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au schisme, et, avec sa logique fougueuse, il paraît hors de doute qu'il s'y fût enfoncé.

Je ne fais point cette remarque pour le plaisir d'opposer Pascal à lui-même, ni pour jeter un soupçon sur sa bonne foi, qui est indubitable, ni pour montrer la fausseté de la situation des jansenistes, catholiques excommuniés par le pape, hérétiques combattus par les ennemis du catholicisme. Mais il me semble que les luttes morales de Pascal dans cette grave question ont été encore plus violentes que celles qu'il a soutenues pour se défaire de l'amour de la science, de sa croyance en la raison, de ses affections de famille, et des jouissances de la vie. Alors, il avait la joie forte du sacrifice, l'approbation de l'Eglise, les exemples des Pères et des saints, les encouragements de sa famille et de ses amis. Pour la signature au contraire, il a contre lui et l'Eglise non janseniste, et les principes qu'il a jusqu'à ce jour professés, et ses amis, les chefs mêmes de sa secte, le directeur de sa conscience. Aurait-il eu le courage de persister seul contre tous, si le miracle ne lui avait paru comme le sceau d'un contrat contracté entre Dieu et lui. Dieu la chargé de défendre la vérité : que lui importe le reste : il rejettera tout ce qui contredit la parole divine, fût-ce la bulle du pape. C'est la logique même de sa croyance, c'est le miracle qui le jette dans l'hérésie.

Conclusion.

Et maintenant, si nous reprenons la vie de Pascal, pour l'examiner dans son ensemble, trois choses nous semblent avoir ou simultanément ou tour à tour rempli son âme : la science, le monde, la religion.

Pendant les trois premières périodes de sa vie, c'est à dire jusqu'à sa conversion définitive, il reste fidèle à la science. Dans la première période (1635-1646), les travaux scientifiques auquels l'ont préparé son merveilleux génie et l'éducation méthodique qu'il avait reçue s'accordent tout naturellement avec la tiédeur d'une foi paisible et d'une religion de coutume. Il se signale, malgré sa jeunesse, par d'heureuses inventions ou de brillants travaux et acquiert une gloire précoce. L'étude des sciences fait alors, pour ainsi dire, partie intégrante de sa vie intellectuelle, si bien qu'il trouve moyen de la concilier avec la rigueur de son premier jansénisme (1646-49). Peut-être est-ce un peu contradictoire; mais qui peut se flatter de mettre dans sa vie une logique absolue ? lui-même n'y parviendra que par de longs efforts, et par une surveillance continuelle de sa propre pensée. Ces travaux scientifiques s'accordent mieux avec la quasi indifférence religieuse de sa vie mondaine (1649-1654), et cependant, Pascal s'en laisse distraire un peu semble-t-il, par les plaisirs et les distractions du monde. Peut-être y revient-il pourtant vers la fin de cette période, au moment où, lassé de la frivolité de sa vie, il aspire à des choses plus sérieuses et s'achemine à sa seconde conversion. En somme donc, les trois premières parties de sa vie, il reste physicien, géomètre, cartésien : il admet sans réserve que la science et la philosophie ont leur valeur, que la raison a son autorité.

Après la science viennent les hommes. Après les phénomènes naturels, c'est la société qui le séduit. D'abord les circonstances, les voyages, sa jeunesse, l'exil de son père, le séjour à Rouen, l'ont empêché de se créer à Paris des relations bien suivies, plus tard, sa première ferveur janseniste lui interdira d'en rechercher. Mais, maintenant tout se rencontre pour lui faciliter l'entrée du monde : il demeure à Paris; il y vit indépendant; sa santé s'est pour un temps améliorée; des études communes lui ont valu l'amitié d'un grand seigneur qui l'introduit dans le cercle de ses amis; la conversation d'un Méré, d'une Mo de Sablé, le forme aux belles manières ; les occupations littéraires des salons d'alors lui permettent de combler les lacunes de son éducation première. Il vit dans ce monde, il s'y jette avec l'emportement de la jeunesse; il y étudie les héros et les héroïnes de la Fronde; grâce aux désordres des guerres civiles, il peut voir les dessous de l'âme humaine ; et il en sort, désabusé comme un La Rochefoucauld, mais non point misanthrope. Il a été trop séduit pour mépriser complètement les hommes : s'il s'indigne, s'il s'emporte contre eux, c'est qu'il les aime encore.

