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écrit, il serait téméraire de vouloir parler encore de cette basilique de la Madeleine, connue du monde entier, et qui constitue un des plus beaux et des plus rares spécimens de l'art chrétien, un des plus magnifiques monuments de la puissance et de l'intelligence des ordres religieux. Quand, du fond du narthex, on embrasse d'un seul coup d'œil l'église dans son immense ensemble, jusqu'à la lointaine profondeur du chœur, jusqu'à la voûte que porte une futaie de colonnes géantes, on a bien l'impression, déjà souvent décrite, d'être ici dans le « temple de l'Église triomphante. » L'époque où elle fut construite était celle, en effet, où l'Église fut toute-puissante : l'abbé Artaud fit élever la grande nef entre 1096 et 1104; en 1132, l'évêque d'Autun, Humbert de Bâgé, consacra l'église des pèlerins, en présence d'Innocent II; le chœur fut ensuite édifié de 1198 à 1206. Dans ce splendide ensemble d'architecture religieuse, tout impose l'admiration : le narthex, qui forme seul une véritable église avec ses collatéraux et son triforium; le tympan de la porte principale, dont la composition est une des œuvres les plus remarquables et les plus étranges du moyen âge; la nef intérieure qui développe avec vigueur et franchise sa belle architecture romane; le chœur et le transept, qui offrent un des premiers et des plus purs exemples du gothique bourguignon.

» Moins pressés par le temps, nous aurions voulu jouir plus longuement du spectacle de cette magnificence respectée par les siècles. Mais il nous faut encore faire à la hâte le tour de la terrasse qui, derrière l'église, domine la vallée où la Cure coule encaissée entre deux rangs de collines. A l'entrée de l'étroit vallon que forme la rivière, vers le nord, voici le petit village d'Asquins; plus à droite, c'est Tharoiseau, bâti en amphithéâtre sur le flanc de la montagne; au midi, Saint-Père, où nous allons descendre en suivant les replis d'une route qui serpente.

» Saint-Père, c'est encore Vézelay, car la légende est qu'en ce lieu fut fondé, par Girard de Roussillon et la comtesse Berthe, le monastère transféré plus tard sur la montagne voisine. C'est avec un légitime orgueil que cet assez pauvre village montre aux étrangers son église et son clocher gothique, chef-d'œuvre de grâce et de légèreté. Dans cette délicieuse cathédrale en miniature, trois époques d'architecture correspondent aux trois périodes de l'ère ogivale, et en font un gracieux spécimen de l'art gothique. Un rayon de soleil, qui l'éclaire au moment où nous nous y arrêtons, la fait paraître plus légère et plus fine, pour que ressorte mieux le contraste de sa délicatesse d'avec l'imposante grandeur de la Madeleine.

» Ces impressions, que chacun avait ressenties et échangeait durant le retour à Autun, n'auraient pas demandé à être écrites, si une société historique ne se devait de consigner dans ses Mémoires un récit des excursions archéologiques qui forment comme un utile complément de ses travaux. L'histoire de Vézelay a été si souvent et si complètement faite, que les secrétaires de la Société Éduenne ne devaient pas tenter d'y ajouter quelque chose. Il sera sans doute plus profitable d'indiquer sommairement ici les principaux travaux qui ont été publiés sur ce sujet.

» Un ancien curé de Vézelay, l'abbé Martin, avait réuni de nombreux matériaux, qui ont été édités après sa mort, sous le titre de : Précis historique sur la ville et l'abbaye de Vézelay, Auxerre, 1832, in-8°. — Dans l'Annuaire statistique du département de l'Yonne, années 1841, 1842, 1843 et 1845, M. Flandin a publié un bon article intitulé Vézelay.— Les travaux les plus complets sont ceux de M. Aimé Chérest : Gérard de Roussillon dans l'histoire, les romans et les légendes (Congrès scientifique de France, XXVe session, t. II, pages 263 et suivantes), et Étude historique sur Vézelay (Auxerre, Perriquet, 1863-1868, trois volumes in-8* extraits du Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, années 1862 et 1868). Ce dernier ouvrage, qui indique tous les documents originaux ou de seconde main à consulter, contient encore une notice bibliographique sur le manuscrit d'Auxerre, connu sous le titre de Chronique de Vézelay, par le moine Hugues de Poitiers, et qui a été plusieurs fois traduit, notamment par dom d'Achery dans son Spicilège (Paris, 1659, in-4°), tome III, et par M. Guizot [Collection de Mémoires sur l'histoire de France, tome VII, pages 95 et suivantes). — Il faut citer encore et on lit avec profit les 22e, 23e et 24e Lettres sur l'histoire de France, d'Augustin Thierry.

