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PREMIÈRE PÉRIODE

FORMATION DE LA CHATELLENIE
De 1076 A 1347

Commençons par dire que le nom de Glenne ne peut donner, sur les origines préhistoriques de la région, aucune indication sérieuse. L'étymologie de ce vocable, souvent retrouvé en France dans les noms de localités fort éloignées les unes des autres1, semble provenir du celtique, sans qu'on ait jamais pu lui attribuer une signification précise. En Écosse, le terme « Glenn » s'emploie bien pour désigner un vallonnement, une colline peu élevée, mais il serait peutêtre téméraire d'en tirer une déduction certaine pour le cas qui nous préoccupe. Le meilleur est assurément de garder sur ce point une prudente réserve.

Un pan de tour en ruines, une croix de bois élevée sur l'emplacement présumé de l'ancienne chapelle dédiée à la sainte Croix, quelques terrassements, sont les seuls vestiges du château de Glenne. Si ce château n'eut pas une grande importance stratégique pour la défense du pays, ses ruines, perchées sur d'énormes rochers quartzeux au milieu des bois, laissent supposer pourtant que les premiers seigneurs y trouvèrent un abri sûr et une position forte.

Mais ces ruines, les terrassements surtout, sont pour la plupart antérieurs au moyen âge. M. Bulliot, dans son Essai sur le système défensif des Romains dans le pays éduen, n'hésite pas à y placer un castrum de l'époque gallo-romaine. Voici, du reste, ce qu'il en dit : « A quelques pas de la voie romaine qui traversait la chaîne du Morvan, du haut de son

1. Il existe un lieu-dit de ce nom dans la commune de Saint-Martin-du-Lac (Saône-et-Loire). V. Mémoires de la Société Éduenne, t. XXVII, p. 307. En 1100, un certain Bernard de Glenne, miles, donna à Cluny un manse et un moulin sur la rivière du ftrison. V. Chartes de Cluny, n* 3750.

nid d'aigle, le camp de Glenne (Glanum, castrum de Glana, château sur une vallée), dont le nom celtique indique la situation escarpée, surveillait les lignes tortueuses de cette voie jusqu'au Beuvray. Dominant des gorges sauvages aux flancs hérissés de rocs, appuyant son enceinte sur des blocs quartzeux dont les pointes blanches percent au milieu des arbres comme des menhirs, le castrum de Glenne présente un aspect druidique. A son entrée, un amas épais de cendres et d'ossements d'animaux rappelle la consécration et les sacrifices. De fortes murailles couronnèrent, dès l'époque romaine, ses assises inébranlables marquées des traces de l'incendie. Il est jonché de débris de tuiles à rebords et de poterie noire1. Un seul pan est resté debout, comme le gardien de ces ruines. La maçonnerie, excepté dans les revêtements, se compose de moellon noyé dans le mortier. L'enceinte des murs se suit partout sur l'arête des rochers. Elle décrivait une ligne à peu près ovale, renfermant deux étroites terrasses superposées en gradins et couvertes de fortifications. Une chapelle du moyen âge y a laissé quelques vestiges. Au nord et au sud-ouest, un énorme vallum, large généralement de vingt mètres, et dont les déblais ne permettent plus de sonder exactement la profondeur, entourait la butte principale sur les deux tiers de sa circonférence, deux cent quinze mètres. Le surplus, assis sur un roc, à cinquante mètres au-dessus des pentes rapides de la montagne, bravait toute attaque. Une seconde circonvallation, à quelque distance, englobait, à côté de la première et avec elle, un vaste terre-plein et un second îlot de rochers fortifiés. Au nord et à l'ouest, on montre dans ce vallum, comme à Beuvray, les grandes Portes défendues à leur entrée par différents travaux. Au nord, les terrassements, les ruines des murs en pierre sèche ferment tous les accès. Le chemin du puits est longé par

1. On y a trouvé une médaille d'argent de Balbin.

une forte chaussée, et l'on s'explique toutes ces précautions par la difficulté de se procurer de l'eau sur ce pic aride. La principale sortie du camp semble avoir été ménagée entre les rochers de la grande enceinte, sur l'arête de la montagne, en face de Beuvray. Une voie tirée en ligne droite mettait ces deux sommets en rapport, disent les vieillards. Cette direction est encore parfaitement visible. On en suit la trace sur une longueur de cent mètres; la chaussée, partout saillante et empierrée, porte près de quinze mètres de largeur. Une quantité considérable de ruines à fleur du sol, au sud-ouest, indiquent d'autres fortifications ou des habitations abritées sous la protection du château. Au milieu du camp, entre les deux groupes de rochers, existait un oratoire antique converti en une chapelle différente de celle dont on a parlé plus haut. Celle-ci est entièrement détruite. Les villageois, pour simuler aujourd'hui sa voûte écroulée, courbent sur son emplacement et attachent par leurs extrémités les branches des arbustes. Ils viennent à la Chandeleur déposer quelque monnaie et des œufs sur les débris pour faire prospérer les abeilles. »

Après l'évocation de ce passé lointain qui ne revit que par les vestiges et par les légendes, arrivons à l'histoire éclairée par les documents. Aussi loin que ceux-ci nous permettent de remonter, le territoire qui devait plus tard former la châtellenie de Glenne, cette partie de l'Autunois confinant au Beuvray, nous apparaît comme une dépendance de l'évêché d'Autun. Les seigneurs de Glenne offrent, en effet, plusieurs exemples de reconnaissances qui ne laissent aucun doute à cet égard. Nous savons que l'Église avait été autorisée par la papauté à rétrocéder ses trop vastes possessions à des feudataires qui demeuraient ses vassaux1. C'est en vertu de cette con

t. V. la Châtellenie de Montcenis, par E. Fyot, Mém. de la Soc. Éd., t. XXIX, p. 292, note I.

