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le constater, prend aussitôt un développement et un intérêt tout différents.

La situation de Rayonne, seul port de quelque importance au fond du golfe de Gascogne, à la commune froutière des pays de France et d'Espagne, et, pendant plusieurs siècles, à la limite méridionale du littoral des possessions anglaises sur le continent, cette situation lui assurait nécessairement une importante commerciale très-considérable. Aussi l'élude des institutions, des privilèges dont elle fut dotée par ses anciens maîtres, offre t-elle un intérël tout particulier au point de vue de l'histoire du droit maritime et commercial. Non content de mettre en lumière tous les documents originaux qui se rapportent à cette partie de l'histoire de Bayonne, M. Balasque les a analysés en jurisconsulte expérimenté, habile à rechercher les sources du droit public et à tirer d'institutions parfois confuses un résumé toujours clair et facile à saisir.

Les Etudes historiques sur la ville de Bayonne sont accompagnées de nombreuses pièces justificatives dont quelques-unes, écrites eu langue vulgaire, peuvent être considérées comme de très-précieux monuments du ilialecte local au moyeu fige. Mais n'oublions pas de dire que, pour toute cette partie «Je sou travail, M. Balasque, ainsi qu'il se plaît à le déclarer lui mcine, a trouvé un co,lahor..teur eminemment utile dans la personne de M. Dulaurens, archiviste de la ville, à qui ilO't, par conséquent, revenir une part de nos éloges

Les deux volumes publiés s arrêtent à la lin du XIIIe siècle. Nous nous plaisoi.s à espérer que la suite de l'ouvrage justifiera le témoignage d'estime dont ses auteurs sont aujourd'hir l'objet.

La commission décerne également une mention honorable à M. l'abbé Chevalier, de Romans, auteur laborieux et particulièrement fécond , qui a envoyé au concours un ensemble considérable de travaux, dont quelques -un^il est vrai, ne sont que de très minces opuscules.

Laissant de côté plusieurs brochures d'une importance trop secondaire, nuire attentiou a dû se concentrer sur quatre volumes ou parties de volumes où M. l'abbé Chevalier a réuni divers documents très-utiles pour l'histoire du Daupliiué, entre autres les Cartulaires de Die, de Saint-Pierre au-Bourg, de Saint André le-Bas et de Léincel k dire vrai, leur examen attentif nous a donné lieu de penser que l'auteur, peut-être un peu trop préoccupé du désir de produire beaucoup, n'approfondissait pas toujours asseï les sujets qu'il aborde. Ses annotations, bien que toujours faites avec intelligence, nous ont paru souvent insuffisantes. Mais on n'en doit pas moins lui savoir gré, selon nous, d'avoir tiré de l'oubli et publié très-tidèlement une grande abondance de documents nouveaux d'un intérêt incontestable, et surtout lui tenir compte de l'exactitude dont il fait généralement preuve dans les déterminations chronologiques. Ce sont là les mérites que nous voulons récompenser en lui

Dans un ordre d'études complétement différent, M. Brachet a adressé au concours deux ouvrages qui ont également fixé l'attention de la commission, à savoir, une Grammaire historique de la langue française, et un Dictionnaire des doublets de la langue française.

De pareils travaux se rattachent certainement bien peu au programme de notre concours. Toutefois, la commission y a reconnu des qualités de bonne et saine érudition qu'elle a tenu à encourager de son mieux. >

Le premier de ces deux volumes renferme l'exposition claire et intéressante d'une science dont les principes soul'élnblis depuis plus ou moins longtemps. L'auteur s'y est très-b.eii acquitté de son rôle de vulgarisateur.

Le secoud a plus d'originalité; mais peut-être pourrait-on lui reprocher un peu de confusion.

Quoi qu'il en soit, ces deux ouvrages, bien composés et traités en pleine connaissance du sujet, sont appelés, nous le croyons, à rendre de très-réels services.

Parmi les concurrents de qui nous avons à louer successivement les mérites, no'us aurions voulu faire une meilleure place à M. KlippJel. On reconnaît sans peine une main très longtemps exercée dans les trois ouvrages qu il a envoyés au' concours : Metz, cité épiscopale; Étude sur la révolution communale dans'les cités épiscopates romanes de l'empire germanique ;— Colloque de Poissy.