» L'église de Vézelay a été l'objet d'une monographie historique par M. Chéret : Aperçus historiques sur la Madeleine de Vézelay (Bulletin de la. Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 1857, tome XI, pages 508 et suivantes). — Pour l'étude architectonique de ce monument, conférez Mérimée . Notes d'un voyage dans le Midi de la France, Paris, Fournier, 1835: Plandin : Vézelay, Annuaire de l'Yonne, 1843; Violletle-Duc : Dictionnaire raisonné d'architecture, passim.

» Sur Saint-Père et son église, l'abbé Pissier a publié une excellente Notice historique sur Saint-Père-sous-Vézelay, dans le Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, années 1902 et 1903. »

L'agréable souvenir, laissé dans la pensée de chacun par la visite de Vézelay et de sa basilique, est ranimé par le compte rendu précédent; il rappelle l'attention sur les excursions entreprises depuis l'année dernière, et la faveur dont elles jouissent promet de bonnes journées pour l'avenir.

A cette occasion, M. F. Dejussieu signale à ses collègues l'intérêt artistique que présentent annuellement les représentations données au théâtre romain, dans la ville d'Orange, sous les auspices des Félibres du Midi. Ces fêtes de l'intelligence remettent en scène les chefs-d'œuvre de l'esprit humain. Au souvenir classique elles joignent l'épanouissement du talent de nos meilleurs artistes parisiens. Tout cela se développe dans un cadre qui a conservé la puissante empreinte du génie romain. Sous le soleil du Midi qui dore l'antique muraille, non loin des mûriers qu'ont effleurés les doigts de Mireille, on retrouve la fontaine de Vaucluse redisant aux générations modernes les rêves passionnés de Pétrarque et de Laure.

De lui-même l'esprit remonte aux génies tutélaires d'Augustodunum et aux fées qui ont animé les sources du Beuvray. Et lachainedes âges apparaît ininterrompue sur notre sol de France, d'autant plus que les Félibres se sont employés à souder les anneaux, pour rompre toute solution de continuité.

Alors pourquoi les membres de la Société Éduenne, qui conservent pieusement le culte des ancêtres et entretiennent le foyer gallo-romain, n'iraient-ils pas prendre leur part aux fêtes de cette résurrection du passé, et jouir un moment de la poésie qui s'échappe du berceau de la France?

M. F. Dejussieu propose de composer un groupe d'excursionnistes qui se rendront à la représentation du théâtre d'Orange et profiteront de leur déplacement pour visiter Avignon. Incessamment une circulaire fera connaître les conditions dans lesquelles ce voyage pourra s'effectuer. Ceux qui l'entreprendront y trouveront une agréable distraction à l'ouverture des vacances; on peut donc faire des vœux pour sa réussite.

Deux tentatives faites, aux dix-septième et dix-huitième siècles, pour exploiter et traiter comme minerai d'argent la galène qui se trouve en gites dans la montagne de Saint-Biaise, au-dessus d'Autun, fournissent à M. Boëll le sujet d'une note qui sera insérée dans nos Mémoires.

Les prochaines publications de la Société contiendront également une très intéressante notice, communiquée par M. Gadant, sur un fragment de poterie d'Arezzo trouvé à Autun, et sur un autre curieux fragment de vase provenant aussi des fouilles locales.