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- 89 —cession ecclésiastique que, dès la fin du onzième siècle, apparaissent les seigneurs de Glenne. Mais les renseignements sur les premiers d'entre eux se réduisent à bien peu de choses, et nous devrons nous borner, en ce qui les concerne, à une nomenclature presque sèche.

Le plus ancien, Ponce de Glenne, chevalier et seigneur du lieu, se disait « avoué n,1 de Saint-Symphorien d'Autun en 1076, et fut considéré comme un des bienfaiteurs de l'abbaye. Il partit à la voix de Pierre l'Ermite pour la première croisade, et se signala par son courage autant que par ses aumônes2. Après lui, en 1098, une charte du Cartulaire de Saint-Symphorien, n° 9, cite Theobaldus Glanonis, miles, sans autre désignation.

Gauthier de Glenne (Galterius de Glana) succéda à ce dernier en 1112. Nous ne savons rien de lui, sinon qu'il fit, au chapitre d'Autun, plusieurs libéralités, parmi lesquelles on relève le don d'une terre sise à Laizy, dont le seigneur de Glenne se dessaisit pour le bien de son âme, « pro anime sue remedio». Ces diverses donations furent confirmées par le pape Innocent II, dans une bulle datée de Lyon, le 26 février 11323. Gauthier mourut en 1150; il s'intitulait alors archidiacre cardinal d'Autun.4

Elle passa, après la mort de Gauthier, à Renaud de Glenne et à son fils Ponce qui donnèrent à l'Église d'Autun, en 1178, la montagne de Romenay5, « quidicitur Romanacus » etla vigne duclosde Vilers,« quidicitur clausum de Vilers »6.

1. Les avoués, tirés de l'ordre de la noblesse, étaient alors chargés de l'administration des biens ecclésiastiques qu'ils défendaient à main armée. Ils étaient les généraux des serfs de l'Église, leur rendaient la justice et plaidaient leurs causes. Choisis par les évéques, les abbés ou les chapitres, ils étaient en général richement rémunérés.

2. Galiia christiania.

3. Ctrtulaire de l'Évêché d'Autun, par A. de Charmasse, t. I, p. 6.

4. Il y avait dans le diocèse quatre archidiaconés, Varchidiaconus cardmalis, le premier en rang était l'archidiacre d'Autun.

5. Romenay, commune de Biches (Nièvre). 6. Lieu d'une situation indécise.

Cette donation stipulait que l'on devrait entretenir, jour et nuit et à perpétuité, un cierge allumé devant l'autel de SaintNazaire Le père et le fils partirent à tour de rôle pour la Terre sainte; Renaud prit part à la croisade prêchée par saint Bernard, en 1146, et Ponce fut l'un des nombreux chevaliers qui se rendirent à Vézelay, en 1190, pour suivre Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion en Palestine.

Dans l'intervalle, une fille de Renaud, Alix de Glenne, avait épousé Jean Ie r de Chatillon-en-Bazois, en 1171. Après la mort de son père, et sans doute après celle de son frère Ponce, Alix transporta ainsi dans la maison de Chatillon les fiefs de Glenne, de Roussillon2 et de la Roche-Millay3, possédés antérieurement par la maison de Glenne. Alix mourut à Glenne le onzième jour des calendes d'août de l'année 1233 4, donnant à l'Église d'Autun, pour son anniversaire, cinquante sous parisis. Elle avait en outre, avec l'assentiment de son fils, légué pour le bien de son âme des sommes d'argent variant de quatre à cent livres à de nombreuses églises de la région, parmi lesquelles les églises deBelval5, de Saint-Nazaire, de Saint-Lazare et de Saint-Martin d'Autun, de Saint-Symphorien, d'Anost, de Verrière, de Glenne, de Villapourçon, de la Roche-Millay, de Laizy, etc 6.

Elle laissait un fils, Eudes, seigneur de Chatillon, qui lui succéda. Le seul souvenir laissé par lui est une donation de cinq sous sur les foires du Beuvray, faite en mars 1236 à l'Église d'Autun, « pro remedio anime sue. »7

La suzeraineté de Glenne était alors un inépuisable sujet

1. CartuUire de l'Évêchè d'Autun, par A. de Charmasse, t. I, p. 108. 2. Roussillon (Saône-et-Loire).

3. La Roche-Millay (Nièvre).

4. 21 juillet 1233.

5. Bellovaux, abbaye de l'ordre de Prémontré, commune de I.imanton (Nièvre). C. Carluiaiie de l'Église d'Autun, par A. de Charmasse, p. 147. Voir la table géographique du même cartulaire pour identifier les localités. 7. Id., p. 150.

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