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Deux fragments d'un vase rouge sigillé, orné de reliefs (pl. XXII, 7 et 8). Malgré nos recherches, nous n'avons pu retrouver que ces deux menus débris, dont l'un porte un torse de Victoire, d'un relief délicatement modelé. Sur le second, se lit, au-dessous d'une petite frise à rosaces, la marque [ra]sini Memmi. On savait déjà par des marques du Corpus, notamment par la marque Rasini Memmi, sur un moule trouvé à Arezzo (C. 1. L., XI, 6700, 752), que deux membres des familles Rasinia et Memmia, toutes deux propriétaires d'officines importantes dans cette ville, avaient à un certain moment fondé une association. La trouvaille du mont Beuvray nous en indique approximativement la date, qui ne peut se placer qu'à l'époque de César ou plus probablement d'Auguste.1

Ces deux fragments ont été retirés ensemble de la pièce M.

Dans la cour B (ou dans une des pièces voisines?), se trouvaient encore deux fonds de vases rouges sigillés, très fragmentés, portant les marques que reproduisent les figures 16 et 17 de la planche XXII. Sur l'une d'elles, bien

conservée, on lit : Lt-thyrsi (L. T(iii) ThyrsiJ, sur l'autre, assez fruste, Patti, P. Atti. Ces deux potiers avaient également leurs ateliers à Arezzo (cf. C. I. L., XI, 6700, 114 et 726).

Presque tous les débris de poterie et d'amphores et la plupart des monnaies ont été rencontrés soit dans les petites chambres, ouvrant sur la cour B, soit dans cette cour même. Dans les quatre grandes pièces C, D, F, H,

1. On connaît deux esclaves ayant appartenu collectivement aux deux associés: Panlagatut Rasini Memmi et Quartio Rasini Memmi. (Voir les remarques de M. Ihm dans le tome XI du Corpus, 6700, 535). D'autres esclaves ont passé tour à tour au service de chacun des associés, peut-être après une dissolution de la société: M. Ihm rapproche (ioc. cit.) les marques Rasini Mahes et C. Memm. C. I. (pour L.) Mahes. Esclave d'un Rasinius et ensuite de C. Memmius, Mahes reçoit de ce dernier l'affranchissement. M. Oxé nous signale encore les marques Ciaiu || Rasini (XV, 5503) et Cissu || Memmi (XV, 5334.)

les fouilles ont été à peu près stériles. Ces quatre pièces devaient servir d'étables et de greniers, tandis que la plupart des petites cases étaient certainement occupées par le propriétaire de la villa et par son personnel.

Comme complément de cette fouille, il nous reste à parler de quelques explorations secondaires, pratiquées dans le voisinage immédiat de notre métairie. Elles remontent à 1899, mais nous avons cru utile de rompre ici l'ordre chronologique de notre compte rendu, parce qu'il s'agit de vestiges maçonnés en relation avec le précédent bâtiment.

Vestiges de constructions adjacentes à la métairie.
(Planche XII.)

A 5 mètres du mur latéral ouest, se trouve une construction en forme de quadrilatère très irrégulier, complètement ouvert sur un de ses côtés. Les autres mesurent respectivement 14m65, 13m90 et 7m85. L'épaisseur de ces murs varie entre 0m50 etOm60. En dégageant l'angle C, nous avons trouvé deux monnaies gauloises:

Helvetii. — Rameau. F£. Cheval à gauche. Au dessus, un annelet; au dessous, une palme à cinq feuilles, de chaque côté. Cette variété, à la palme au-dessous du cheval, ne figure pas dans l'Atlas (cf., pl. XXXVIII, 9340). C'est aussi un type nouveau au mont Beuvray. Argent, 1 exemplaire. Poids, 1 gramme.

Sequani. — Tête casquée, à gauche. On n'en voit que la partie postérieure. i£. Togirix. Cheval à gauche. Argent, 1 exemplaire. — Atlas, pl. XVI, 5550; Inventaire général, n° 68.

Le mur nord CD du quadrilatère était coupé par un autre mur non plus rectiligne, mais plusieurs fois coudé (E'EPGK). Il y avait là les restes de deux constructions distinctes. Le quadrilatère ABCD semble avoir été bâti après la ruine du bâtiment auquel appartenait le mur voisin. Celui-ci avait peut-être été utilisé, tant bien que mal, pour économiser la maçonnerie d'une nouvelle construction, sans doute une sorte d'enclos dépendant de la métairie.

Au nord de ces vestiges confus se trouvaient les ruines d'une autre case contiguë à la précédente. Deux murs tracés d'équerre (JM et MS) la limitent au sud et à l'est. A l'angle de ces murs était un petit compartiment intérieur de 4m40 sur 3m30, fermé sur ses quatre faces, présentant lui-même, à l'un de ses angles, une sorte de fosse maçonnée ne mesurant que lm20 sur 0m67. A travers ces substructions, aucun objet qui puisse indiquer ou faire soupçonner leur destination. Aucune trace d'entrée; pas de seuil, ni de jambages de portes. Sans doute les entrées se trouvaient à un niveau du mur plus élevé que les crêtes actuelles.