La Société a reçu de M. Menand un pied de vase en poterie samienne, trouvé récemment dans les terrains situés entre le mur romain et la route d'Arnay, près de la porte Saint-André. L'estampille Atiliani, poinçonnée sur ce fragment, fournit un nouvel exemplaire d'une signature de potier déjà connue à Autun et éditée par Harold de Fontenay (Inscriptions céramiques gallo-romaines découvertes à Autun, dans Mémoires de la Société Éduenne, nouvelle série, tome III, p. 331).

M. Boëll a rapporté de l'Exposition des Primitifs Français quelques notes qu'il communique à la Société:

« Une doctrine, trop longtemps officielle et classique, enseignait naguère que François Ier, « père des arts », ne les avait pas restaurés mais fondés dans son royaume; avant la Renaissance, la France n'était rien entre l'Italie et les Flandres; les deux génies du Nord et du Midi avaient seuls participé à la création de la pensée moderne, sans nous y laisser prendre part.

» Un moment est venu cependant où de savants travaux, des études judicieuses ont entrepris de démontrer l'hégémonie de la France dans les arts au moyen âge. Et déjà, à l'Exposition des portraits nationaux en 1878, à celle qui eut lieu au Petit Palais en 1900, on avait tenté de réhabiliter les artistes, trop longtemps méconnus, dont les œuvres, du quatorzième au seizième siècle, avaient attesté les qualités fondamentales et persistantes de notre propre génie.

» Cette pieuse et louable tentative vient d'être renouvelée près d'un public mieux instruit et plus sympathique. Une exposition des Primitifs Français, ouverte du 12 avril au 14 juillet 1904, au Pavillon de Marsan et à la Bibliothèque Nationale, vient d'accroître notre trésor national de merveilles ignorées et de rendre à nos hommages deux siècles de chefs-d'œuvre.

» Dans le très bel ensemble de peintures groupées au Pavillon de Marsan et qui permettent d'apprécier la valeur et le caractère éminemment traditionnel de cette vieille école française, allant de Girard d'Orléans à Oorneillede Lyon, Jean Cousin et François Clouet, en passant par Jean Malouel, Jean Fouquet et Nicolas Froment, il est un petit tableau qui attire tout particulièrement l'intérêt, on dirait presque la tendresse, des visiteurs. C'est cette délicieuse, cette admirable Nativité exposée par l'évéchéd'Autun.

» Ce sujet un peu rebattu de la Nativité paraît ici tout rajeuni et rafraîchi, « Ici le naturalisme précieux s'allie à l'idéalisme le » plus raffiné et le plus délicat, dit M. Henri Bouchot dans la » notice insérée au catalogue officiel Cette vierge chez laquelle » on n'a pas de peine à retrouver le visage de la vierge du trip» tyque de Moulins, est une jeune femme candide, surprise de sa » gloire, et dont le geste d'extase est charmant. Elle est vêtue » d'une robe étroite de couleur bleuâtre, serrée aux manches, » d'un manteau léger, coiffée d'un voile blanc; ses mains élevées, » dans l'attitude du respect, sont d'un dessin et d'une grâce » achevés. Devant elle l'Enfant-Jésus nouveau-né, — un vrai » enfant naissant, potelé, tel que le pourrait vouloir le peintre

t. Exposition des Primitifs Français au Palais du Louvre et à la Bibliothèque Nationale. Catalogue. Paris, 1904, p. 47. — Ce même tableau, qu'on attribuait à l'école flamande, avait été sommairement décrit dans la Notice des tableaux, objets d'art, d'antiquité et de curiosité, exposés dans les salles du petit Séminaire d'Autun, du 29 août au il septembre 1816, Autun, Dejussieu, 1876, p. 35; par M. de Toulouse-Lautrec, dans Congrès scientifique de France, XLII' session tenue à Autun, Autun, Dejussieu, 1877, t. I", p. 199; et par Harold de Fontenay, Autun et ses Monuments, Autun, Dejussieu, 1889, p. 491.

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