C'est dans la religion qu'il vient chercher un remède à ses déceptions. Seule, en effet, elle pouvait consoler son cæur; car, malgré les apparences, il ne lui avait jamais été infidèle. Pascal n'a point été réellement incrédule. Pour les deux périodes de jansenisme, la chose n'est pas douteuse; elle parait sûre · aussi pour les années qui ont précédé sa première conversion. A vrai dire, le problème ne se pose que pour la période mondaine. Sans doute, comme il le dit lui-même, « il a fui, renoncé, crucifié Jésus-Christ »; mais, la violence janséniste de ces expressions ne prouve rien, et tout semble, au contraire, attester qu'il n'a jamais oublié sa foi. Il y a eu lutte chez lui entre la nature et la grâce, entre ses instincts de bonheur et sa conception ascétique de la vie. Un moment, il en est arrivé, sous la conduite des Miton et des Méré, à un épicuréïsme pratique, et il a dit : « l'homme est né pour le plaisir ». Mais cela n'est pas inconciliable avec un reste de foi; et, si un christianisme mondain est un christianisme peu conséquent avec lui-même, il ne laisse point cependant d'exister. Au fond de son cœur, persistaient encore les enseignements qu'il avait reçus d'un père religieux, et le souvenir mal éteint des vives émotions de son premier jansenisme. Quand disparut l'agitation passagère qui avait troublé l'imagination et la sensibilité de Pascal, la foi un instant endormie se ranima, et pour ne plus cesser de consumer son âme. Héraclite dit que le feu divin qui compose la substance de l'univers, tour à tour grandit et décroit, s'assoupit et brille de nouveau, sans jamais cesser d'être. Telle me parait la foi de Pascal : elle a eu son rythme, elle a eu ses attiédissements et ses ardeurs, mais jamais au fond de son âme n'a cessé de brûler cette flamme infatigable et divine : nữo (εiov, 'oxductov ało.

Que

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Etienne Pascal épouse Antoinette Bégon.
Naissance de Gilberte Pascal (M** Périer).
Naissance de Blaise Pascal.
Naissance de Jacqueline Pascal (Sæur Euphémie).
Mort d'Antoinette Bégon, mère de Pascal, âgée de

28 ans.
Etienne Pascal vend sa charge de second Président

à la Cour Royale des aides de Clermont et s'établit

à Paris. Naissance de M" de Roannez (duchesse de la Feuil

lade). Pascal étudie seul la géométrie. - Il écrit un Traité

des sons (?).
L'abbé de Saint-Cyran, nommé directeur de Port-

Royal, y introduit le jansenisme.
Lettre de Pascal et de Roberval à Fermat (ul, 208 ').
Etienne Pascal, compromis dans des manifestations

contre le retranchement d'un quartier des rentes

de l'Hôtel-de-Ville, se réfugie en Auvergne. Mort de Jansénius. Jacqueline joue devant Richelieu l'Amour tyrannique

de Scudéry et obtient la grâce de son père. Etienne Pascal intendant pour les tailles en Normandie (collègue de M. de Paris). – Pascal et sa famille à Rouen.

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1 Les renvois, sauf indications contraires, sont faits à l'édition Lahure (tome et page).

