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et le sérieux qu'il devait apporter, en toutes circonstances, aux intérêts privés ou publics qui lui furent confiés. Son intelligence, sa probité parfaite, rehaussées par une naturelle et très digne affabilité, ne tardèrent pas à lui valoir de la part de ses patrons, de ses clients bientôt, une estime particulière. Il était rapidement devenu, en effet, chef de maison, et en cette qualité s'était associé son jeune frère Émile qui, par la suite, resta toujours pour lui le compagnon dévoué des bons et des mauvais jours. Outre cette intimité domestique qui lui fut si secourable, JeanMarie Diot jouit de douces et attrayantes amitiés; il fit partie d'un de ces groupes d'esprits ouverts, cultivés, érudits même, exécutants ou bons amateurs de musique, qui, en un autre temps, donnèrent un relief singulier à la vie intellectuelle et artistique de la société autunoise. Ces fines distractions ne nuisaient pas aux devoirs d'état, et vers 1872, M. Diot était nommé président du tribunal de commerce, où il siégeait déjà comme juge depuis plusieurs années. Après quarante années remplies par le travail, M. Diot ne se reposa pas, il changea d'occupations; il se retira dans sa propriété, récemment acquise, de la Tour-du-Chapitre, près de Brion. Tout un monde existe, à Paris ou ailleurs, aux yeux duquel nulle existence humaine ne compte, nulle influence sociale n'est appréciable, en dehors des capitales ou des villes, en dehors des grandes affaires et des académies officielles. Il est dommage que les romanciers, journalistes, politiciens, qui ont cette idée et se croient aisément les conducteurs-nés des peuples, n'aient pas vu de près notre confrère à l'œuvre, arrivant à la propriété par l'effort, l'ordre et le jugement, améliorant ses domaines, l'esprit toujours en éveil, le corps toujours actif, propageant ses méthodes perfectionnées de culture, prodiguant à ses voisins et les fruits de son expérience personnelle et même les secours de son porte-monnaie, gagnant peu à peu le respect, la confiance, l'affection de tous, donnant l'exemple de toutes les vertus morales et civiques. Ils auraient trouvé dans ce spectacle, moins rare qu'ils ne le supposent, une révélation et un enseignement. Nous, nous y trouvons un encouragement. Quand il y aura deux ou trois hommes comme Jean-Marie Diot dans chaque commune rurale de France, bien des choses changeront pour le plus grand bien du pays.

» Calme et paisible, sans heurts et sans faux éclats, l'existence de M. Clair-dumoulin s'est écoulée tout entière dans son pays d'origine, où l'attachaient les souvenirs et les intérêts des siens. Il était né le 21 septembre 1836, à Nolay, dans cette riche région de Bourgogne, où la race a l'humeur franche et le cœur bon; il y passa son enfance jusqu'au moment où sa famille, qui prenait au sérieux les responsabilités de l'éducation, l'envoya faire ses études au petit Séminaire d'Autun. Le moment étant venu de se fonder un foyer, M. Clair qui préférait, à l'inactivité monotone des petites villes, la large vie au grand air, les chevauchées et les chasses en forêt, s'installa à Saint-Emiland avec sa nouvelle famille. Le beau domaine des Foisons avait été sa part de patrimoine. Il eut la satisfaction d'employer ses efforts et ses ressources à le reconstituer, lorsque le phylloxéra s'attaqua à la richesse de nos vignobles. Cependant de sures amitiés l'attiraient à Autun. Il vint s'y établir définitivement dans cet ancien hôtel de la rue Jondeau, où les armes de Vitry sont encore sculptées au fronton de la grand'porte et qu'il s'était plu à restaurer. Ainsi il fut plus près de notre Société, dont il faisait partie depuis 1880. Le 25 décembre 1903, il est mort, sans bruit, entouré de sympathies, comme il avait vécu.

