boulevard Malesherbes, à Paris, présenté par MM. le comte d'Esterno et A. de Charmasse; Mm° Joseph Rérolle et M1" Marie Déchelette, présentées par MM. Joseph Déchelette et Joseph Rérolle.

M. le président communique les lettres de M1" Leclerc et de MM. Guyod, Maggiar et Philippe Pierre, qui remercient la

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