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anniversaire. Milès IV et Marguerite, son épouse, obtinrent d'être inhumés à Pontigny, avec l'approbation de Pierre etd'Isabel, leurs enfans.

Haganon, seigneur d'Ervy, voulut aussi avoir sa sépulture à Pontigny. Il fit un testament remarquable, vers l'an 1200 : il donna la moitié de son mobilier aux pauvres, son cheval, estimé dix livres, monnaie de Provins, à l'abbaye de Pontigny. Il donna encore cent sous au procureur de cette maison , cent sous au portier, pour faire des triennats, c'est-à-dire des services qu'on célébrait tous les trois ans; vingt sous pour acheter du pain pour distribuer aux pauvres, vingt sous à l'infirmerie des moines, pour la pitance des malades. Il ajouta une vigne située à Dannemoine, et trois serfs, avec leur famille, pour faire célébrer son anniversaire. Ces serfs doivent payer à l'abbaye chacun dix sous par an. Le doyen de Saint-Florentin eut soixante sous, maître Canone d'Ervy son lit de soie verte, sa couverture, deux draps, un oreiller et vingt sous. Son chapelain eut vingt sous, le clerc Odin dix sous, les lépreux d'Ervy dix sous, saint Etienne et saint Pierre de Troyes, chacun vingt sous, les religieuses de Sainte-Marie de la même ville et de Fusse, chacune vingt sous; la Maison-Dieu, qui appartient au comte, vingt sous; les autres Maisons-Dieu qui sont à Troyes, chacune dix sous; le frère Hubert de Troyes, dix sous, et les vingt prêtres qui sont avec lui, chacun vingt sous. Il donna vingt sous à la dame Mahot, à toutes ses nièces qui sont religieuses , chacune dix sous; à ses deux neveux de Celle et de Molesme, chacun dix sous; à Parrenot dela Celle, dix sous; aux vingt léproseries qui sont entre Troyes et Pontigny, chacune vingt sous: au curé de Sommevalle, sa chappe pluviale; à Milon d'Ervy, son petit-fils, vingt sous; au doyen de Saint-Etienne d'Auxerre, vingt sous; aux couvens de Saint-Germain et de Saint-Etienne d'Auxerre, chacun quarante sous, et aux quarante églises de la châtellenie d'Ervy et de Saint-Florentin, qui sont les plus proches, chacune dix sous; autant de rente aux lépreux, à prendre sur les revenus du four. Après avoir réglé ces dons, Haganon établit des rentes à perpétuité dans les paroisses où il veut qu'on célèbre son anniversaire. Ainsi il légua à cette intention dix sous à l'église d'Ervy, un setier d'avoine à celle de Sommevalle, le quart d'un muid de vin à celle de Dannemoine, trois quartiers de pré à la maison de Chancicur, quarante sous à l'église de Saint-Etienne de Troyes; à la Maison-Dieu de Troyes qui appartient au comte, dix sous ; à l'église de Saint-Pierre d'Auxon, un arpent de pré et un arpent de bois, s'ils veulent le défricher. Il termine en apposant son sceau à ce testament, et en priant l'abbé de Pontigny, celui de Saint-Michel de Tonnerre et le doyen de Saint-Florentin d'y mettre aussi leur sceau. Dans toutes les familles, dans toutes les paroisses , on rencontrait des donations aussi éclatantes. Elles peignent mieux que tous les discours la foi vive des seigneurs et des peuples. C'est le riche qui partage sa fortune entre sa famille, l'Eglise et les pauvres. L'égoïsme de notre siècle industriel fait ressortir admirablement ce qu'il y a de grave et d'élevé dans ce désintéressement que la foi seule pouvait inspirer.

GARMONT.

Garmont était abbé de Quincy , lorsque les moi- T. i, p. 17. j *ies de Pontigny l'élurent pour leur abbé, en 1181. Il était connu dans l'ordre à cause de sa science et de sa vertu. Son éducation avait été grande: ses parens, qui occupaient un rang à la cour, l'avaient fait élever avec soin dans les lettres humaines; mais Garmont ne tarda point à préférer aux sciences du siècle la méditation des livres saints. Sous sa direction , la maison de Pontigny devait prospérer. Pendant les deux ans qu'il la gouverna, il fit beaucoup de bien, et mit en ordre toutes les affaires temporelles.