» M. Charles Demontmerot, né à Épinac, le 19 septembre 1827, fut successivement notaire à Saint-Didier-sur-Arroux, de février 1856 à février 1866, et à Autun du 20 février 1866 au 1er avril 1890. Cela fait un total de trente-quatre années d'exercice, pendant lesquelles la confiance et l'estime de ses confrères lui conférèrent à plusieurs reprises la présidence de la chambre de discipline de l'arrondissement d'Autun, et au bout desquelles il recueillit aisément l'honorariat, légitime couronnement d'une longue et consciencieuse carrière. M. Demontmerot fut un membre fidèle de notre Société pendant plus de vingt ans. Néanmoins ses goûts et ses relations d'amitié l'attirèrent principalement vers la Société d'histoire naturelle. Il avait coopéré à la fondation de celle-ci, et il en-devint le bibliothécaire. Son intérêt pour les problèmes de géologie, de paléontologie, de préhistoire, n'était pas purement platonique. Sans s'être jamais adonné, semble-t-il, à l'étude spéciale et méthodique d'une branche quelconque des sciences naturelles, il necraignitpas d'aborderquelques-unesdes questions qui préoccupent les chercheurs contemporains, afin d'y trouver soit un noble délassement à ses soucis professionnels, soit plus tard une occupation dans les loisirs de sa retraite. C'est ainsi qu'il publia, en 1889, dans le tome III du Bulletin de la Société d'histoire naturelle, une Notice sur les glaciers quaternaires du Morvan. Sa thèse, analogue à celle déjà développée par des géologues voisins concernant les pentes ouest et nord du massif du Morvan, consiste à présenter certaines particularités relevées dans le lit de la Canche comme des preuves de l'existence, en ce lieu, d'un ancien glacier. Plusieurs cavités creusées dans le roc sont par lui assimilées à ces marmites des géants ou entonnoirs que l'on montre à Lucerne, au Jardin du Glacier, et les cailloux granitiques disséminés dans la plaine d'Autun, en couches d'alluvion, sont présentés comme les débris d'une moraine frontale. En 1893, 1894 et 1895, M. Demontmerot communiqua, par fragments, à la Société d'histoire naturelle, un essai intitulé la Linguistique, qui est comme une philosophie de l'histoire du langage. Ce travail, avec son armure de considérations techniques, ne se prête pas à une analyse superficielle. Aussi je me borne à faire remarquer combien notre ancien confrère, en explorant ainsi et en traitant les sujets les plus complexes et les plus ignorés des profanes, nous a laissé une haute idée de sa curiosité intellectuelle et de l'étendue de son érudition. Ses travaux, le constant dévouement témoigné par lui à une société savante appréciée en haut lieu, et le concours prêté à notre administration municipale, notamment quand il accepta de faire partie de la commission de la bibliothèque de la ville, lui ont valu une récompense officielle. Le 27 juin 1902, il reçut les palmes d'officier d'Académie, qui malheureusement arrivèrent trop tard pour qu'il ait eu le temps d'en jouir. Alors, en effet, il ressentait déjà les premières atteintes du mal auquel il devait succomber le 22 mars dernier.