De ces trois ouvrages, les deux premiers ont entre eux une grande connexilé : l'un est en quelque sorte la déduction de l'autre.

Nous n'avons que du bien à dire du volume intitulé Metz, cité épisccpale. Si cette étude n'est pas absolument neuve, elle a du moins le mérite de résumer, de compléter, on' ne peut m eux, les travaux antérieurs, et d'analyser avec autant de clarté nue d'exactitude tout le mécanisme inter eur de cetle espèce de république municipale placée sous la tutelle dn l'Empire.

Abor la ut une lAclie plu4 ardue et qtiidetfâit'nécessairement le mener à des résultats plus contestables, M. Klippfel, dans son second ouvrage, a entrepris de déinoutrei que les fans particuliers qui avaient présidé à l'émancipation messine se retrouvaient a peu près les mêmes et avaient eu des conséquences identiques dans toutes les anciennes villes qu'il comprend sous l'appellation un peu hasardée de citésépiicopales romanes de l'empire germanique.

A l'exemple des éruiitsallemanls dont les travaux lui sont évidemment très-familiers, M. Klippfel semblerait incliner-volontiers à trouver, diins le fait de l'émancipation des cdrHmuues, l'influence directe des traditions d'indépendance importées chez nous par les conquérants de race germanique: Seldii''lui,'le mouvement d'affranchissement dû, dans le principe, à la lutte engagée par les hautes classes de la cite contrele pouvoir despolique'dës évêques ou des souverains laïques, n'aurait eu d'abord rien de démocratique dans l'acception que nous donnons' aujourd'hui à ce mot!

Il y a certainement du vrai dans la théorie de M. Klippfel. L'aristocratie, seule assez puissante pour tenir en bride le pouvoir absolu, a souvent fait les affaires de la liberté' tout en cherchant à faire les siennes. Mais n'est-il pas juste de reconnaître aussi'que, dans beaucoup de cas, la bourgeoisie, le peuple même, surent, par leur propre énergie et souvent au prix de grands services rendus, arracher au,

Îiouvoir ecclésiastique et au pouvoir royal lui-même ces précieuses ibertés municipales qui furent comme le germe des autres libertés' que leur réservait l'avenir?

A nos yeux, le tort de M. Klippfel est d'avoir voulu trop généraliser un,,, système dont les applications doivent être sagement restreintes pour rester complétement justes.

Aucun lien ne rattache au même groupe d'étudtog le "volume relatif" au Colloque de Poissy. Mais on y retrouve les mêmes qualités, une

connaissance approfondie du sujet, beaucoup de méthode et une grande clarté dans l'exposition des faits.

Cet important épisode de l'histoire de la Réforme, le Colloque de Poissy, n'avait guère été étudié jusqu'ici qu'à l'aide de documents protestants et au point de vue de la controverse religieuse. M. Klippfel s'est particulièrement attaché à saisir, à dégager et à mettre également en lumière le côté politique de ces longues conférences où l'esprit d'intrigue joua un si grand rôle; et il y est parvenu en contrôlant tous les travaux antérieurs à l'aide de documents nouveaux, entre lesquels il faut citer surtout la relation manuscrite attribuée au théologien catholique Despence et un certain nombre de lettres de Pierre Martyr et de Théodore de Bèze. Ajoutons, à titre d'éloge, que, dans tout le cours de son travail, l'auteur a su constamment allier l'impartialité de l'historien à un sentiment général de libéralisme aussi éclairé que sincère.

Ces qualités diverses et tout à fait estimables auraient certainement suffi pour assurer à M. Klippfel un rang plus élevé dans l'ordre de nos concours, si la commission, saisie à la fois de l'examen des trois ouvrages, n'avait craint de se faire, en les acceptant sans réserves, solidaire de théories historiques, sinon erronées, du moins trop généralisées par l'auteur.

L'importance des sujets traités par ce concurrent nous a entraînés à lui donner une place relativement considérable dans notre rapport. Nous devons cependant en réserver une des mieux méritées à M. Faugeron, l'auteur fort distingué de deux opuscules qui nous ont semblé dignes d'une dernière mention honorable. Ces deux opuscules, écrits l'un en français, l'autre en latin, ont servi à leur auteur de thèses pour le doctorat. Quelle que soit du reste l'occasion à laquelle ils ont été composés, nous n'avons eu à nous occuper que de leur valeur intrinsèque, de l'intérêt que présentaient les sujets choisis, et de la manière dont ils ont été traités.

