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dire avec Montesquieu que le mariage est un contrat si naturel, que dès qu'il se trouve une place où deux personnes peuvent vivre commodément, il se fait un mariage, hâtons-nous de l'ajouter, c'est en même temps le plus solennel des enga gements, et toujours des formes déterminées ont consacré son existence.

La célébration du premier mariage remonte à l'origine même du monde, à l'Éden primitif; car les opinions les plus accréditées s'accordent sur cette croyance, que la société de l'homme et de la femme, instituée par Dieu , fut la société même du mariage, et qu'Adam et Ève furent véritablement mariés pendant l'état d'innocence: Dieu, dit l'Ecriture, ayant formé Ève, et l'ayant amenée à Adam, les bénit tous les deux en leur disant : a Croissez et multipliez. » Et Adam à la vue d'Ève son épouse s'écria : «L'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une même chair (1). » Ainsi l'on peut dire

que la célébration elle-même du mariage est d'origine divine avant d'appartenir aux législations humaines.

Il est vrai que, suivant l'histoire profane, antérieurement à l'établissement des sociétés polítiques, les deux sexes, dans leur union, ne suivaient que leurs appétits brutaux; les femmes appartenaient à celui qui s'en saisissait le premier, et passaient entre les bras de quiconque avait la force de les enlever ou l'adresse de les séduire. Ces dérèglements des premiers ages sont rappelés par Horace dans deux vers dont l'énergique expression nous dispensera de plus amples détails :

Quos venerem incertam rapientes more ferarum

Viribus editior cædebat, ut in grege taurus (2). Les résultats de ces accouplements licentieux durent promptement faire sentir aux hommes réunis en aggregations le besoin de ces formes protectrices qui devaient assurer à l'union des époux cette fixité sans laquelle elle n'est qu'un désordre, et un caprice dangereux.

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Ce serait une curieuse histoire que celle des formes qui chez les divers peuples ont présidé au mariage : nous ne pouvons ici, avant d'aborder cette question dans le cadre plus restreint qui est le nôtre, que retracer rapidement quelquesuns des caractères généraux des solennités en usage dans l'antiquité; le consentement des futurs époux et de ceux sous l'autorité desquels ils étaient placés, fut toujours le prélim naire indispensable et comme le point de départ des céré. monies du mariage. Quant aux solennités de la célébration, elles ont, selon les époques, revêtu des caractères bien différents : elles variaient même selon la classe sociale à laquelle appartenaient les contractants. Très-simples pour le peuple, ces cérémonies étaient souvent très-pompeuses pour les personnes riches ou d'une condition élevée.

Autrefois, comme aujourd'hui, on aimait à environner d'éclat cet acte qui a sur la vie de ceux qui le font les conséquences les plus décisives. Ce n'est pas sans intérêt que nous lisons dans les Voyages du jeune Anacharsis la description brillante des noces de deux jeunes habitants de l'ile de Délos (1).

Nous y voyons le sentiment de ce double caractère à la fois surnaturel et humain, qui a fait du mariage l'objet des soins spéciaux et des législations, et des religions à la fois; car, selon que le remarque Montesquieu, dans tous les pays, dans tous les temps, aussi bien que la loi civile, la religion s'est mêlée des mariages (2) ; et la raison qu'il en donne est digne d'attention : « Dès que certaines choses ont été regardées comme impures ou illicites, et que cependant elles étaient nécessaires, il a bien fallu y appeler la religion pour les légitimer dans un cas, et les réprouver dans les autres. En dehors de toute révélation, c'est là, il semble, une cause suffisante pour légitimer cette intervention religieuse sans jaquelle il serait difficile de concilier le double caractère du mariage participant en même temps à la nature des actes nécessaires, et à celle des actes illicites.

(1) Voyage d'Anacharsis, t. 6, p. 77. Paris, édition de 1789, in-8°. (2) Esprit des lois, liv. 16, chap. 13.

L'histoire est ici d'accord avec la nature et la raison : le nom de la divinité présidait aux alliances contractées sous la tente des patriarches de l'ancienne loi. Dieu parlait lui-même par la voix des pères et des anciens, premiers pontifes de ces âges reculés du monde, comme il bénit plus tard les noces du peuple qu'il s'était choisi par les mains des prêtres qu'il avait consacrés. Les Juifs venaient chercher la bénédiction nuptiale des pontifes de l'ancienne loi, au milieu de pompeuses cérémonies dans le temple redouté de Jérusalem, et leurs descendants cimentent encore à la face de leurs ministres ces alliances exclusives, appelées à perpétuer cette race sans chef et sans patrie, qui promène dans le monde ses mystérieuses destinées, comme pour attester malgré elle le Dieu qu'elle s'obstine à méconnaitre.

Si nous demandons aux législations qui ont obscurci la vérité primitive par l'erreur ou l'ont défigurée par les passions, ce qu'elles pensaient du mariage, nous voyons les plus sensuelles s'épurer pour allumer le flambeau nuptial, et le voluptueux Olympe choisir ses plus chastes dieux pour consacrer les devoirs de l'hyménée.

L'Égyptien se mariait en invoquant Isis, les Mèdes à la face du soleil qu'ils adoraient. Les Perses allumaient la torche de l'hymen au feu sacré dont ils avaient fait leur Dieu. A Athènes la célébration du mariage était environnée de cérémonies allégoriques qui n'excluaient pas le caractère religieux: sans le sacrifice à Minerve, cette divinité tutélaire à laquelle étaient consacrés les particuliers aussi bien que la cité et la chose publique, il eût semblé aux jeunes époux que le lien qui les unissait eût été sans force. L'alliance des formes civiles et religieuses est ici pleine d'intérêt. La jeune mariée devait être enlevée avec une violence simulée de la maison de ses parents : ceux du mari venaient la chercher dans sa demeure, où elle était parée au milieu de sa famille et de ses amis; on leur en refusait l'entrée ; ils en feignaient le siège et enlevaient la jeune épouse comme malgré elle pour la conduire au temple, où il était seulement permis à l'époux de la recevoir. Ainsi l'idée religieuse inhérente à la formation du lien conjugal,

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