La trouvaille la plus curieuse fut celle d'une conduite d'amphores établie sous l'aire de cette case. Treize de ces vases, réduits à la portion presque cylindrique de la panse, le col et le fond ayant été sectionnés avec soin, gisaient bien en place, emboîtés les uns dans les autres. Les joints étaient encore hermétiquement bouchés avec du mortier de chaux (pl. VIII). Les amphores reposaient sur un lit de béton. Le travail avait été établi dans des conditions de solidité telles que la conduite était encore en très bon état, la plupart des amphores demeurant intactes.

Le constructeur s'était proposé de rendre complètement étanche, sous l'aire de cette maison, la conduite d'eau qui la traversait obliquement. En effet, en dehors du tracé de ce bâtiment, c'est-à-dire au-dessus du mur JL, le conduit ne se composait plus que de pierres brutes, mastiquées d'argile.

Nous n'avons recueilli sur ce point qu'une balle de fronde en plomb (pl. XIX, fig. 10); une alêne en fer (pl. XV, 8) et une jolie intaille en cornaline de forme ovale (pl. XIII, fig. 16). Cette pierre mesure 11 millim. suivant son plus grand diamètre. Elle porte, gravée en creux, une figure d'Hercule debout, complètement nu, tenant de la main droite sa massue, l'autre bras à demi allongé. Le travail présente une assez grande finesse.

Les habitants de Bibracte savaient tirer parti des amphores vides. Elles étaient importées à l'emporium par les marchands de vin de la Narbonnaise ou de l'Italie. Quelques-unes renfermaient peut-être de l'huile, mais c'était à coup sûr le vin qui remplissait la plus grande partie de ces récipients, d'un transport facile et qui, une fois enveloppés de paille tressée, voyageaient sans accident. Que faire de cette masse d'amphores, lorsque le contenu en avait été consommé? Les Gaulois les employaient à divers usages. Il ne leur paraissait nullement irrévérencieux pour les Mânes des morts de les utiliser comme vases funéraires. Aussi l'amphore constituait elle, à cette époque, non seulement à Bibracte, où on la rencontre comme on l'a vu dans un grand nombre de fosses, mais chez la plupart des peuples gaulois, l'urne cinéraire la plus commune. A VieilleToulouse, oppidum contemporain de Bibracte, M. Joulin a observé ce même usage1. M. de Saint-Venant l'a mentionné à son tour chez les Volsques Arécomiques2. Enfin, au musée de Turin, dans la Gaule cisalpine, on conserve également plusieurs amphores cinéraires du même type et d'une époque voisine du début de l'ère chrétienne. Presque toujours on élargissait l'orifice du vase en l'amputant de son col et de ses deux anses.

La seconde utilisation de l'amphore vide à Bibracte consistait à la concasser pour confectionner à l'aide de ses

1. « Outre de nombreuses amphores cinéraires mélangées de quelques vases noirs ayant servi d'urnes, rencontrées au milieu même des habitations, on a trouvé dans le quartier inférieur, une sorte d'ustrinum, près duquel se trouvaient de nombreux nids d'amphores cinéraires, la plupart intactes. » Léon Joulin, les Stations antiques des coteaux de Pech-David, près de Toulouse. Extrait des Mém. de l'Acad. des sciences, inscript, et belles-lettres de Toulouse, X* série, t. II, p. 19.2. De Saint-Venant, les Derniers Arécomiques. Extrait du Bull, archéol., 1897. menus débris, mêlés à de l'argile et à des fragments de tuileaux, les couches de scaïole servant de carrelage aux aires des habitations. C'était là un usage romain : « On utilise les pots cassés, dit Pline, de telle façon que pilés et avec addition de chaux, ils deviennent plus solides et plus durables, sortes d'ouvrages dits Signina; on a même appliqué cette méthode au carrelage des appartements. » (Hist. nat., XXXV, 46.) Au mont Beuvray, les tessons des carrelages sont simplement mélangés à de l'argile et à du gravier. Les Éduens, qui connaissaient l'emploi de la chaux comme engrais, étaient fort économes de cette matière dans la construction.

La troisième manière d'utiliser les amphores vides est celle dont nous avons ici un exemplaire typique. Ce n'est pas la première fois que l'on trouve au Beuvray ce genre de conduite, mais on s'était mépris sur leur destination. « La découverte la plus remarquable, écrit J.-G. Bulliot en rendant compte des fouilles pratiquées dans le quartier du Champlain, fut celle d'une ligne de treize amphores cinéraires, à 1 mètre seulement au-dessous du sol actuel. Elles coupaient du nord au sud le fossé cité plus haut, couchées à la file dans une même tranchée et presque toutes percées aux deux bouts, de manière à s'encastrer les unes dans les autres par leurs extrémités. Deux de ces amphores étaient opposées par leurs fonds, six entières, moins les anses et les goulots qui font toujours défaut, les autres à peu près écrasées, mais bien en place. Cette disposition étrange aurait pu faire supposer un essai d'assainissement, mais un pareil mode de drainage est inadmissible, car les amphores étaient couchées au-dessus du béton, renfermant des cendres, des charbons, des ossements, des débris de fer comme les autres vases cinéraires de Bibracte. Leur agglomération ne s'explique que par une sépulture commune de famille ou de morts rapprochés durant leur vie par des liens de parenté, de clan ou de métier. C'était la

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