» Le 10 mai s'est discrètement éteint à Autun,M. Joseph-Alexis Ragot, ingénieur civil, à l'âge de quatre-vingt-treize ans. Les années semblaient n'avoir eu sur lui aucune prise. A l'assurance de sa démarche, à la fermeté de son regard, on lui eût donné vingt ans de moins que son âge. En lui l'esprit était à l'égal du corps : nulle défaillance, pas plus d'un côté que de l'autre. Élevé et instruit par son grand-père maternel, Joseph Maréchal, conseiller du roi, ingénieur, directeur des travaux du château de Lunéville, Joseph Ragot se destina d'abord à l'architecture et suivit, dans ce but, les cours de l'École des Beaux-Arts de Dijon, où il fut admis après épreuve, en 1828, et où il se rencontra avec un autre Autunois, Pierre Perrouin, qui fut aussi notre collègue, et dont il devait égaler l'éternelle jeunesse et la surprenante longévité. Le service militaire interrompit ses études. Le sort lui ayant attribué le numéro 5, il devança l'appel et s'engagea dans un des bataillons de guerre qui participèrent au siège d'Anvers, sous le commandement du maréchal Gérard, en 1832. Avec un autre Autunois, le charron Lamarre qui servait dans la même arme, il fut témoin des hauts faits du fameux mortier monstre qui assura la capitulation de la citadelle le 23 décembre de la même année. Cinquante ans plus tard, il était assis, au musée de Bruxelles, dans l'intérieur de ce même mortier sans lequel Anvers appartiendrait peut-être encore à la Hollande. Rentré dans ses foyers avec les galons de fourrier, Joseph Ragot reprit le cours de ses études d'architecture, à la suite desquelles il fut attaché au bureau des domaines de la maison d'Orléans. Entré en relation, à la suite de ses travaux, avec M. Lacarrière, que l'on appelait le Père du gaz, il fut choisi par lui pour remplacer un ingénieur malade. La maladie se prolongea sans doute longtemps, puisque cet intérim dura treize ans. Joseph Ragot se serait peut-être définitivement attaché à cet emploi si, qui le croirait? sa santé ébranlée et surtout le spectacle de la révolution de 1848 ne l'eussent porté à quitter Paris et à aller chercher, sous le ciel méridional, un air plus pur et une atmosphère moins agitée. L'envahissement de ses usines par des bandes hurlantes et déguenillées avait produit sur son esprit une impression de dégoût qui l'avait porté à s'éloigner d'un lieu où les passions laissaient déjà peu de place au calme nécessaire au travail. Deux ans après, un hasard le conduisit à Autun. Esprit chercheur et industrieux, Joseph Ragot eut bien vite compris le parti avantageux que l'on pouvait tirer de la distillation des schistes bitumineux du bassin d'Autun. Cette industrie était alors à ses débuts. Il s'engagea résolument dans cette voie nouvelle, encore peu et mal explorée, qui, si elle conduisit quelques rares privilégiés à la fortune, fut une cause de ruine pour le plus grand nombre. On ne s'improvise pas industriel : beaucoup l'apprirent à leurs dépens. Ses travaux à la Compagnie parisienne du gaz l'avaient mieux préparé que la plupart de ses rivaux et lui assuraient une supériorité qui a porté ses fruits. Ce n'est pas que les épreuves et les tribulations lui aient manqué. Comme il l'écrivait peu de jours avant sa mort à l'un de nous, il eut à traverser « de mauvais passages » et sa vie « n'avait pas toujours été en rose. » Dix fois, son usine du Pont-l'Évêque avait été détruite par l'incendie. Combien souvent n'avons-nous pas entendu crier : « C'est l'usine Ragot qui brûle! » C'était chronique. Les compagnies d'assurance se récusaient et nulle d'entre elles ne voulait plus garantir un atelier aussi inflammable. Tout autre que Joseph Ragot eût cédé au découragement. Il n'en eut jamais la pensée et, après chaque sinistre, se remettait courageusement à l'œuvre et reprenait la tâche à peine interrompue. Avec son esprit d'entreprise, son opiniâtreté au travail, sa fermeté à ne se laisser abattre par aucun revers, Joseph Ragot eût été digne de paraître sur un théâtre industriel moins étroit que celui que notre région pouvait offrir à ses facultés. En Amérique, il eût brillé au premier rang et conquis la fortune. Chez nous, il s'éleva seulement à une large aisance qui suffisait à la simplicité de ses habitudes et de ses goûts. De cette aisance même, il usait plus pour les autres que pour soi et notre Société lui dut souvent, pour ses travaux, un concours auquel il ne mettait qu'une condition : c'est qu'on n'en parlerait pas. A cet égard, sa modestie était intraitable et s'opposa toujours à ce que son nom parût en regard de son offrande. Il s'en est allé sans bruit, à la surprise de tous, qui ne pouvaient croire ni à son âge, ni à sa fin. Lui seul n'a été surpris ni par la maladie, ni par la mort à laquelle il s'était préparé. Il a voulu que personne ne fût averti ni convoqué pour ses obsèques, dans la crainte d'un apparat qu'il avait toujours fui pendant sa vie. Suivant son désir, son corps a été inhumé à Châteauvillain (Haute-Marne), au milieu de ces domaines de la maison d'Or

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