Anseric II, seigneur de Montréal, sénéchal de T. Ii , p. 4M..' Bourgogne, et Sybille, son épouse, firent plusieurs donations importantes. On remarque une vigne qu'ils avaient à Chablis : ils demandèrent que le vin qu'elle produirait fût employé aux messes qui se célébraient dans l'abbaye. C'est, disent-ils, du vin blanc que l'on peut garder long-temps; pour prix de cette donation, nous ne demandons, mon épouse et moi, qu'une part aux biens spirituels de l'abbaye; car c'est uniquement pour l'amour de Dieu et pour satisfaire notre dévotion, que nous l'avons faite. Cet acte est revêtu du sceau d'Anseric et de celui de Jean, leurs fils. On remarque parmi les témoins Hugues, doyen de Saulieu, Guarric, chanoine d'Avallon, Renier de Chastellux, Guillaume de

l'Isle(i), et Manassèsd'Arcy (1186). Une charte du même An serie, de 1180, est soussignée par huit chanoines du chapitre de Montréal. Les fils d'Anseric sont appelés à approuver la donation de leur père, pour leur ôter tout prétexte de la reprendre après sa mort ; car on a vu que les fils ou petits-fils rentraient dans les biens donnés par leurs parens. C'est pourquoi nous voyons les donations sanctionnées par ceux qui étaient les plus vénérés dans l'Eglise et les plus puissans dans le monde.

La veuve d'Anseric II fit d'autres dons à l'abbaye de Pontigny en 1197. Anseric I lui avait aussi fait du bien en 1145. Anseric III, son petit-fils, voulut être inhumé à Pontigny ( 1205). Sori épouse Agnès, dame de l'Isle ( 2 ), fille de Guy, seigneur de Til, demanda aussi, en 1235, a être inhumée auprès du tombeau de son mari, de bonne mémoire, disent les chartes du temps; elle donna un muid de vin et un muid d'avoine à prendre, chaque année, sur ses tierces d'Aisy. Elle veut aussi que l'on prie pour son bien-aimé père, de pieuse mémoire.

Saint Guillaume, archevêque de Bourges, n'ou

T. ni, p. 455.] ( 1 ) Les chartes latines nomment Saulieu Sedulocus, Montréal, Mons Regalis, Avallon, Avalo, Chastellux, Castrolucus, l'Isle, Isula; le siècle suivant l'Isle est appelé l'Jle-soubzMontréaul, Arcy, Arceium.

(2) On trouve dans une charte de 1374, que l'abbaye de Pontigny avait coutume, depuis long-temps, de donner chaque année douze fromages aux sergens ou gardes de la chatellenie de l'Islfr-sous-Montréal, tant pour ce qu'ils ayent plux grant cure de garder annuelement lesfruz de leurs diz héritaiges, comme par ce qu'ilsfussient plux courtois à leurs maignies (manières) quant il amenait leurs bestespaslurer.

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blia pas en mourant ( 1208) l'abbaye de Pontigny, dont il avait été prieur; il lui légua sa vigne de Saint-Bris, le seul bien qui lui restât, ayant tout distribué aux pauvres. L'abbé, dit-il, pourra employer le revenu de cette vigne à faire une petite pitance pour le couvent, le jour demon anniversaire.

Le bruit des vertus religieuses qui brillaient dans l'ordre de Cîteaux s'était répandu dans toute l'Europe. Bêla, roi de Hongrie, écrivit à l'abbé de Pontigny pour le supplier d'envoyer une colonie de ses religieux dans ses états. Garmont se rendit à sa T. iê-47, demande, et fonda le monastère de Hégre. La vue de ces envoyés de Dieu excita parmi ces peuples un pieux désir de la vie monastique. La Hongrie réclama de nouveaux religieux à Pontigny, et fournit ellemême un grand nombre de novices. En Angleterre, le nombre des monastères de la filiation de Pontigny allait toujours croissant, soit qu'on envoyât de France des colonies de religieux, soit que les évêques du pays rangeassent sous la conduite de l'abbé de Pontigny les monastères de leur diocèse qui avaient besoin de réforme. Chaque année était signalée par de nouvelles conquêtes.

La haute naissance de l'abbé Garmont lui donnait beaucoup de crédit à la cour. Ses deux frères, Robert Clément et Giles Clément, furent successivement ministres d'état sous le règne de Philippe-Auguste. Henri Clément, maréchal de France, et Gaulthier Cornut, archevêque de Sens, étaient ses neveux.

Le chapitre d'Auxerre avait jeté les yeux sur lui pour l'élever sur le siége épiscopal de cette ville; mais les suffrages s'étant trouvés partagés, il fut

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