La thèse française a pour titre tes Bénéfices et la Vassalité au IXe siècle; la thèse latine est intitulée De fraternitate seu conloquiis inter fUios et nepotes Ludovici PU.

La première a été composée, comme l'auteur l'annonce lui-même un peu ambitieusement, dans le but de rectifier une opinion généralement admise en Allemagne aussi bien qu'en France, et particulièrement professée par notre illustre confrère M. Guizot. S'appuyant sur des textes nombreux qu'il commente, il faut le reconnaître, avec beaucoup de sagacité, M. Faugeron repousse l'emploi du mot bénéfices comme terme générique pour désigner'les terres concédées sous la condition d'une redevance quelconque. Ce terme, selon lui, ne doit et ne peut légitimement s'appliquer qu'aux simples concessions à titre d usufruit. L'argumentation de M. Faugeron atteste un très-estimable fonds de véritable science; mais, disons-le,elle porte souvent sur des nuances d'interprétation qui tournent un peu trop à la subtilité.

On peut en dire autant de la dissertation latine du même auteur. L'objet de celle-ci est de prouver que les fils et petits-fils de-Louis le Débonnaire, ne pouvant rendre à l'empire de Charlemagne sa puissante unité, se sont du moins toujours efforcés, par des traités d'alliance offensive et défensive, de constituer une sorte de fédération embrassant toutes les anciennes parties de son empire. C'est là une théorie politique ingénieuse sans do«te, fondée même dans une certaine mesure, mais plus d'une fois démentie par l'histoire, qui nous montre les turbulents héritiers de Louis le Débonnaire se rencontrant aussi souvent l'épée à la main sur les champs de bataille que dans des conciliabules de paix.

Malgré ces légers défauts, nous n'avons pas cru devoir refuser nos encouragements à un auteur chez qui se manifestent aussi honorable^ ment le goût et l'habitude des études sérieuses.

Ici s'arrête la liste des récompenses et des encouragements que nous avions à décerner au nom de l'Académie, et des ouvrages qui nous en ont semblé dignes. La commission se reprocherait cependant de passer complétement sous silence un certain nombre d'autres travaux moins importants, mais recommandables encore à divers titres, et dont quelques-uns sont dus à des auteurs déjà connus très-honorablement.

Au premier rang, dans cette catégorie, doit figurer le mémoire de M. Castan sur le Capitole de Besançon. Appliquant à cette nouvelle étude l'excellente méthode dont il a fait preuve dans plusieurs dé ses précédents ouvrages, l'auteur démontre ici fort habilement que les capitoles qui ont existé dans plusieurs villes de la Gaule ne doivent pas être confondus avec les forum. C'est là une très-bonne dissertation archéologique, qui aurait pu certainement prétendre à une meilleure part dans nos récompenses, si seulement elle avait eu un peu plus de développement.

Nous avons été arrêtés de même par le peu d'importance relative de quatre opuscules de M. Duhamel : — l'Eglise de Saint-Maurice d'Epinal ; des Relations des empereurs et des ducs de Lorraine avec Tabbaye de Remiremont ; le Partage de Remiremont dans ses rapports avec les ducs de Bourgogne et les rois de France; — Rapport sur les fouilles faites àSauville. — Constatons toutefois que nous avons rencontré dans ces diverses brochures bon nombre de renseignements intéressants, puisés aux meilleures sources, et des observations archéologiques qui témoignent du soin le plus minutieux.

On retrouve le même soin, la même conscience dans l'ouvragebeaucoup plus considérable que M. l'abbé Bourassé, en collaboration avec M. l'abbé C. Chevalier, a consacré aux Églises romanes de la Touraine antérieures au Xe siècle. Ce volume, qui renferme beaucoup d'indications utiles quoique un peu vagues, est malheureusement déparé par une collection de planches photographiques beaucoup trop défectueuses pour pouvoir rendre aucun service à l'étude.

