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inscription nous montre usitée à Bosra. Je pense dor.c que Qaçiou et Gabal étaient deux divinités de môme nature; nature complexe comme celle de toutes les divinités solaires de l'Orient, et qui faisait dire à Lampride (Heliog., XVII): « Solem alii, alii Jovem dicunt, » mais représentée par un même symbole, la montagne, et son diminutif, la pierre conique. Les médailles ne nous laissent aucun doute à cet égard. Sur les monnaies de l'empereur Elagabale (Cohen, t. III, Elagab., n<» H6119,126-129, 155), le dieu Elagabal est représenté sous la forme d'un cône, semblable à celui qui figure Casius sur les monnaies de Séleucie; la seule différence qui existe entre ces deux représentations est la présence, sur le cône d'Elagabal, d'un aigle aux ailes éployées. Cette différence, au fond, n'en est pas une, car ce même aigle, symbole solaire, accompagne le cône de Casius; seulement, au lieu d'être placé sur la pierre même, il plane au-dessus du temple tétrastyle qui figure la demeure de la divinité. Le cône d'Elagabal n'est pas placé sous un temple; il est porté sur un char traîné par quatre chevaux, et orné à ses angles de petits parasols ; cette scène a pour but d'identifier le dieu d'Emèse avec le soleil, en remplaçant, dans le quadrige traditionnel, la figure de l'Apollon gréco-romain par celle du symbole asiatique.

» Nous verrons plus loin que Dusarès, dieu national arabe, adoré dans ces mêmes régions de Bosra et de Pétra, était aussi un dieu-montagne.

» M. Lévy (Zeitschr. d. morg. Ges., XVIII, 631) a identifié notre dieu Qaçiou avec la divinité iduméenne dont le nom est transcrit par Josèphe (À. J., XV, 7, 9), KoÇé. En tenant compte de l'altération subie par le mot vxp en passant d'abord dans le grec de Josèphe, puis par les mains des copistes, on reconnaîtra la justesse de ce rapprochement, qui ne contredit pas l'identification que nous avons proposée avec Kâaioç.

» Parmi les divinités adorées par les Arabes avant l'islamisme, on en trouve une du nom de Qah, j~3 (Osiander, Zeitschr. d. morg. Ges., VII, 500), connue surtout par le nom ANNÉE 1869. 5

propre Amroul-qaïs. Il est probable que c'est le même dieu que Qaçiou.

» 2° Allath, Elathou Ilath rhx. Le nom de cette divinité se rencontre dans trois inscriptions de Hebràn et de Salkhat: on le trouve en outre en composition dans plusieurs noms propres.

» Le texte le plus formel est une dédicace provenant de Salkhat dans laquelle un monument est dit consacré par une série de personnages nrvinbN nSaS, à Allath leur déeste.

» Le second de ces mots est très-intéressant; en l'isolant du suffixe Dn—, il reste nnSn, féminin très-régulièrement dérivé de nbx, dieu, et signifiant par conséquent déesse. Ce mot est nouveau; il ne s'est pas rencontré jusqu'à présent dans les textes araméens, mais cette omission doit être attribuée à l'origine presque exclusivement juive ou chrétienne des écrits araméens parvenus jusqu'à nous; le mot devait nécessairement exister dans la langue de la population païenne. La notion de déesse et le culte des divinités féminines tenaient une trop grande place dans les religions des nations sémitiques autres que la nation juive, pour qu'un mot spécial n'ait pas désigné l'ensemble de ces personnifications divines. Quoique le contraire ait été affirmé, nous pensons être dans le vrai, et nous appuyons notre opinion sur des faits positifs tirés des textes originaux.Pour les Phéniciens, nous avons le premier vers punique du Pœnulus de Plaute:

Yth Alonim valonuth sicoratki si macomsith.
Deos Deasque veneror qui hanc urbem colunt.

qui nous donne le pluriel ruS*t; ce mot ne s'est pas encore ren-
contré dans les inscriptions, mais le masculin correspondant,
Ojba, existe dans l'épitaphe d'Eshmunazar. Pour l'Arabie an-
téislamique, nous avons le mot Ftrhn, déesse, associé au mot
nbx, dieu, dans les inscriptions himyarites (Osiander, Zeitsch.
d. m. G., XIX, 164 et suiv.; inscr. n° 29,1. 5 et 6). Enfin, la
présente inscription complète la démonstration en nous mon-
trant le même mot dans un texte araméen.
» Dans ce mot nnSx, le n est radical, ce qui le distingue ab-

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solument du mot précédent, nSx; l'un est un terme générique qui désigne la qualité de déesse ; l'autre est une expression spéciale, un nom propre, Allath, qui désigne une divinité particulière. La- même distinction existe entre les expressions masculines rhu et Sx; l'une qui signifie dieu en général, l'autre qui désigne le dieu El ou //.