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Pascal travaille au Traité des sections coniques, et

publie les Essais pour les coniques (111, 182). Pascal travaille à sa Machine arithmétique. – Pre

mier ébranlement grave de sa santé.
Publication posthume de l’Augustinus de Jansenius.
Les Jésuites d'Anvers publient l'Imago primi sæculi

Soc. Jesu.
Première victoire de Jacqueline aux Palinods de

Rouen. Corneille remercie les juges.
Gilberte Pascal épouse son cousin, Florin Périer,

conseiller à la Cour Royale des Aides de Clermont. Le Pape Urbain VIII condamne l'hérésie prédesti

natienne de Baïus (Bulle in eminenti).
Seconde victoire de Jacqueline aux Palinods.
Lettre de Pascal à M*** Périer (11, 102).
Mort de Saint-Cyran.
Arnauld publie la Fréquente communion et la Théo-

logie morale des Jésuites.
Pascal présente au grand Condé sa Machine arithmé-

tique (lettre de Bourdelot). Pascal écrit l'Epître dédicatoire au chancelier

Séguier (III, 185), et l'Avis à ceux qui verront

la Machine arithmétique (il, 187). Arnauld publie sa Tradition de l'Eglise sur le sujet

de la pénitence et de la communion. Date des Lettres patentes nommant Etienne Pascal

conseiller d'Etat. Etienne Pascal se démet la cuisse. – La Bouteillerie

et Deslandes « convertissent » Pascal. – Pascal
« convertit » Jacqueline. Elle refuse la main d'un

Conseiller au Parlement.
Naissance de Marguerite Périer, nièce et filleule de

Pascal.
Pascal et M. Petit répètent à Rouen les expériences

de Torricelli.
Pascal « convertit » M. et M** Périer, venus à Rouen.
Affaire Saint-Ange.
Pascal est atteint de paralysie. Il va consulter les

médecins de Paris.
Entrevue de Descartes et de Pascal à Paris.
Pascal publie ses Nouvelles expériences touchant le

vide (111, 1).
Lettre à M. Périer (111, 138).

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Polémique avec le jésuite Noël sur le vide : Première

lettre du P. Noël; Lettre de Pascal (29 octobre); Deuxième lettre du P. Noël ; Le P. Noël dédie au prince de Conti le Plein du Vide; Lettre de Pascal

à M. Le Pailleur (111, 8-49). Pascal travaille à un Traité du Vide. -- Il en écrit

la Préface (III, 18). Pascal écrit la Prière sur le bon usage des maladies

(11, 28).
Premières relations directes de Pascal avec. Port-

Royal. -- Vocation de Jacqueline.
Lettre d'Etienne Pascal au P. Noël (1, 28).
Lettre de Pascal à MTM Périer (donnée dans les édi-

tions comme lettre à Jacqueline) (11, 102).
Lettre de Jacqueline et de Pascal à M“ Périer (11, 104).
Suppression des intendants. Etienne Pascal à Paris.
Etienne Pascal refuse à sa fille la permission d'entrer

au couvent. Relations secrètes de Jacqueline avec

Port-Royal.
Expérience de M. Périer sur le Puy-de-Dôme, à la

demande de Pascal.
Expériences de Pascal à la tour Saint-Jacques.
Pascal publie le Récit de la grande expérience de

l'équilibre des liqueurs (iii, 138). Lettre de Jacqueline et de Pascal à M“ Périer (11, 106). Observations de M. Périer sur la pesanteur de l'air

(111, 147). Pascal obtient un Privilège pour la Machine arith

métique (m, 205). Départ d'Etienne Pascal pour l'Auvergne avec Blaise

et Jacqueline. Nicolas Cornet, syndic de la Faculté de théologie,

défère à la Faculté 7 propositions jansénistes

(réduites ensuite à 5).
Pascal quitte l'Auvergne.
Liaison de Pascal avec le duc de Roannez.
Correspondance avec M. de Ribeyre : Première lettre

de Pascal (12 juillet); Réponse de M. de Ribeyre:
(26 juillet): Deuxième lettre de Pascal (8 août).

(111, 73-81).
Mort d'Etienne Pascal.
Lettre sur la mort (11, 20).
Pascal constitue à Jacqueline une rente de 700 livres.

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