Dans un ordre de travaux tout différent, nous nous plaisons à signaler les recherches de M. Alf. Richard sur les Archives du château de la Barre. C'est là un travail très-consciencieux, qui offre un fort bon cadre pour le classement des collections de documents de cette nature, mais qui perd beaucoup de son importance par la date relativement récente et l'intérêt secondaire de la plupart des textes auxquels il se réfère.

Nous avons également distingué l'ouvrage de M. Lagrèze-Fossat intitulé: La Ville, les vicomtes ei'la coutume d'Auvillar. Celte estimable publication a eu pour point de départ la récente découverte d un vidimus du XVIe siècle, où se trouvent reproduit s un grand nombre de pièces antérieures résumant le droit coutumier de cette partie du Languedoc. L'auteur, trop modeste peut-être, en se bornant à peu près exclusivement à analyser ce document, nous a laissé trop peu d'occasions d'apprécier son mérite personnel.

M. G. Port, au contraire, dans la nouvelle édition, qu'il vient de donner de la Description d Angers par Péande La Taillerie, a consacré trop de soins, selon non», et trop d'eslimablps labeurs à annoter dans les plus petits détails un livre connu sans doute, mais dont les noies, si intéressantes qu'elles soient, du nouvel éditeur auront bien de la peine à faire un bon ouvrage.

Dans l'Histoire des avoués et procureurs, par M. Bataillard, on reconnaît le fruit de recherches très-sérieuses. La partie de ce travail qui se rapporte aux origines de l'institution manque peut-être un peu de clarté et de précision ; mais, quant au reste, tout ce qui a été écrit sur la matière s'y trouve très-convenablement résumé.

Les recherches que M. Cazalèsde Fondouce a consacrées aux Derniers temps de f'ija/e de pierre dans l'Aveyron sont un estimable travail; seulement il est à noter que c'est bien plutôt l'œuvre d'un paléontologiste que celle d'un archéologue.

Le Mémoire historique sur les Sociates du temps de César nous montre son auteur, M. Paul Bordas, parfaitement au fait des localités dont il s'occupe. La partie critique en est malheureusement très- . faible, et l'auteur se laisse beaucoup trop aller aux étymologies hasardées.

La même connaissance des localités se trouve dans les recherches de M. Morellet sur le véritable emplacement du lieu dit le Champ du Mensonge. Mais, si ingénieuses que soient ses hypothèses, il n'a pas su leur donner une suffisante autorité.

Le titre assez piquant du livre de M. le docteur Closmadeuc sur la Chirurgie et Barberie en Bretagne avant la Révolution provoque tout naturellement un certain intérêt de curiosité. Ce livre, très-sérieusement fait, est le fruit de consciencieuses recherches ; mais c'est à peme si nous nous sommes trouvés compétents pour nous en oçcu

§er, tant est rapprochée de nous l'époque à laquelle se rapportent les ocuments recueillis et publiés par l'auteur.

Arrêtons-nous là; car cette liste de citations est déjà peut-être un peu longue.

Toujours disposée à tenir compte aux ouvrages mêmes les plus imparfaits des qualités sérieuses qui peuvent s'y rencontrer, la commission, on le voit, n'a voulu laisser dans l'ombre rien de ce nui pouvait être cité avec éloge Elle n'a fait en cela, du reste, qu'obéir aux sentiments de bienveillante sympathie professés par l'Académie tout entière pour les hommes laborieux qui se livrent aujourd'hui en si grand nombre à l'étude des sciences historiques.

Toutefois cette bienveillance a des bornes que nous devons rappeler ici dans l'intérêt de ceux-là même qui pourraient aspirer à quelques succès dans nos futurs concours.

Si l'Académie, si la commission à qui elle confie l'honneur de juger le mérite des concurrents, peuvent avoir toujours quelques bonnes paroles pour reconnaître, soutenir et stimuler le zèle de tout concurrent doué de quelque mérite, par contre, les progrès accomplis dans presque toutes les branches de l'érudition leur donnent le droit, leur imposent le devcir, de se montrer de plus en plus sévères dans le choix des ouvrages auxquels doivent être réservés les récompenses et les encouragements, les médailles et les mentions honorables à décerner.

La méthode moderne a ses exigences que nul ne peut plus impunément méconnaître. Tout fait avancé doit aujomjd'nui être appuyé

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