» Je sais bien que chez les Juifs, où ce mot Sn était très-employé il était loin d'avoir un sens aussi précis ; il était presque synonyme de rvhn, l'équivalent de l'araméen nha ; tout en désignant le Dieu par excellence, Jéhovah, il pouvait se prendre dans une acception générale, puisque l'on disait D'sn Sn, Deus deorum, et "in** Sn, Deus alius, c'est-à-dire « le dieu étranger, le faux dieu ». Mais ce qui est vrai des Juifs ne l'est pas nécessairement des peuples voisins; en matière de religion surtout, l'exception ne doit pas nous surprendre; toute l'histoire des Juifs n'est qu'exception. Des expressions qui dans la langue hébraïque n'ont jamais perdu leur signification générale, chez les peuples yoisins, au contraire, se sont spécialisées au point de ne plus désigner que des divinités d'un culte restreint et d'un caractère exclusivement national; ainsi les mots Sya, -jSn, y\"itt, sont devenus chez les Phéniciens, les Syriens, les Ammonites, les noms des dieux particuliers Bel, Moloch, Adonis... 11 en est de même pour hn; chez les Phéniciens et les Syriens, au dire de Sanchoniathon et de Damascius, Hl ou 'Uoç était une divinité spéciale offrant une certaine analogie avec le Kronos des Grecs; chez les Assyriens, Hou était le nom d'une divinité suprême d'une nature un peu vague, comme Kronos, susceptible pourtant d'une forme déterminée. Enfin, les Araméens ont adopté le culte d'un même dieu Sn; nous en avons la preuve dans les mots composés avec son nom, concurremment avec le nom d'une foule d'autres divinités d'un caractère évidemment païen; les inscriptions de Palmyre nous en ont fourni plusieurs exemples, et, en remontant plus haut dans l'histoire de la Syrie, nous rencontrons au neuvième siècle avant notre ère des rois contemporains s'appelant Huzael et Ben-Hadad (III Reg., 29, 20); El se trouve là sur le même rang que Hadad, le dieu araméen par excellence, non moins national que Rimmon.

» Je citerai encore, à l'appui de mon opinion, les nombreuses pierres gravées que j'ai publiées (1), œuvres de Phéniciens ou d'Araméens, et sur lesquelles le nom d'Ël apparaît sans qu'il soit possible de lui attribuer une valeur différente de celle qu'il convient de reconnaître àBaal, à Hadad ou à toute autre divinité spéciale.

» Dans les régions qui nous occupent en ce moment, et à l'époque à laquelle appartiennent nos inscriptions, la notion du dieu El n'était pas moins répandue, et les noms composés à l'aide du sien sont très-nombreux; un texte nabatéen nous a donné Wahabel (Donum El) bNam; les inscriptions grecques sont remplies de noms tels que "awyixoç, Oùâër)Xoç, 'PâêriXo<;, NaTaIaexoç, 'Eu[xariXo<;, Tawr<Àoç. D'après ce que nous venons de dire, il n'est pas nécessaire, pour expliquer l'origine de ces noms, de supposer une influence spéciale des Hébreux sur ces contrées. Tout au plus cette intervention peut-elle être admise dans les provinces centrales et méridionales de l'Arabie, dans lesquelles, ainsi que le remarque M. Wetzstein (Ausgewœhlte Imchr., p. 361 ), le nom divin El ou II conserve toujours le caractère d'une importation étrangère. Mais dans le Haouran et autour de Bosra, pays soumis à l'action directe de l'aramaïsme, El avait droit de cité et sa présence dans l'onomastique locale est un fait tout naturel. Encore moins faut-il songer à l'expliquer, comme l'a voulu M. Renan (Bulletin archéologique de VAthenœum, Ï856, p. 68), par un monothéisme instinctif propre aux populations arabes qui avaient envahi le pays: les mêmes inscriptions qui renferment ces noms terminés par El contiennent des dédicaces, des offrandes, des prières adressées non-seulement à tous les dieux de l'Olympe, mais à une foule de divinités locales, inconnues ailleurs, dont le culte a évidemment pris naissance sur cette prétendue terre classique du monothéisme et de l'absolu. C'est ainsi qu'à côté de Jupiter, d'Apollon, de Minerve, de la For

(i) Milanges d'Archéol. orient., pp. 112-123.

tune, des Nymphes, etc., nous trouvons Dusurès, Théandrios ou Théandritès.Aumou, Azizos, Ethaos, Ouasséath, Aichalas, Qaçiou, Baalsamin, désignés nominativement comme dieux, et même comme dieux de la patrie. Quelques-uns de ces noms, par leur forme même, trahissent leur origine essentiellement arabe. Tels sont Ouasséath et Aikalas. Le premier mot est l'arabe **-j; il signifie large, étendu; la racine qui lui a donné naissance n'existe pas en araméen, et en hébreu elle a la forme W. Le second

mot vient de la racine quadrilittère J£li , être grand, élevé, qui,

dans les dialectes autres que l'arabe, n'a laissé de traces que dans le mot Sa^n palais, temple. Ces dieux arabes sont des attributs divinisés, « le grand », « l'immense », a le fort », le trèshaut », etc. A cette liste, on pourrait en ajouter une bien plus longue de noms divins extraits des noms propres nabatéens, et qui achèverait de démontrer que toute trace de monothéisme avait disparu de chez les Arabes; ils n'avaient du moins conservé de la croyance primitive que cette notion vague qui se retrouve à des degrés divers au fond de toutes les religions polythéistes, aussi bien à Rome et à Athènes qu'en Egypte et en Syrie.

» El était donc devenu un dieu comme les autres, d'une nature plus générale et surtout d'un culte plus répandu que ceux dont les noms précèdent, ayant néanmoins son individualité. Mais tout dieu sémitique se dédouble, j'ai essayé de le démontrer ailleurs; l'imagination' de ses adorateurs le conçoit sous la forme d'une dualité, dont il compose à vrai dire les deux éléments à l'aide de ses deux énergies personnifiées: l'énergie active ou mâle, l'énergie passive ou femelle; en d'autres termes, chaque dieu mâle a pour compagne une déesse qui n'est autre qu'une forme féminine de lui-même. Le type le plus connu de ce couple est celui de Baal et Baalthis; le rapport mythologique de ces deux êtres est le même que le rapport grammatical de leurs deux noms, le nom du dernier étant obtenu en donnant au premier une forme féminine par l'addition de la terminaison féminine; de hvi est venu nbyn; seulement, le temps et les habitudes du vulgaire ont peu à peu oblitéré la notion primitive, le lien qui rattachait la dualité à l'unité s'est affaibli, et, dans la pratique,

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